
Par un matin comme les autres à Marrakech, un petit révolutionnaire du poisson, Abdelilah, a osé défier le système bien huilé des intermédiaires et des marges insensées. Son crime ? Vendre des sardines à 5 dirhams le kilo, soit trois à quatre fois moins cher que la norme imposée par le marché de la connivence. Son erreur ? Croire en la liberté de commerce Maroc.
Mais c’était sans compter sur ceux qui veillent jalousement sur leurs monopoles et leurs rentes. Très vite, Abdelilah est devenu une anomalie à éliminer. On ne tolère pas les prix bas, surtout lorsqu’ils révèlent au grand jour les pratiques bien rodées d’une distribution gangrenée par la prédation.
L’acharnement contre Abdelilah a suivi un scénario digne d’un thriller politique. D’abord, des rumeurs savamment distillées : ses sardines seraient de « qualité douteuse », peut-être même indignes de la consommation humaine. Ensuite, une descente des autorités, qui découvrent qu’il « omet d’afficher ses prix » et que sa chaîne de froid est « imparfaite ». Comme si les autres vendeurs de poisson à travers le pays étaient subitement devenus des modèles de rigueur sanitaire.
Trop d’exposition, trop de sympathie populaire, trop de vérités ?
Face à cette pression étouffante, notre poissonnier a fini par jeter l’éponge. Le système a gagné. Les sardines resteront à des prix prohibitifs et les consommateurs continueront de payer le prix fort pour des produits qui, en théorie, devraient être accessibles à tous.
Le cas Abdelilah est symptomatique d’un mal plus profond : entreprendre en toute indépendance au Maroc peut être une gageure face à un système qui ne tolère pas vraiment de concurrence. Et pendant que les prix continuent de flamber et que les intermédiaires prospèrent, le consommateur, lui, reste condamné à avaler la pilule. Ou plutôt, la sardine trop chère.
Même scénario pour les fruits et légumes. Des agriculteurs marocains, après des mois de labeur sous un soleil de plomb, voient leurs récoltes bradées par des spéculateurs qui, eux, revendent au triple du prix initial dans les marchés urbains. L’ail, les tomates, les pommes de terre : tout devient hors de portée du citoyen moyen, tandis que ceux qui contrôlent la distribution s’enrichissent sans jamais avoir mis un pied dans un champ.
Face à ces abus, l’intervention de l’État devient cruciale pour empêcher de laisser prospérer ces pratiques qui sont au détriment de tous les citoyens. Parce que pendant que les prix continuent de grimper, que les intermédiaires se gavent, le consommateur marocain, lui, doit se contenter de payer toujours plus pour toujours moins.
Ayoub Bouazzaoui