Crédit photo: Ahmed Boussarhane-LNT.

Économie et Finance

« Soutenir » et « garantir » sont-ils les termes qui s’imposent quand il s’agit de PME ?

le 2 octobre 2018


La PME est décidément au centre des préoccupations de M Benchaâboun, le nouveau Ministre de l’Économie et des finances.

C’est ce qui ressort de ses deux dernières interventions publiques d’importance, lors du colloque international des Finances publiques, organisé par la TGR il y a quelques jours et l’université d’été de la CGEM, en fin de semaine dernière.

En effet, quand on se réfère aux récents discours du Roi Mohammed VI, le nouveau modèle économique vers lequel le Maroc veut s’orienter atteste sans conteste que les PME doivent être reconnues comme la catégorie d’acteurs économiques la plus dynamique en matière de création de richesses et d’emplois.

Or, malheureusement, le Ministre a également reconnu que la PME, entendue ici comme un nom collectif, souffre de différents maux.

Le diagnostic des handicaps de la PME est d’ailleurs posé et partagé par tous. Benchaâboun, lui-même un grand banquier qui connaît très bien les problématiques de cette dernière, les liste à chacune de ses interventions, partageant le constat de l’impact des longs délais de paiement sur sa trésorerie ou encore celui de son financement.

Les solutions sont, elles aussi, connues. Elles consistent à activer le remboursement de TVA ou encore créer des fonds de garantie avec une grande « nouveauté », celle de distinguer le soutien à la trésorerie du financement des investissements !

Toutefois, si ce sont là, certes, des solutions utiles, elles ne sont certainement pas exhaustives et ne peuvent résoudre tous les problèmes de la PME.

En effet, sans exagération, si l’on donnait la parole aux PME, elles s’entendraient sur le fait que leurs difficultés de trésorerie proviennent en priorité du poids des impôts et charges sociales. En effet, elles partagent à parts égales, chaque mois, le produit de leurs recouvrements entre l’État qui impose un IR, certes progressif, mais qui reste élevé, une TVA qui ponctionne 20% de leur chiffre d’affaires, la CNSS qui est aussi chère avec l’AMO dont le taux de prélèvement est plus élevé que celui des compagnies d’assurance, l’assurance chômage et leurs propres charges…

Avec la précision que le taux de TVA de 20% est tellement élevé que les PME, pour être transparentes tout en restant compétitives, doivent baisser leurs prix hors taxe.

Il ne faut donc pas se voiler la face en croyant que la PME va être immédiatement et durablement soulagée par les remboursements de TVA, une question, qui plus est, ne les concerne pas toutes.

Il faudrait donc que M. Benchaâboun dédie une fiscalité plus incitative à la PME et pas sur l’IS qui s’applique à des résultats que peu d’entre elles réalisent, mais aux impôts directs qui grèvent leur activité en augmentant leurs charges.

Par ailleurs, concernant le second problème recensé de la PME, celui de son financement par le système bancaire, là encore la réalité est autre !

Car toutes les banques, sans aucune exception, ont instauré un système de scoring qui consiste à passer au crible toutes les demandes de crédits émanant des PME.

Et ce ne sont plus les critères de santé financière qui entrent en compte. Chaque cas est étudié sur la base du comportement de la PME vis-à-vis de sa banque dans le passé.

Mais, pire encore, une PME ne peut plus diversifier ses sources de financement en passant d’une banque à l’autre parce que le service de crédit bureau de Bank Al-Maghrib fonctionne très bien. Une PME qui faute une fois est quasiment exclue par le système lui-même !

Enfin, pour ce qui concerne les fonds de garantie de la PME, la CCG, Caisse Centrale de Garantie, est là pour garantir les crédits des PME auprès des banques. Il faut donc lui donner plus de moyens pour qu’elle touche un plus grand nombre d’entreprises.

Par contre, un fonds de soutien à la PME serait d’une grande utilité et il faudrait en savoir plus sur le bilan de celui créé par BAM en 2014, de 3,6 milliards de dirhams, qui a été arrêté à la fin 2017 et qui était également géré par la CCG.

Toutefois pourquoi les verbes « soutenir » et « garantir » sont-ils les termes qui s’imposent quand il s’agit de PME ?

Pourquoi ne parle-t-on pas de promouvoir, d’inciter alors que la PME est reconnue comme un acteur fondamental pour la re-dynamisation de l’économie marocaine ?

Comment peut-on miser sur une catégorie d’acteurs économiques qui, d’une part, constitue plus de 80% du tissu entrepreneurial et, d’autre part, est reconnue comme pétrie de faiblesses ?

Benchaâboun aurait, semble-t-il, percé le mystère de la situation des PME au Maroc.

En effet, les PME ont besoin de garanties et de soutiens parce qu’elles sont trop endettées et que de ce fait, le risque associé à leur financement s’accroît en conséquence de cet état de fait.

Partant, il s’impose de prendre en compte les problèmes financiers des PME de façon globale en remontant à leur manque de capitaux propres, à commencer par le capital social dont le montant est originellement bas car les exigences juridiques en la matière sont faibles.

Une PME peut être créée quelle que soit sa nature juridique, individuelle, société de personnes, en commandite simple ou par actions, ou encore anonyme avec un capital qui va de 10 000 à 100 000 dirhams à peine.

Elles comptent toutes sur leur création de richesses pour améliorer leurs capitaux propres et donc leur santé financière.

Pourquoi donc M. Benchaâboun, qui sait à quel point les PME sont sous-capitalisées, ne les pousserait-ils pas à se renforcer en les autorisant, en exonération d’impôts, à intégrer la totalité de leurs bénéfices dans leurs capitaux propres ou même au capital social pour le conforter, pendant un certain nombre d’années ?

Il pourrait contribuer ainsi à créer une nouvelle catégorie de PME plus solides qui contribueraient dignement à la croissance économique comme un acteur primordial…

Afifa Dassouli

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