Essais du robot humanoïde russe Skybot F-850, alias Fiodor, avant son départ pour l'ISS © Roscosmos space agency/AFP

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La Russie a lancé Fiodor, son premier robot humanoïde, vers l’ISS

le 22 août 2019


La Russie a lancé jeudi une fusée transportant Fiodor, son premier robot humanoïde, vers la Station spatiale internationale (ISS), pour un séjour test en vue d’utiliser de telles machines pour explorer l’espace lointain.

Fiodor, qui porte le numéro d’identification Skybot F850, a décollé à bord d’une fusée Soyouz à 06H38 heure de Moscou (03H38 GMT) depuis le cosmodrome russe de Baïkonour au Kazakhstan. Il doit arriver sur l’ISS samedi et y rester dix jours, jusqu’au 7 septembre.

La fusée russe utilisée est notamment équipée d’un nouveau système de contrôle digital et de moteurs dernier cri. Le pas de tir est d’ordinaire utilisé pour envoyer des missions de ravitaillement non habitées vers l’ISS, a précisé la Nasa sur son blog.

« C’est parti, c’est parti », a lancé le robot au moment du lancement, selon la séquence retransmise à la télévision, dans une référence apparente aux mots prononcés par Youri Gagarine lors de son départ pour le premier vol d’un homme dans l’espace en 1961.

Le robot au corps anthropomorphe argenté mesure 1,80 m de haut et pèse 160 kg. Fiodor est un prénom russe mais sa transcription anglaise, Fedor, correspond également à l’acronyme de « Final Experimental Demonstration Object Research ».

Fiodor dispose de comptes sur les réseaux sociaux Instagram et Twitter, qui détaillent sa vie quotidienne, par exemple lorsqu’il apprend à ouvrir une bouteille d’eau. « Je m’en vais accomplir la mission qui m’a été confiée. Que cache encore le cosmos? », peut-on lire sur l’un des messages.

– Tâches « secrètes » –

Une fois arrivé à bord de l’ISS, le robot effectuera différentes tâches sous la supervision du cosmonaute russe Alexandre Skvortsov, qui a rejoint l’équipe de la Station spatiale internationale le mois dernier, selon l’agence de presse RIA Novosti.

Il va tester ses capacités dans les conditions d’une gravité très basse. Parmi ses principaux savoir-faire figure notamment celui d’imiter les mouvements humains, ce qui veut dire qu’il pourrait aider les astronautes à réaliser leurs tâches.

Ses opérations l’amèneront à manier un tournevis ou encore des clés, a précisé Alexandre Blochenko, directeur des programmes prometteurs chez l’Agence spatiale russe (Roskosmos), dans un entretien au journal Rossiïskaïa Gazeta.

Selon M. Blochenko, Fiodior a été conçu pour travailler dans les conditions les plus difficiles, qui seraient dangereuses pour l’homme. A l’intérieur de la station, son corps sera « fixé » et il ne pourra pas encore se déplacer librement.

– « Conquérir l’espace lointain » –

Fiodor n’est pas le premier robot à s’envoler vers le cosmos.

En 2011, la Nasa a envoyé dans l’espace un robot humanoïde baptisé Robonaut 2, développé en coopération avec General Motors, avec le même objectif de le faire travailler dans un environnement à haut risque. Il est revenu sur Terre en 2018 en raison de problèmes techniques.

En 2013, le Japon a expédié dans l’espace un petit robot appelé Kirobo, en même temps que le premier commandant japonais de l’ISS, Koichi Wakata. Développé avec Toyota, Kirobo était capable de parler, mais uniquement en japonais.

Bien au delà de cette seule mission, les autorités russes, qui considèrent la conquête spatiale comme une question stratégique, ne cachent pas leurs ambitions pour Fiodor et ses futurs petits frères.

De telles machines pourraient ainsi effectuer des opérations dangereuses comme des sorties dans l’espace, a expliqué Alexandre Blochenko.

Le très patriotique directeur de Roskosmos, Dmitri Rogozine, a montré en août des photos de Fiodor au président russe Vladimir Poutine, en présentant le robot comme « assistant à l’équipage » de l’ISS. « Dans l’avenir, nous comptons sur cette machine pour conquérir l’espace lointain », a-t-il déclaré lors de cette rencontre.

La conquête de l’espace constitue une source d’immense fierté depuis la période soviétique, mais a subi d’importantes difficultés après la chute de l’Union soviétique.

Malgré les promesses récentes très ambitieuses du Kremlin dans le domaine spatial, le secteur a enchaîné ces dernières années d’humiliants accidents et scandales de corruption. La Russie reste malgré tout à ce jour le seul pays en mesure d’envoyer des humains vers l’ISS.

LNT avec Afp