Crédits photo : Ahmed Boussarhane/LNT

Société

Réussir le redémarrage

le 26 mai 2020


Alors que le taux de R0 baisse de jour en jour, matérialisant des victoires successives sur le COVID-19 dans notre pays, le retour à une certaine normalité se fait progressivement jour.

En effet, hormis la région de Casablanca-Settat qui affiche encore un taux positif mais à peine inférieur à 1, les autres régions du Royaume sont désormais vertes, avec ce fameux R0 de 0,6, ce qui, rétrospectivement, confirme la justesse de la décision du prolongement du confinement, impopulaire certes, jusqu’au 10 juin prochain.

Ceci explique donc parfaitement que les autorités publiques, avec une légère anticipation, entament un retour à la normale, notamment dans les administrations, mais aussi dans le secteur productif, textile et automobile notamment, tandis que la presse écrite est invitée, par Facebook interposé, à reprendre la publication de ses titres.

Bien sûr, les recommandations pour le respect des gestes barrières, le port du masque et la distanciation sociale restent nécessaires, mais on a le sentiment que le plus dur, sur le plan sanitaire, est derrière nous.

Alors, tout en se gardant d’une sous-évaluation de la situation qui n’est pas encore totalement rétablie, c’est à aujourd’hui et à demain qu’il nous faut penser désormais…

Et, force est de reconnaître, sans jouer aux Cassandre, que le pire est sans doute à venir, tant le Coronavirus aura causé de dégâts dans le tissu économique, micro et macro, mais aussi et surtout dans le tissu social.

Durant plus de deux mois, l’économie nationale s’est arrêtée, ou plutôt a été arrêtée pour faire face à la menace d’une épidémie qui aurait pu causer des dizaines de milliers de morts comme on le voit aujourd’hui aux États-Unis ou au Brésil.

Durant cette période, toutes les lacunes, les carences, les déficits sociaux ont été révélés avec une ampleur que beaucoup avaient fait mine jusque-là d’ignorer et de minimiser !

C’est en ce sens que, s’il n’est pas utile de placer le poncif qui veut que rien ne sera plus comme avant, il nous faut reconnaître qu’il ne sera plus possible de mettre sous le boisseau tous les dysfonctionnements que la pandémie a mis à nu durant cette période.

Hormis les questions économiques et financières, importantes et sensibles, la pandémie a exposé au grand jour deux réalités incontournables, l’existence d’une jeunesse désœuvrée et sans perspectives et la pauvreté qui touche des millions de nos concitoyens, dans nos villes et nos campagnes.
L’État a pris les choses en main, consenti des efforts majeurs, paré au plus pressé, mais désormais, il ne devra plus s’agir de mesures provisoires ou palliatives.

La mise à niveau, par exemple, du tissu hospitalier, réalisée à coup de milliards de dirhams et qui a permis de sauver notre population, de la préserver, a prouvé que cela était réalisable, parce que les efforts ont été concentrés sur le secteur sanitaire.
Voilà pourquoi il est urgent et impératif de mettre en place, dans les semaines et mois à venir, un nouveau modèle de développement accolé à un nouveau pacte social.

Cela est prévu, notamment parce que les travaux de la Commission Benmoussa touchent sans doute à leur fin, mais, au-delà des cogitations et propositions d’un groupe d’experts, c’est d’un consensus fort, solide, incontestable et non contesté dont le pays a besoin, notamment pour l’adoption d’une Loi rectificative de Finances encore plus sociale que celle qui a encore cours aujourd’hui et qui marquait, certes, une réorientation des priorités de la puissance publique.

Ce dont le Royaume a besoin, c’est de la mise en route et l’application sans délais des recommandations royales antérieurement émises lors de plusieurs allocutions successives et qui, si elles avaient été implémentées en leurs temps et heure, auraient permis d’affronter avec moins de dégâts les moments sombres de ces dernières semaines et celles qui arrivent.

Le Maroc est donc en phase de redémarrage, mais tous doivent comprendre que la situation exige et exigera des efforts exceptionnels pour préserver la stabilité sociale, donner aux démunis les moyens de vivre, soutenir la jeunesse, préserver l’emploi, assurer la pérennité des entreprises, y compris celles qui évoquent dans le secteur informel.

L’observance globalement réussie des recommandations des pouvoirs publics durant la pandémie a largement prouvé que nos concitoyens étaient responsables et soucieux du bien général.

Ils ne changeront certainement pas dans cette nouvelle période qui s’ouvre devant nous et c’est donc aux relais politiques, partisans, aux responsables et aux échelons administratifs que des efforts majeurs seront demandés afin que « la machine » reparte dans les meilleures conditions, avec le seul souci de résoudre les problématiques, sociales notamment, que le COVID-19 a si largement mises en lumière.

Fahd YATA