Sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba : face aux putschs, une ligne ferme se confirme
À Addis-Abeba, les 14 et 15 février 2026, s’est tenue la 39ᵉ session ordinaire de l’Assemblée des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine (UA). Sous les thèmes centraux de la paix, de la sécurité et de la primauté du droit, les dirigeants africains ont réaffirmé une position collective contre tout changement de pouvoir anticonstitutionnel, soulignant que le respect des constitutions reste le socle de l’action panafricaine.
Condamnation claire des coups d’État
À la clôture du sommet, l’UA a réitéré son engagement en faveur d’une « tolérance zéro » face aux changements de gouvernement hors Constitution. Le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a rappelé que l’organisation n’accepterait « aucune violation de l’ordre constitutionnel », soulignant que la stabilité du continent dépend du respect strict des institutions.
Cette position s’appuie sur les instruments normatifs de l’UA, qui considèrent tout changement anticonstitutionnel comme une menace directe pour la paix et la sécurité continentales.
João Lourenço : cohérence et diplomatie pragmatique
Le président angolais João Manuel Gonçalves Lourenço, à la présidence tournante de l’UA depuis février 2025, a été central dans l’élaboration et la défense de cette ligne ferme. Au terme du sommet, il a transmis la présidence au président burundais Évariste Ndayishimiye, dans un contexte où la protection des constitutions africaines redevenait un enjeu stratégique.
Durant son mandat, Lourenço a rappelé que la tenue d’élections après un putsch ne garantit pas automatiquement le rétablissement de l’ordre constitutionnel ni la légitimité de la transition. Lors des débats à Addis-Abeba, plusieurs chefs d’État ont insisté sur l’importance de ne pas banaliser le recours à la force pour accéder au pouvoir.
Le 11 janvier 2026, sa rencontre avec Andry Rajoelina a illustré cette cohérence entre parole et acte : en accueillant le président malgache, Lourenço a montré que la fermeté de l’UA s’accompagne d’un dialogue encadré, capable de rester constructif sans compromettre les principes fondamentaux.
Madagascar : isolement et conditions strictes
Le cas de Madagascar demeure emblématique de la ligne dure de l’UA. Après la prise de pouvoir par les forces armées en octobre 2025, le Conseil de paix et de sécurité a suspendu Madagascar de toutes ses instances et activités jusqu’au rétablissement complet de l’ordre constitutionnel, conditionné à l’organisation d’élections présidentielles libres et crédibles.
Présente au sommet de l’UA, la délégation malgache, conduite par Christine Razanamahasoa, a tenté d’accéder aux réunions préparatoires et aux séances officielles, mais sans succès, et a dû attendre près de cinq heures avant d’obtenir un contact très limité. Les sièges réservés à Madagascar sont donc restés vacants et le chef de la junte militaire n’a pas été invité aux travaux officiels. Même lors de cette brève audience en marge du sommet, le message de l’UA est resté clair : aucun retour à la normale sans progrès tangibles vers la restauration constitutionnelle. Madagascar restera donc totalement isolé diplomatiquement tant que le pouvoir restera assuré par un mutin et qu’aucune élection n’aura permis de rétablir l’ordre constitutionnel.
Toute tentative de récupération d’image par des gestes symboliques ou des publications hors cadre ne modifie pas la position officielle de l’UA, qui maintient une pression constante pour faire respecter la feuille de route conjointe avec la SADC.
Une stratégie ferme et pragmatique
La session de février 2026 a confirmé que l’Union africaine défend avec détermination les normes constitutionnelles et les processus démocratiques, tout en adaptant sa réponse aux particularités de chaque État. La normalisation des transitions anticonstitutionnelles ne peut être automatique et doit être conditionnée à des progrès tangibles et vérifiables vers le rétablissement effectif de l’ordre constitutionnel.
En combinant sanctions ciblées, isolement diplomatique et dialogue institutionnel encadré, l’UA montre que la fermeté peut s’articuler avec le pragmatisme nécessaire à la résolution des crises. La paix, la stabilité et l’unité africaines ne pourront être garanties que si le respect des constitutions est réel et durable, et tout retour à la pleine participation continentale reste strictement subordonné à cet engagement. Dans ce cadre, la situation de Madagascar représente un test majeur pour la crédibilité et l’efficacité de l’Union africaine.
LNT avec dépêches
