Économie et Finance

Spécial Été : Enfin des chiffres sur l’aggravation des déficits extérieurs

le 29 juillet 2020


Spécial été 2020 – Sommaire

 

 

La crise économique qui découle de celle sanitaire, a des aspects communs pour un grands nombre de pays, et notamment la baisse de l’activité donc de la croissance, l’augmentation du chômage, l’aggravation du déficit budgétaire, le déséquilibre du commerce extérieur.
Les pays en voie de développement, ex-pays émergents, connaissent de surcroît une crise de leur monnaie, conséquente à des difficultés de leur situation extérieure.
Partant de ces constats, qu’en est-il pour le Maroc ? Quels sont les derniers chiffres de la balance commerciale et des paiements depuis la crise ? Où en est le solde extérieur en termes de mois d’importations ?
Pour répondre à ces questions, l’on a pu constater que les données publiées par l’Office des Changes, sur les échanges commerciaux de biens et de services, portent sur les cinq premiers mois de l’année en cours, soit à fin mai 2020.
Au titre des cinq premiers mois de 2020, tant les importations que les exportations de marchandises enregistrent, en glissement annuel (comparaison entre janvier-mai 2020 et janvier-mai 2019), des baisses respectives de 16,9% et de 20,1%.
En glissement trimestriel (comparaison entre les trois derniers mois et les trois mois d’avant), cette baisse est de 21,5% pour les importations et de 31% pour les exportations.

Ainsi, le déficit commercial enregistre un allégement de 12% ou de 10.093MDH. En revanche, le taux de couverture enregistre une perte de 2,3 points.
La baisse des importations de biens est due au recul des importations de produits finis de consommation (-11.080MDH), de biens d’équipement (-10.523MDH), de produits énergétiques (-9.263MDH), de demi produits (-7.374MDH) et de produits bruts (-2.247MDH). En revanche, les achats de produits alimentaires augmentent de 5.162MDH.
La facture énergétique s’établit, ainsi, à 22.938MDH à fin mai 2020 contre 32.201MDH à fin mai 2019, soit -9.263MDH.
Le recul de la facture énergétique (-28,8%) est dû essentiellement à la baisse des approvisionnements en gas-oils et fuel-oils (-5.553MDH).
Cette évolution s’explique par l’effet prix en baisse de 24,9% (4.291 DH/T à fin mai 2020 contre 5.711 DH/T un an auparavant). En parallèle, les quantités importées s’élèvent à 2.379mT contre 2.760mT, soit -13,8%.

S’agissant des importations de produits alimentaires, celles-ci atteignent 26.926MDH à fin mai 2020 contre 21.764MDH une année auparavant, suite à la hausse des achats du Blé (+1.926MDH) et ceux de l’Orge (+1.308MDH).
Les exportations enregistrent une baisse de 20,1%, soit
-25.361MDH : 100.883MDH contre 126.244MDH un an auparavant. Ce recul fait suite à la diminution des ventes de la quasi-totalité des secteurs :
– Automobile : 21.311MDH contre 35.148MDH, soit -39,4% ou -13.837MDH ;
– Textile et Cuir : 10.608MDH contre 16.036MDH, soit
-33,8% ou -5.428MDH ;
– Agriculture et Agro-alimentaire : 29.491MDH contre 31.475MDH, soit -6,3% ou -1.984MDH ;
– Aéronautique : 6.011MDH contre 7.036MDH, soit -14,6% ou -1.025MDH ;
– Autres extractions minières : 1.179MDH contre 1.674MDH, soit -29,6% ou -495MDH ;
– Phosphates et dérivés : 20.587 MDH contre 20.912MDH, soit -1,6% ou -325MDH ;
– Electronique et Electricité : 3.884MDH contre 4.195MDH, soit -7,4% ou -311MDH ;
– Autres industries : 7.812MDH contre 9.768MDH, soit -20% ou -1.956MDH.
Évolution des exportations des principaux secteurs touchés par les effets du Covid19
L’évolution des exportations du secteur automobile au titre des cinq premiers mois de 2020, s’explique principalement par le recul des ventes du câblage (-48,6% ou -6.822MDH), de la construction (–41,5% ou -6.378MDH) et de l’intérieur véhicules et sièges (-36,5% ou
-1.240MDH). La part de ce secteur dans le total des exportations s’élève, ainsi, à 21,1% contre 27,8% un an auparavant.
Concernant les exportations du secteur textile et cuir à fin mai 2020, celles-ci ont été affectées par le recul des ventes des vêtements confectionnés (-3.972MDH) et celles des articles de bonneterie
(-1.049MDH).

En parallèle, les exportations du secteur agriculture et agroalimentaire accusent une baisse de 6,3% à fin mai 2020. Cette évolution provient essentiellement du recul des ventes de l’industrie alimentaire de 10,4% ou -1.558MDH. Les ventes de l’agriculture, sylviculture, chasse et celles de la pêche, aquaculture baissent respectivement de 208MDH et 56MDH. En revanche, la part de ce secteur dans le total des exportations gagne 4,3 points passant de 24,9% à fin mai 2019 à 29,2% à fin mai 2020.

Echanges de services
Au titre des cinq premiers mois de l’année 2020, la balance des échanges de services affiche un excédent en baisse de 16,3% ou
-5.595MDH : +28.714MDH contre +34.309MDH.
En effet, les exportations atteignent 59.845MDH à fin mai 2020 contre 74.230MDH à fin mai 2019, soit -19,4% ou -14.385MDH. En parallèle, les importations de services reculent de 22% ou de 8.790MDH.
En ce qui concerne les recettes voyages, principale composante des exportations de services, elles atteignent 21.623MDH à fin mai 2020 contre 28.545MDH une année auparavant, soit -6.922MDH ou -24,2% (Graphique n°4).
Les dépenses voyages reculent aussi de 36,4% ou
-2.895MDH (5.053MDH à fin mai 2020 contre 7.948MDH à fin mai 2019).
L’excédent de la balance voyages s’inscrit, ainsi, en baisse de 19,6% ou -4.028MDH.

