Riz : la production repart mais les importations ont plus que doublé en trois ans

Par LNT
culture riz maroc

Les achats extérieurs de riz sont passés de 54 980 tonnes en 2022 à 118 843 tonnes en 2025, soit une progression de 116%. Rapportées à la production nationale, elles sont passées de 140% à plus de 800%. Une enquête de sauvegarde ouverte en avril doit établir si la filière subit un dommage grave.

La riziculture marocaine, concentrée dans le périmètre du Gharb, sort de plusieurs exercices difficiles marqués par la sécheresse puis par des inondations. La campagne en cours bénéficie du retour des précipitations et de la reconstitution des réserves hydrauliques, avec une production orientée à la hausse.

Cette reprise intervient toutefois dans un environnement de marché profondément modifié. Les importations de riz ont progressé de 54 980 tonnes en 2022 à 118 843 tonnes en 2025, soit une hausse de 116% en trois ans. Le rapport entre les volumes importés et la production nationale est passé de 139,7% à 807,2% sur la même période.

Ce second ratio mérite explication. Il ne signifie pas que la consommation a été multipliée par huit, mais que la production nationale s’est effondrée pendant que les importations progressaient, effet combiné de la sécheresse sur les surfaces irriguées et de l’afflux de riz étranger.

Le ministère de l’Industrie et du Commerce a ouvert le 13 avril une enquête de sauvegarde, à la demande de deux opérateurs représentant 78% de la production nationale. La procédure porte sur le riz blanchi et le riz étuvé destinés à la consommation humaine directe, à l’exclusion des variétés spécialisées comme le basmati.

L’objet de l’enquête est d’établir si l’augmentation massive des importations cause un dommage grave à la branche de production nationale, condition posée par les règles de l’Organisation mondiale du commerce pour l’adoption d’une mesure de sauvegarde. Les parties intéressées, producteurs nationaux, importateurs et exportateurs étrangers, avaient jusqu’au 15 mai pour se faire enregistrer.

Les causes invoquées de la poussée des importations sont extérieures au Royaume : une surabondance de l’offre mondiale, l’assouplissement des restrictions à l’exportation dans les pays producteurs, notamment en Asie, et les perturbations des marchés internationaux.

L’arbitrage posé est classique en politique commerciale. Une mesure de sauvegarde protège les producteurs et les surfaces cultivées, mais renchérit un produit alimentaire de base pour le consommateur. Dans une filière dont la production nationale ne couvre qu’une fraction de la demande, l’effet sur le prix de détail est mécaniquement plus rapide que l’effet sur les surfaces replantées, qui suppose plusieurs campagnes.

La décision attendue engagera par ailleurs la crédibilité du dispositif marocain de défense commerciale, encore peu utilisé sur les produits agricoles.

LNT

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