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Ramadan 2026 : Sale temps pour les gourmands et autres amateurs de chhiwates !

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Une table de f’tour terriblement salée. En effet, durant ces premiers jours du mois de Ramadan, l’habituelle flambée des prix des produits alimentaires a fait son retour, mettant très à mal les budgets des familles marocaines. Qui en est le véritable responsable ? Sans surprise, l’État, les chennakas et nous-mêmes, plus particulièrement ceux qui consomment à outrance. C’est visiblement cette équation tripartite qui contribue à mettre le feu aux prix durant chaque saison ramadanesque.

Dans un marché rural avoisinant la capitale économique, il a été constaté que, durant cette première semaine du mois sacré, les prix des légumes dépassaient les 10 dirhams le kilo. Les fruits, eux, se passent de commentaire. Les prix des viandes rouges restent très élevés, avec des prix dépassant les 120, voire 125 dirhams le kilogramme dans certains quartiers populaires. Les abats suivent la même tendance : la «t’kalia» atteint 70 dirhams et la tête de bœuf peut s’afficher à plus de 100 dirhams.

La volaille n’a pas été épargnée. Après plusieurs semaines de stabilité, le prix du poulet a connu une hausse notable dès les premiers jours du Ramadan, atteignant 17 à 18 dirhams le kilo, et parfois jusqu’à 19 dirhams dans certaines rôtisseries. Des professionnels expliquent cette augmentation par la forte demande saisonnière, les conditions climatiques ayant affecté le rythme de production, ainsi que la hausse des coûts des aliments pour bétail, de l’énergie et du transport. Si une légère accalmie a été observée après les deux premiers jours, avec un repli autour de 18 dirhams dans certains marchés, la pression demeure palpable pour les ménages.

Mais c’est surtout du côté du poisson que la hausse a suscité le plus de mécontentement. Comme chaque année, les produits de la mer occupent une place de choix sur la table ramadanesque. Or, dès les premiers jours du mois sacré, les prix ont enregistré une hausse notable par rapport à l’an dernier. La sardine s’affiche autour de 30 dirhams le kilo, alors que certains professionnels estiment qu’elle devrait être accessible à 15 dirhams au vu de l’abondance de l’offre. La sole oscille entre 90 et 120 dirhams, le merlan s’inscrit en hausse, la crevette atteint 100 à 120 dirhams, le calamar se négocie entre 120 et 140 dirhams, tandis que le sargo dépasse également les 100 dirhams.

Haro sur les intermédiaires ! 

Des commerçants pointent la multiplication des intermédiaires, le poisson passant par deux ou trois maillons avant d’arriver au détail. D’autres évoquent les conditions météorologiques défavorables, notamment le phénomène de «movita», pouvant limiter les sorties en mer et peser sur l’approvisionnement. S’y ajoutent les coûts de transport et les fluctuations du marché. Mais pour de nombreux consommateurs, ces explications ne suffisent pas à justifier des hausses jugées excessives, relançant le débat sur la transparence des circuits de distribution et les marges pratiquées entre le port et l’étal.

Cette flambée ne se limite pas aux produits carnés ou halieutiques. L’Observatoire marocain de protection du consommateur a tiré la sonnette d’alarme face à des augmentations jugées injustifiées touchant la farine, l’huile, le sucre, le lait et les dattes. Selon l’Observatoire, ces hausses suscitent de sérieuses interrogations dans un contexte où les chaînes d’approvisionnement restent globalement stables, renforçant les soupçons de pratiques spéculatives. L’organisation appelle à un renforcement des contrôles, à l’encadrement des marges et à l’application de sanctions dissuasives contre les spéculateurs.

Ce paradoxe, pour ne pas dire l’hypocrisie de certains, caractérise chaque Ramadan : un mois de piété, de recueillement et de dévotion, mais aussi un mois de surconsommation et de gaspillage. Notre table prend, le temps d’un mois sacré, du poids. Idem pour beaucoup d’entre nous. Chacun est libre de ses choix alimentaires, certes. Mais la hausse soudaine de la demande crée un terrain favorable à la spéculation.

De Ramadan en Ramadan, les prix flambent, dépassant le pouvoir d’achat d’une bonne partie des Marocains. À défaut de contrôles rigoureux et réguliers, beaucoup ont fini par céder face à un marché livré à lui-même, où les intermédiaires et autres «moule choukara» font et défont les prix sans être véritablement inquiétés. Certains trouvent même dans ce mois l’occasion de réaliser l’essentiel de leur chiffre d’affaires annuel.

Certes, après le pic des deux premiers jours, les marchés tendent progressivement à retrouver un certain équilibre. Quelques légumes enregistrent des baisses allant de quelques centimes à plusieurs dirhams. Le mécanisme de l’offre et de la demande reprend ses droits lorsque la pression retombe. Mais les viandes rouges, les légumineuses et plusieurs produits de base demeurent à des niveaux élevés, maintenant la pression sur les budgets.

À l’état actuel du marché, entre une table de f’tour plus ou moins garnie, un dîner à base de tajine et un sh’our avec dessert, le budget d’une famille moyenne peut facilement atteindre 300 dirhams par jour. Pour les amateurs de chhiwates, la facture peut dépasser 600 dirhams.

Face à cette situation, il ne suffit plus de dénoncer. En plus des mesures de contrôle et de l’application stricte des lois, des campagnes de sensibilisation s’imposent pour promouvoir une consommation modérée et responsable. Une mobilisation de la société civile apparaît cruciale pour combattre l’avidité des «frakchias» et ancrer une culture d’achat consciente. Ramadan devrait rester un moment de solidarité et de partage, et non une opportunité de profits excessifs au détriment du pouvoir d’achat des citoyens.

H.Z

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