Économie et Finance

Spécial Eté: La Santé Publique, « quand on veut, on peut… ! »

le 29 juillet 2020


Spécial été 2020 – Sommaire

 

 

C’est un fait. Pour combattre le Covid-19, le secteur de la Santé au Maroc a fait preuve d’une forte détermination. L’implication et la mobilisation du corps soignant a permis jusque-là de limiter les dégâts et d’avoir une certaine maîtrise de la progression de la pandémie.

Pour une fois, la Santé Publique n’a pas déçu. Bien au contraire et face à un virus ravageur, la riposte a été au rendez-vous. D’ailleurs, elle l’est toujours face à la recrudescence des cas positifs. Mais sur un autre registre, le Coronavirus a révélé encore une fois les véritables dysfonctionnements de l’écosystème sanitaire nationale en RH, infrastructures hospitalières, TIC, médicaments, le décloisonnement Public-Privé, le modèle et la méthodologie de la recherche scientifique… L’hôpital dans le Royaume n’est pas en forme depuis des années déjà et la refonte escomptée tarde toujours à venir. Fallait-il toutefois attendre une pandémie pour se rendre compte de l’urgence de la réforme ?
Le ministre pjdistes de la Santé Khalid Ait Taleb le reconnait d’ailleurs : « Le système de santé après le Covid-19 ne sera pas identique à celui d’avant la pandémie… Aujourd’hui, le coronavirus a renforcé la volonté de changement au niveau notamment du budget qui doit augmenter et des ressources humaines. Le statut de la fonction publique qui régit le secteur doit être modifié ».
Dans un récent article, le Policy Center For The New South revient sur la démarche sanitaire de la Santé, les moyens mis en œuvre et les écueils rencontrés.
Le diagnostic des pouvoirs publics au lendemain des premiers signaux de l’épidémie Covid 19 établissait que le Maroc risquait d’être exposé rapidement à la pandémie. Le Maroc dispose d’une infrastructure sanitaire qui le classe certes parmi les premiers pays africains mais qui reste malgré tout loin d’une couverture diversifiée et territorialement équilibrée. ‘‘Réaliste quant à ses moyens sanitaires limités (notamment ses capacités litières) et conscient que la pandémie évolue à une grande vitesse, le Royaume se devait d’être très réactif en déployant un plan d’action à plusieurs niveaux’’, note le PCNS, tout en précisant que des actions ont été très rapidement lancées pour minimiser la portée de la chaîne de contamination de l’épidémie : des ‘‘Postes de Commandement Coronavirus’’» ont été mis en place aux échelles territoriales appropriées pour assurer la veille et la coordination avec les services sanitaires de l’identification et de la localisation de l’épidémie. Cette initiative a été renforcée par un verrouillage des frontières, une interdiction des rassemblements, la fermeture des écoles, puis des mesures drastiques incitant à un confinement volontaire puis obligatoire. Parallèlement, les ressources du Fonds Spécial pour la Gestion de la Pandémie du Coronavirus affectées à la Santé ont servi essentiellement à l’achat d’équipement médical et hospitalier, de médicaments et de consommables médicaux, le renforcement des moyens de fonctionnement du ministère de la Santé.
Par ailleurs, l’étude du PCNS souligne que les actions ont concerné l’augmentation et le réaménagement des capacités hospitalières et l’amélioration des conditions d’accueil des patients dans différentes villes du Maroc, plus particulièrement les villes à forte densité humaine les plus exposées au risque. Des hôpitaux militaires de campagne ont été déployés dans des villes ou à leurs périphéries pour renforcer le dispositif sanitaire civil en lits et équipements en soins intensifs. Des lots d’équipements médicaux et sanitaires ont été importés avec célérité et, progressivement déployés dans les établissements sanitaires. Des stocks de médicaments ont été constitués, plus particulièrement la chloroquine produite par un groupe pharmaceutique installé au Maroc. Des entreprises marocaines, spécialisées dans la fabrication de matériel médical, (respirateurs, moyens matériels des hôpitaux) ont été aussi sollicitées par des procédures accélérées. Des entreprises industrielles ont pu réadapter leur outil de production pour produire des respirateurs et sécuriser la production de masques. Et pour ce qui est de la prise en charge des patients, le ministère de la Santé a mis l’accent sur la détection. La définition des « cas suspects » pour identifier les contaminés a été soumise à des révisions successives. Une fois éliminés les foyers importés, la vigilance s’est tournée vers les clusters internes. Le ministère a renforcé progressivement ses capacités de dépistage par la programmation de l’achat de kits de dépistage et l’acquisition de divers tests de diagnostics rapides. La couverture territoriale des tests et analyses a été élargie pour : s’étendre aux Centres Hospitaliers Universitaires (CHU) dans différentes métropoles régionales et aux hôpitaux militaires. Enfin, la gratuité de l’accès aux soins a été assurée : des tests de dépistage jusqu’à l’admission à l’hôpital, voire dans un établissement hôtelier si les patients doivent être placés à l’isolement.
Globalement, l’Etat a montré une capacité à faire face aux enjeux graves du choc pandémique en ayant recours à des approches préventives, innovantes et en faisant preuve de pédagogie et mesure pour faire respecter le dispositif mis en place dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire. Autrement dit : ‘‘Quand on veut, on peut’’. Incontestablement, cette dynamique positive est à maintenir pour redonner vie à une Santé chaotique depuis de longues années.

H.Z