Sahara marocain : l’Union européenne évoque une « autonomie véritable » comme solution « des plus réalisables »
La 15e session du Conseil d’Association entre le Royaume du Maroc et l’Union européenne, tenue jeudi à Bruxelles, a été marqué par l’adoption d’une nouvelle position commune des 27 États membres sur la question du Sahara marocain.
À l’issue de cette session, un communiqué conjoint, signé par le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita, et la Haute représentante de l’Union européenne pour la politique étrangère et la politique de sécurité, Kaja Kallas, consigne la position de l’UE selon laquelle « une autonomie véritable pourrait représenter une solution des plus réalisables » pour le règlement définitif du différend régional autour du Sahara marocain. Cette formulation, portée collectivement par les 27 États membres, s’inscrit dans la dynamique internationale favorable à l’initiative marocaine d’autonomie, présentée comme un cadre politique pragmatique et crédible sous souveraineté marocaine.
Le communiqué reprend l’appel du Conseil de sécurité des Nations Unies invitant toutes les parties à s’engager dans les discussions « sans conditions préalables et sur la base du plan d’autonomie proposé par le Maroc », afin de parvenir à une solution politique durable. Dans ce contexte, l’Union européenne se « félicite » de la volonté du Royaume « d’expliciter comment une autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine se déclinerait », soulignant ainsi l’importance d’une approche opérationnelle et concrète de cette proposition.
Cette évolution européenne s’inscrit dans le prolongement de la résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité de l’ONU, que l’UE salue explicitement dans le communiqué conjoint. Cette résolution appuie pleinement les efforts du Secrétaire général et de son Envoyé personnel pour relancer le processus politique en s’appuyant sur l’initiative d’autonomie marocaine. L’alignement explicite de l’Union européenne sur ce cadre onusien marque un pas supplémentaire dans la consolidation d’un consensus international autour d’une solution politique réaliste, pragmatique et durable.
Au-delà de la question du Sahara, les travaux du Conseil d’Association ont permis de dresser un bilan globalement positif des relations bilatérales et de tracer les perspectives d’un partenariat renouvelé. Réunies à la veille du trentième anniversaire de l’Accord d’Association Maroc–UE, les deux parties ont mis en avant la profondeur historique de leur relation, forgée par plus d’un demi-siècle de coopération, de dialogue politique et de co-construction dans de multiples domaines.
Le communiqué conjoint souligne ainsi le caractère « stratégique, ancien, riche, multidimensionnel et privilégié » de ce partenariat, tout en réaffirmant l’ambition partagée de le porter vers un niveau supérieur. Cette dynamique repose notamment sur les acquis du Statut avancé et du Partenariat de prospérité partagée, ainsi que sur les progrès enregistrés depuis la précédente session du Conseil d’Association en 2019.
Dans ce cadre, les deux parties ont salué les avancées réalisées dans quatre espaces structurants de coopération : l’espace de convergence des valeurs, celui de la convergence économique et de la cohésion sociale, l’espace des connaissances partagées, et celui de la concertation politique et de la coopération accrue en matière de sécurité. Ces progrès sont présentés comme le reflet de la vitalité et de la résilience du partenariat euro-marocain, ainsi que de la capacité des deux parties à répondre conjointement aux défis régionaux et mondiaux.
Sur le plan économique et financier, le communiqué rappelle que le Maroc demeure le principal bénéficiaire des financements européens en Afrique du Nord. Pour la période 2021-2024, le soutien financier global de l’Union européenne au Royaume s’élève à près de 4 milliards d’euros, combinant des subventions directes d’environ 1,11 milliard d’euros et des investissements structurants soutenus par la Banque européenne d’investissement à hauteur de 2,8 milliards d’euros. Ces flux témoignent du caractère prioritaire accordé au Maroc dans la politique de voisinage sud de l’UE et dans sa stratégie méditerranéenne.
Le dialogue politique a également porté sur les grands enjeux régionaux. L’Union européenne a exprimé son « soutien au travail du Comité Al-Qods », présidé par le Roi Mohammed VI, en faveur d’une paix et d’une stabilité durables au Proche-Orient, fondées sur la solution à deux États. Le communiqué met également en avant le rôle « constructif et visionnaire » du Maroc dans le cadre des initiatives de coopération régionale, en particulier l’Initiative pour les États Africains Atlantiques, lancée en 2022, visant à structurer un espace de dialogue, de stabilité et de co-développement entre les pays africains riverains de l’Atlantique.
Dans son intervention, Nasser Bourita a insisté sur la volonté ferme du Maroc d’avancer « main dans la main » avec l’Union européenne vers un partenariat plus stratégique, plus profond et plus résilient, fondé sur la complémentarité, la compétitivité, la croissance et la connectivité. Il a souligné que le Royaume n’apporte pas seulement des attentes, mais une « offre stratégique concrète », reposant notamment sur la stabilité, l’ouverture maîtrisée, et le rôle du Maroc comme passerelle entre l’Europe, l’Afrique et le Sud de la Méditerranée.
Le ministre a également plaidé pour un changement de paradigme dans la relation bilatérale, appelant à dépasser la logique de simple voisinage pour instaurer une véritable alliance stratégique. Il a souligné la nécessité de renforcer les mécanismes de concertation préalable, d’investir conjointement dans les secteurs d’avenir et d’impliquer davantage les forces vives économiques et sociales dans la construction du partenariat. Dans cette perspective, la Coupe du monde de football 2030, que le Maroc coorganisera avec l’Espagne et le Portugal, a été présentée comme une opportunité majeure pour accélérer l’intégration des infrastructures, des réseaux logistiques, des services numériques et des investissements durables.
Les travaux du Conseil d’Association ont enfin été marqués par la participation de la Commissaire européenne pour la Méditerranée, Dubravka Šuica, ainsi que de plusieurs ministres européens des Affaires étrangères, dont ceux de l’Espagne, des Pays-Bas, de la Slovaquie, de l’Estonie, de la République tchèque et de Malte. Les deux parties sont convenues d’approfondir leur dialogue politique, notamment à travers l’institutionnalisation d’un dialogue annuel de haut niveau, et de poursuivre l’élaboration d’un partenariat stratégique approfondi, couvrant des domaines clés tels que la sécurité, l’industrie, le numérique, l’environnement et les investissements stratégiques.
LNT
