Bank Al-Maghrib devrait maintenir son taux directeur à 2,25 % jusqu’à la fin de 2026, dans un contexte marqué par une remontée des risques inflationnistes à l’échelle internationale et une forte incertitude géopolitique, estime Attijari Global Research (AGR) dans sa dernière note consacrée à la politique monétaire.
Selon les analystes d’AGR, la décision prise par la Banque centrale lors de sa réunion de juin traduit une approche prudente face à un environnement devenu plus complexe, notamment en raison du prolongement des tensions au Moyen-Orient et de leurs répercussions sur les prix de l’énergie.
Le maintien du taux directeur intervient alors que les perspectives macroéconomiques ont été revues. AGR anticipe désormais une croissance économique de 5,2 % en 2026, contre 5,6 % auparavant, tout en relevant sa prévision d’inflation de 0,8 % à 1,5 % pour cette année. Pour 2027, l’inflation est désormais attendue à 2,1 %, soit un niveau supérieur aux précédentes estimations.
Malgré cette révision, le bureau de recherche considère que plusieurs facteurs continuent de limiter les pressions inflationnistes domestiques. Il cite notamment une campagne agricole exceptionnelle, qui devrait contribuer à contenir les prix alimentaires, ainsi qu’une inflation sous-jacente qui resterait très modérée, estimée à seulement 0,2 % en 2026.
Pour AGR, la remontée des anticipations d’inflation réduit toutefois la capacité de Bank Al-Maghrib à assouplir davantage sa politique monétaire. L’écart entre le taux directeur et l’inflation attendue se resserre sensiblement, passant d’environ 145 points de base dans les précédentes projections à 75 points de base après les nouvelles estimations.
Dans ce contexte, les analystes estiment que la Banque centrale devrait privilégier le statu quo jusqu’à ce qu’une meilleure visibilité se dégage sur l’évolution des prix internationaux de l’énergie et sur les tensions géopolitiques.
Selon eux, un éventuel nouvel assouplissement monétaire ne pourrait intervenir qu’à partir du second semestre 2027, à condition que les prix du pétrole se normalisent et que la trajectoire désinflationniste se confirme au Maroc.
La note souligne également que l’environnement monétaire international est devenu plus restrictif. La Banque centrale européenne a relevé son principal taux directeur de 25 points de base en juin, tandis que la Réserve fédérale américaine maintient une politique prudente face à une inflation toujours élevée.
Selon AGR, cette évolution réduit les marges de manœuvre des banques centrales des économies émergentes, dont Bank Al-Maghrib, qui doivent également tenir compte des équilibres de change et des mouvements de capitaux.
Les analystes estiment par ailleurs que les tensions actuelles au Moyen-Orient demeurent le principal facteur de risque pour les prochains mois. Une prolongation du conflit pourrait alimenter une nouvelle hausse des cours du pétrole, renforcer l’inflation importée et exercer une pression supplémentaire sur les prix au Maroc.
En parallèle, AGR relève plusieurs éléments susceptibles d’amortir ces risques. Les réserves officielles de change devraient dépasser 500 milliards de dirhams en 2026, soit près de six mois d’importations, tandis que le crédit bancaire au secteur non financier poursuivrait sa progression.
Le rapport souligne également que la transmission des précédentes baisses du taux directeur vers les taux débiteurs est désormais pratiquement achevée, ce qui permettrait de continuer à soutenir le financement de l’économie sans nécessiter de nouvel assouplissement monétaire à court terme.
Dans ce contexte, Attijari Global Research considère que Bank Al-Maghrib devrait conserver une posture attentiste au cours des prochains trimestres, en surveillant principalement l’évolution de l’inflation importée, des prix de l’énergie et des conditions monétaires internationales avant d’envisager une éventuelle inflexion de sa politique.
LNT
