Malgré 11 voix favorables, le projet de résolution américain sur le Sahara n’a pas été adopté vendredi, faute de l’accord de Moscou. Pour la première fois dans ce dossier, la Russie a utilisé son droit de veto, à la veille de l’expiration du mandat de la MINURSO.
Le Conseil de sécurité des Nations unies n’a pas pu adopter vendredi le projet de résolution présenté par les États-Unis sur le Sahara. Le texte a recueilli 11 voix pour, une contre et trois abstentions. La seule voix contre était celle de la Russie, membre permanent du Conseil. Son vote équivaut donc à un veto.
Ont voté pour : les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, le Danemark, la Grèce, le Panama, Bahreïn, la Colombie, la Lettonie, le Liberia et la République démocratique du Congo. La Chine, le Pakistan et la Somalie se sont abstenus.
Ce veto intervient moins de 24 heures avant l’expiration, le 31 octobre, du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO).
Le projet américain voulait marquer une rupture. Il faisait du plan d’autonomie sous souveraineté marocaine l’unique base des négociations politiques, et le présentait comme la solution la plus réaliste et la plus applicable. Il allait ainsi plus loin que la résolution 2797, adoptée en octobre 2025, qui qualifiait l’autonomie de l’une des solutions les plus viables.
Le texte prévoyait aussi de renommer la mission en supprimant toute référence au référendum, et de prolonger son mandat jusqu’au 31 octobre 2027. Une version antérieure envisageait de mettre fin à la composante de maintien de la paix au printemps 2027, de réduire d’au moins la moitié les effectifs militaires et de confier au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) le recensement de la population des camps de Tindouf. Pour tenter d’obtenir l’appui de Moscou, Washington a revu son texte à plusieurs reprises, en atténuant les dispositions sur la restructuration de la mission et en réaffirmant le rôle de l’envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura.
Ces concessions n’ont pas suffi. Avant le vote, la diplomatie russe avait plusieurs fois insisté pour que la présence onusienne soit maintenue « dans sa forme actuelle ».
La position russe marque un tournant. Il y a un an presque jour pour jour, la Russie s’était abstenue lors du vote de la résolution 2797, aux côtés de la Chine et du Pakistan, ce qui avait permis l’adoption du texte. Cette fois, Moscou est allé jusqu’au veto, une première dans l’histoire de ce dossier aux Nations unies.
Quelques heures avant le vote, la Russie a déposé son propre projet de résolution. Il prévoyait une simple prolongation d’un an du mandat de la MINURSO, sans changer son nom ni ses missions, et sans mentionner le plan marocain. Il appelait à une solution « juste, durable et mutuellement acceptable », conforme au principe d’autodétermination. Selon les dernières informations, ce texte n’a pas non plus été adopté, ce qui laisse la MINURSO sans mandat renouvelé.
Le représentant américain, Mike Waltz, a vivement critiqué le veto russe. Il l’a présenté comme une manœuvre destinée à préserver la référence au référendum, une option que les responsables onusiens jugent irréaliste depuis des années selon lui. Il a affirmé que les États-Unis ne soutiendraient pas « un statu quo » qui condamnerait les populations concernées à « cinq décennies de plus » d’attente. Il a aussi assuré que Washington continuerait à travailler avec Staffan de Mistura pour une réduction « ordonnée et stable » de la présence de la mission.
La France a « profondément regretté » le veto russe et jugé qu’une fin brutale du mandat serait « particulièrement préoccupante ». Le Royaume-Uni a exprimé la même inquiétude.
LNT
