Sahara marocain : Spasibo et Thank you

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Pour la première fois en trente-cinq ans, le Conseil de sécurité n’a pas renouvelé le mandat de la Minurso. Il aura fallu un veto russe et un non américain, pour que la mission onusienne s’éteigne sans avoir jamais organisé le référendum qui lui donnait son nom. Mais, qui aurait parié qu’un jour, Moscou offrirait au Maroc ce que Washington lui-même n’avait pas osé demander ?

Retour sur la séquence de ce week-end, qui mérite d’être décryptée pour comprendre et apprécier ce qu’il vient de se passer et ce nouveau pas de plus à mettre au crédit de la patiente et tenance stratégie de notre diplomatie marocaine. Vendredi 30 octobre, à New York, le Conseil de sécurité avait sur la table un texte américain qui allait déjà très loin. Le texte proposait la prorogation du mandat de la Minurso jusqu’en octobre 2027, mais sous un autre nom, MINUSO, débarrassée de ce « R » de référendum devenu anachronique. S’y ajoutait les propositions du Secrétaire général attendues avant fin janvier sur la structure et les effectifs de la mission, y compris une réduction du personnel en uniforme. Puis, la reprise des négociations avec toutes les parties, Algérie comprise, sur la base du plan d’autonomie. Et, détail qui n’en est pas un, le texte évoquait l’enregistrement des populations des camps de Tindouf par le HCR (Haut-commissariat aux Réfugiés) dans un délai de six mois. Le vote de cette résolution s’est soldé par onze voix pour, trois abstentions, celles de la Chine, du Pakistan et de la Somalie, et surtout un veto, celui de la Russie.

C’est une première, parce que pendant des années, Moscou s’était contentée de s’abstenir sur le dossier saharien, ménageant son vieil allié algérien sans jamais bloquer la mécanique onusienne. Cette fois, la Russie, qui en même temps organisait un sommet russo-africain en grandes pompes à Moscou, a franchi le pas mais en drapant son geste dans les grands principes. Le texte américain aurait, selon elle, imposé une solution unilatérale et la suppression d’une simple lettre dans l’acronyme de la mission constituerait une trahison des habitants des camps de Tindouf. Son représentant est allé jusqu’à évoquer un « veto du salut ». On appréciera ici l’ironie, surement autant qu’à Kiev, puisque la Russie qui s’émeut aujourd’hui du sort des séquestrés de Tindouf bloque un texte prévoyant enfin de les recenser, ce que l’Algérie refuse obstinément depuis près d’un demi-siècle. Omar Hilale n’a d’ailleurs pas manqué de le rappeler en séance, avec une formule qui résume tout, « Laissez-les rentrer au Maroc ».

Dans la foulée, la Russie a soumis son propre projet, déposé le matin même, et qui se limitait à reconduire la mission pour un an, sous son nom historique, sans la moindre référence à l’autonomie. Avec trois voix pour, onze abstentions et un vote contre, celui des États-Unis, le texte russe n’aurait jamais atteint les neuf voix requises. Mais Washington a tenu à signifier clairement son refus, plutôt que de laisser le projet mourir de sa belle mort. Et Mike Waltz a été sans ambages « Nous ne donnerons pas notre voix au maintien du statu quo. Nous ne la donnerons pas non plus à une mission dont le nom même perpétue quelque chose qui ne peut être réalisé ». Et toc !

Résultat, la Minurso, créée en 1991, s’est éteinte à minuit le 31 octobre, faute de texte. C’est une nouvelle historique et à Rabat, quelques heures à peine après le vote, le Cabinet royal publiait un communiqué qui transforme l’impasse onusienne en fin de cycle. « Il s’agit d’une évolution importante et d’un pas significatif vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain aux Nations Unies », affirme le texte, qui précise que la présence de la mission dans les provinces du Sud, « notamment à travers son personnel, ses véhicules, son matériel et ses symboles, devrait cesser dans les prochains jours ». Mieux, selon le Royaume, la non-reconduction de la Minurso « devrait marquer la fin de la saisine du Conseil de sécurité et le retrait de cette question de son ordre du jour ».

La réaction marocaine n’est pas le fruit du hasard, elle s’inscrit dans une trajectoire construite méticuleusement. Il y a un an jour pour jour, la résolution 2797 consacrait déjà le plan d’autonomie comme base des négociations et nous avons célébré ce samedi la première Fête de l’Unité, proclamée par le Roi Mohammed VI pour commémorer ce moment. Depuis, plus des deux tiers des États membres de l’ONU, dont des membres permanents du Conseil, soutiennent l’autonomie sous souveraineté marocaine comme seul cadre de solution. Et la résolution 2797 demeure, jusqu’à preuve du contraire, la référence juridique du processus. Le veto russe n’a donc pas inversé le rapport de forces, il l’a au contraire mis en lumière. Onze contre trois, le camp d’Alger à New York tient désormais dans une main qui souffre en plus d’oligodactylie.

En réalité, Moscou ménage Alger dans la forme, sans rompre avec Rabat sur le fond, et préserve au passage ses intérêts économiques avec le Royaume. Le Kremlin a toujours excellé dans l’art de jouer sur plusieurs tableaux et l’a prouvé une fois de plus.

Désormais, le veto russe va mécaniquement déclencher un débat à l’Assemblée générale et c’est dans ce sens que le communiqué du Cabinet royal a d’ailleurs annoncé que des démarches similaires seraient menées au sein des autres organes onusiens.

Mais, comme depuis le début de cette épopée patriotique, dans la lignée de la Glorieuse Marche Verte célébrée ce vendredi 6 novembre, le Maroc continuera à aligner les dominos, un par un, pas à pas, jusqu’à la victoire définitive qui consacrera sa souveraineté légitime et complète sur son Sahara. Parce que la patience est mère de toutes les vertus.

 

Zouhair Yata

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