Économie et Finance

Spécial 20ème anniversaire : Attirer les particuliers, le grand challenge des gérants de portefeuille

le 21 mai 2015


Le marché comptait 18 043 investisseurs à fin 2014. La répartition de l’encours par investisseurs montre que les compagnies d’assurance et les organismes de retraite et de prévoyance pèsent actuellement plus de 43 % de l’actif net géré. Les particuliers sont les grands absents du marché.

Si le marché de la gestion d’actifs arrive à drainer davantage d’épargne, comme en illustre la progression continue de l’encours de l’actif net géré, il n’en demeure pas moins que le nombre d’investisseurs -le nombre de porteurs de parts ou d’actions- du marché ne cesse de reculer au cours des dernières années.

Ainsi, sur la période 2010-2014, alors que l’encours augmentait de 33,65 % à 300,54 milliards de dirhams, le nombre d’investisseurs reculait presque dans les mêmes proportions (-31,20 %) en tombant de 23 952 à 18 043. Cette baisse est le fait uniquement des investisseurs personnes physiques. Ils étaient en 2014 au nombre de 14 554 (19 746 en 2010), dont 1 329 personnes physiques non résidentes (1 545 en 2010), représentant ainsi plus de 80,66 % des investisseurs du marché.

Les particuliers investissent majoritairement dans les OPCVM OMLT. En 2010, ils étaient 14 616 particuliers à avoir des parts ou des actions dans les OPCVM. Notons que 6 225 de ces particuliers avaient investi dans les OPCVM OMLT.

Quant aux personnes morales, elles étaient au nombre de 3  489 investisseurs (dont 16 personnes morales étrangères) en 2014 contre 2 661 en 2010 (dont 24 personnes morales étrangères).

Sur cette période, une analyse fine montre que la baisse du nombre d’investisseurs a touché toutes les classes d’OPCVM hormis les fonds monétaires et obligataires court terme. Ainsi, entre 2010 et 2014, le nombre d’investisseurs dans les OPCVM OMLT a chuté plus de moitié (-50,99 %), passant de 15 120 à 7 409 détenteurs de parts ou d’actions. C’est surtout le fait de la sortie des particuliers et le renforcement des institutionnels. Du coup, la forte baisse des investisseurs en nombre n’a pas impacté sur l’encours géré de cette catégorie de fonds qui, au contraire, a fortement progressé durant cette période.

De même, les OPCVM actions et diversifiés ont vu le nombre de leurs investisseurs baisser de respectivement de -17,50 % et -27,6 5%. Ces baisses s’expliquent essentiellement par la conjoncture boursière difficile au cours de ces dernières années. La baisse des cours a fini par échauder nombre d’investisseurs du marché actions, qui ont préféré se désinvestir du marché.

Rôle prépondérant des institutionnels

Toutefois, on note que le nombre d’investisseurs dans les OPCVM monétaires et obligataires court terme a fortement augmenté durant les 5 dernières années, de respectivement +49,17 % à 4 435 investisseurs et +84,65 % à 2 515. Cette augmentation s’explique surtout par le manque de visibilité, qui fait que certaines entreprises préfèrent placer leur épargne dans ces fonds en attendant d’avoir plus de visibilité et ce d’autant plus que ces placements court termes sont sans risques pour le capital investi.

Par ailleurs, si le nombre d’investisseurs particuliers domine celui des personnes morales, ce qui est logique, la répartition de l’encours du marché par catégorie d’investisseurs fait ressortir une forte domination des investisseurs professionnels. En 2003, les institutionnels (banques, CDG, sociétés de financement, compagnies d’assurances et organismes de retraites) pesaient pour 60 % de l’encours du marché, avec un actif géré de 39,5 milliards de dirhams sur un total de 66 milliards de dirhams. Le reliquat étant réparti entre les entreprises (29 % pour 19,14 milliards de dirhams d’encours) et les personnes physiques (11  % pour 7,26 milliards de dirhams). En 2006, les positions ont évolué en la faveur des entreprises, qui sont devenues les premiers investisseurs du marché avec 45% de l’encours (soit 58,1 milliards de dirhams), devant les institutionnels (40 % à 51,6 milliards de dirhams) et les particuliers (15 % à 19,4 milliards de dirhams).

La hausse de la part des particuliers est corrélée à l’évolution très favorable du marché boursier durant cette période, avec l’entrée en bourse de nombreuses entreprises. Toutefois, les institutionnels ont repris leur position d’investisseurs privilégiés du marché de la gestion collective, en s’accaparant, en 2010, 68 % de l’actif net géré (soit 152 milliards de dirhams), ramenant les parts des entreprises et des particuliers à respectivement 20 % (45 milliards de dirhams) et 12 % (27 milliards de dirhams).

Faible présence des particuliers

Enfin, en 2014, les institutionnels ont encore renforcé leur part en tant que premiers investisseurs sur le marché, avec un encours de 215 milliards de dirhams sur un total de 300 milliards, soit 72 % de l’actif net géré, reléguant les parts des entreprises et des particuliers à respectivement 19  % (56 milliards de dirhams) et 10 % (29 milliards de dirhams).

Il faut noter que les compagnies d’assurances et les organismes de retraite et de prévoyance concentraient 43,20  % de l’actif net géré au niveau du marché.

Pour leur part, les particuliers investissent peu au niveau du marché et leurs investissements sont très volatiles d’une année à l’autre, étant fortement corrélés à l’évolution du marché boursier.

Ainsi, en 2006, l’encours géré des particuliers a augmenté de 150%, à 19,4 milliards de dirhams grâce à la bonne orientation de la Bourse. En 2009, à cause d’une conjoncture boursière difficile, dans le sillage de la crise financière internationale, cet encours a chuté de 44 % par rapport à l’année précédente, pour s’établir à 15,5 milliards de dirhams. C’est dire que cette catégorie d’investisseurs est très volatile.

Ainsi, tout le challenge des gérants de fonds aujourd’hui est d’inverser la tendance en attirant et en fidélisant de plus en plus de personnes physiques, sachant que ceux-ci ont, au niveau de ce marché, l’opportunité de valoriser leurs avoirs et surtout de se construire une épargne de manière progressive et rémunératrice. Outre une plus grande vulgarisation des avantages de ce marché auprès de cette cible, peut-être aussi que certaines incitations d’ordre fiscal pourraient encourager les particuliers à aller davantage vers ces véhicules de placements gérés par des professionnels.

MD