Recettes MRE
Les envois de fonds effectués par les Marocains Résidents à l’Etranger enregistrent une baisse de 12,4% ou -3.218MDH : 22.678MDH à fin mai 2020 contre 25.895MDH à fin mai 2019.

Investissements directs
A fin mai 2020, le flux net des Investissements Directs Etrangers (IDE) atteint 7.234MDH contre 8.598MDH un an auparavant, soit -1.364MDH ou -15,9%.
Ce résultat s’explique par une baisse des recettes des IDE de 26,9% ou -3.898MDH (10.599 MDH contre 14.497 MDH), conjuguée à la baisse des dépenses (-2.534MDH ou -43%).

Investissements directs marocains a l’étranger
Au titre des cinq premiers mois de l’année 2020, le flux net des Investissements Directs Marocains à l’Etranger (IDME) baisse de 1.889MDH (1.756MDH à fin mai 2020 contre 3.645MDH une année auparavant).
En effet, les investissements directs marocains à l’étranger atteignent 3.586MDH à fin mai 2020 contre 4.454MDH à fin mai 2019, soit -19,5%. En revanche, les cessions de ces investissements ont plus que doublé (+1.021MDH).
Ces données de fin mai ont certainement continué à se creuser en juin et en juillet, marquant une détérioration des doubles déficits de la balance commerciale et des paiements.
Toutefois, selon les données de fin avril 2020 de Bank Al-Maghrib, les avoirs officiels de réserve (AOR), représentaient 6 mois et 11 jours d’importations de biens & services contre 5 mois et 2 jours à fin mars 2019, soit une amélioration d’un mois et 9 jours.
Et pour cause, la chute des exportations base du déséquilibre extérieur s’accompagnant d’un comportement identique des importations, impacte peu la balance commerciale, alors qu’elle traduit une crise grave des relations économiques extérieures du Maroc.
Ce constat arithmétique ne peut cacher le ralentissement généralisé de la production chez nos principaux partenaires, et son très fort impact sur l’économie marocaine.
En effet, dans le détail, le Maroc a connu un recul des importations de biens d’équipement, de produits énergétiques, de produits finis de consommation, de semi-produits et de produits bruts.
La seule exception à cette dégringolade manifeste de la demande intérieure de notre pays, porte sur les achats de produits alimentaires, qui ont progressé.
Parallèlement, les exportations ont connu d’importantes rétractions, tels que -39% pour l’automobile; -39,4%% pour le textile et cuir; -33,9% pour l’aéronautique; -14,6%% pour l’agriculture et l’agro-alimentaire, -30% pour les extraction minières–hors phosphates et -1,9% pour l’électronique et l’électricité.
De plus, cette baisse des exportations n’a pas été atténuée par les exportations de phosphates dont celles des dérivés ont baissé de -1,6%.
Ces chiffres traduisent inéluctablement une très forte dégradation de l’activité économique marocaine, qui n’a cessé de s’aggraver en mai et juin.
Par rapport à la lourdeur habituelle de la facture énergétique, la « bonne » nouvelle à fin mai, relève de la réduction de la facture énergétique de 21,8%, et de son poids budgétaire.
Celle-ci est, certes, attribuable à la baisse des importations en volume de 12,5% de gasoil et fuel-oil du fait de l’arrêt économique, mais aussi à la réduction des prix à l’international du baril.

Globalement, cette détérioration de la balance commerciale a exercé une pression sur la réserve en devises de notre pays faute d’exportations, qui s’es aggravée par une baisse drastique des recettes touristiques, des transferts des MRE ou encore des IDE.
En conséquence de ces détériorations commerciales et de flux de devises, la Banque Centrale a reconnu, à travers ses données, une dépréciation du dirham, entre le 21 et le 27 mai 2020, de 0,75% par rapport à l’euro et de 0,41% vis-à-vis du dollar, soit les principales devises de facturation de nos opérations avec l’étranger et les seules monnaies constitutives du panier de devises de référence.
Rappelons que Bank Al-Maghrib a pu maîtriser les variations du dirham grâce au tirage de la Ligne de Précaution et de Liquidité (LPL) du FMI dont l’effet sur les réserves de change de notre pays a été conséquente.
De fait, lesdites réserves ont grimpé à 287,7 milliards de Dirhams le 22 mai 2020, enregistrant une amélioration de 22,1 % par rapport à leur niveau au 24 mai 2019, absorbant ainsi la pression exercée par la crise économique sur les deux balances commerciales et des paiements et permettant d’assurer presque 6,5 mois d’importations de biens et de services.
C’est ainsi que grâce aux efforts de gestion des la réserve de change du Maroc par la Banque centrale, le risque de dépréciation du dirham a été circonscrit.
Toutefois, son maintien à l’équilibre reste précaire, et la situation de nos équilibres extérieurs aussi.
Il faut espérer que la reprise des exportations, du tourisme et des IDE s’opère rapidement avec la sortie de crise, pour que le Maroc gagne définitivement la partie de ses équilibres extérieurs et sauve sa monnaie, quand nombre de pays comme l’Egypte par exemple, les ont perdus pour longtemps…

Afifa Dassouli