Économie et Finance

SICPA, une «honorable maison» suisse…

le 20 juin 2011


Même si elle est très discrète au Maroc, au point de se loger auprès d’une petite fiduciaire locale, SICPA est une entreprise qui opère à l’échelle mondiale, comme elle est fière de l’exciper sur son site Internet.

SICPA est une entreprise multinationale, multiculturelle, basée à Lausanne, en Suisse. Fondée en 1927 par Maurice Amon, SICPA est passée, sous la direction d’Albert Amon, du rang d’entreprise suisse locale à celui de leader mondial dans les encres de sécurité et solutions de sécurité intégrées pour billets de banque et documents de valeur.

Aujourd’hui, détenue et dirigée par la troisième génération de la famille Amon, SICPA affiche une présence de taille sur les 5 continents. Depuis la fin du siècle dernier, et en réponse à l’augmentation massive du trafic illicite de marchandises et de la contrefaçon industrielle, l’entreprise s’est forgée une solide position de créateur de systèmes innovants, associant la technologie des encres de sécurité basée sur la matière et la technologie de suivi sécurisé et de traçabilité basée sur l’information.

Tout au long de son histoire, SICPA s’est efforcée d’aider les gouvernements, les banques centrales, les imprimeurs de haute sécurité et les détenteurs de droits à trouver des solutions globales aux nombreux problèmes de sécurité.

Le système SICPA Secure Trail :

• permet aux autorités réglementaires et aux consommateurs de vérifier l’authenticité et la conformité des produits, réduisant ainsi les risques pour la santé publique.

• permet aux gouvernements d’effectuer un rapprochement indépendant entre les revenus en droits d’accise et les niveaux de production et de distribution de produits très réglementés comme le tabac, l’alcool ou les produits pharmaceutiques.

• permet aux douanes et autres autorités légales de vérifier la légitimité de toute expédition, pour chaque produit, à toute étape de la chaîne logistique.

• fournit un outil indispensable à la collecte de preuves légales et à l’application de mesures répressives en cas de délit spécifique à la contrefaçon.

Récents marchés internationaux :

26.02.2010 : Les autorités douanières du Royaume du Maroc ont attribué à SICPA Security Solutions SA le mandat d’implémentation d’un système de marquage et traçabilité sécurisé pour plusieurs produits.

26.01.2010 : SICPATRACE®, la technologie permettant d’accroître les revenus des Gouvernements, pourrait augmenter les rentrées fiscales des Philippines de 75 milliards de pesos sur une période de 7 ans

20.10.2008 : l’Agence du Revenu du Canada a attribué la conception, la production et la distribution d’une nouvelle banderole pour les produits du tabac à la joint venture entre Canadian Bank Note Co et SICPA Product Security

09.05.2007 : Programme de timbres fiscaux sur les cigarettes en Californie

16.03.2007 : Le Ministère des Finances de la République de Turquie confie à SICPA-ASSAN la mission de mettre en application le système de suivi de la sécurité des produits du tabac et de l’alcool.

Suspicion…

L’affaire de l’octroi d’un « marché » de 600 millions de dirhams annuellement pour une durée de cinq années (renouvelable une fois) par le Ministère des Finances à la société suisse SICPA n’est pas sans susciter quelques légitimes interrogations. En effet, s’il s’agit de s’assurer que les opérateurs de boissons, alcoolisées ou non, et les producteurs et distributeurs de tabac respectent les prescriptions légales imposées dans le cadre de la TIC, personne n’y trouvera à redire, y compris ceux qui sont astreints au paiement de ladite taxe fiscale. On a pu, d’ailleurs, estimer dans les cercles dirigeants de l’Administration marocaine, que la traçabilité de la production et la distribution de cigarettes, d’alcools, de vins, bières, boissons gazeuses et autres eaux minérales exigeait d’imposer l’étiquetage sécurisé, officiellement qualifié de marquage fiscal.

Mais, en cette affaire, se présente un énorme « hic », celui de la destination des sommes très conséquentes tirées de ce marquage. Un appel d’offres international tout à fait clair et règlementaire a été lancé, et le marché a été attribué, en février 2010, à une société suisse connue au plan international, SICPA. Celle-ci, basée à Lausanne, va donc collecter dans les cinq années à venir plus de 3 milliards de dirhams et devrait, selon certaines estimations, en conserver au moins la moitié, soit 1,5 milliard de dirhams. Pourquoi un tel cadeau à SICPA qui, au Maroc, s’est domiciliée auprès d’une fiduciaire dont les locaux tiennent tout juste dans un modeste appartement au Maarif, à Casablanca ? S’il s’agit de mieux alimenter les caisses du Trésor marocain, pourquoi donc « offrir » l’essentiel de ce pactole à SICPA qui partout, sauf en Afrique, travaille en joint-venture avec des partenaires locaux, et qui dans le passé, a pu faire l’objet de graves accusations de la part d’ONG suisses actives dans le champ des droits de l’Homme ?

La démarche de l’Administration des Douanes, ne brille guère par sa transparence,  mais c’est sans nul doute au Ministre des Finances, M. Salaheddine Mezouar, qu’incombe la responsabilité de répondre aux éventuelles interpellations que cette affaire pourrait entrainer alors que le Budget de l’Etat n’est pas au mieux de sa forme et que les réserves de changes diminuent régulièrement depuis plusieurs mois. C’est que la facture des prestations de SICPA apparaît comme trop élevée et il ne serait pas sain que d’aucuns puissent considérer qu’il s’agit en réalité d’une « taxe  spéciale » destinée à financer des opérations non officielles. A la veille d’élections législatives jugées cardinales, au moment de rumeurs d’opérations de fusions entre forces politiques ambitieuses, il serait fort préjudiciable à notre classe politique, et notamment à  certains dirigeants dynamiques et crédibles de formations partisanes bien déterminées, de faire l’objet de suspicion.

Le Maroc ne saurait être terre de caisses noires et de rétro commissions. N’est-ce pas ?

F.Y

 

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