Finance

Rapport de la Cour des comptes : majorité et opposition s’opposent sur la lecture du bilan gouvernemental

Par LNT
Cour-des-Comptes

L’examen du rapport 2024-2025 de la Cour des comptes a donné lieu à de vifs échanges à la Chambre des représentants, où majorité et opposition ont affiché des lectures sensiblement divergentes des conclusions de l’institution dirigée par Zineb El Adaoui.

Réunis en séance plénière pour discuter de l’exposé de la première présidente de la Cour des comptes sur l’action de l’institution au titre de l’exercice 2024-2025, les groupes parlementaires ont opposé deux interprétations distinctes du document. Là où la majorité y voit une validation de plusieurs orientations gouvernementales et des réformes engagées, l’opposition met davantage l’accent sur les dysfonctionnements relevés en matière de gouvernance et sur l’impact jugé insuffisant des politiques publiques sur le quotidien des citoyens.

Les formations de la majorité ont notamment souligné que le rapport met en lumière les avancées réalisées dans plusieurs chantiers structurants, en particulier la protection sociale, l’investissement et la gestion des ressources hydriques.

Le groupe du Rassemblement national des indépendants (RNI) a ainsi estimé que les observations de la Cour relatives à la généralisation de la couverture sociale traduisent l’engagement du gouvernement dans la mise en œuvre de ce chantier, tout en reconnaissant que des défis subsistent, notamment en matière de digitalisation et de réforme du système national de santé.

Le groupe Authenticité et Modernité (PAM) a, pour sa part, mis en avant le caractère objectif du rapport, tout en relevant que celui-ci souligne des insuffisances dans la gestion publique et la persistance de disparités territoriales, notamment en matière d’accès aux infrastructures, aux services de base et à l’emploi. Le groupe a plaidé pour un renforcement de l’investissement public dans les zones vulnérables et une accélération de la régionalisation avancée.

Le groupe istiqlalien a insisté sur les enjeux liés à la politique hydrique, saluant les efforts engagés dans le cadre des orientations royales, notamment à travers l’accélération des projets de barrages, d’interconnexion entre bassins hydrauliques et de dessalement de l’eau de mer. Il a toutefois relevé les défis persistants liés à la distribution, au traitement et à la réutilisation des eaux usées.

Du côté de l’opposition, les critiques ont porté sur l’écart entre les indicateurs macroéconomiques et la réalité sociale.

Le Groupe socialiste-opposition ittihadi a relevé que, selon les constats du rapport, près de 11 millions de Marocains demeurent en dehors du système de couverture sanitaire, estimant que la protection sociale ne peut atteindre ses objectifs sans résolution des difficultés liées au recouvrement des cotisations et à la continuité des droits des bénéficiaires.

Le Groupe haraki a reconnu l’amélioration de certains indicateurs économiques, tout en estimant que la question centrale demeure celle de l’impact concret de ces performances sur le pouvoir d’achat, la justice sociale et la réduction des disparités territoriales.

Le Parti du progrès et du socialisme (PPS) a, de son côté, pointé les retards dans la mise en œuvre de certains dispositifs réglementaires, notamment ceux liés à la Charte de l’investissement et au soutien aux PME, ainsi que les difficultés persistantes d’accès au foncier.

Le Groupe Justice et Développement (PJD) a critiqué les limites des résultats de la Charte de l’investissement, évoquant un manque de convergence entre politiques publiques et l’absence de mécanismes d’évaluation suffisants. Il a également attiré l’attention sur la situation des finances publiques, marquée selon lui par la persistance du déficit et l’augmentation de l’endettement.

Certaines voix individuelles ont également exprimé leurs réserves. La députée Fatima Tamni a estimé que l’augmentation des budgets publics ne s’est pas traduite par des résultats tangibles pour les citoyens, tandis que Nabila Mounib a insisté sur la nécessité de renforcer les capacités des hôpitaux publics.

LNT

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