Crédits : La Nouvelle Tribune

Économie et Finance

Quelle santé financière de l’État aujourd’hui ?

le 17 septembre 2020


Depuis le début de la pandémie de la Covid-19, la mobilisation des États est à son maximum pour sauver leurs populations, lutter contre la dépression économique qu’ils ont eux-mêmes enclenchée avec le confinement et l’arrêt de l’économie qu’il a imposée. Leur mobilisation a, bien sûr, été budgétaire, aucun n’ayant eu le choix de « regarder à la dépense » malgré que la conséquence immédiate en a été l’explosion des budgets engagés et l’aggravation de l’endettement public. Celui-ci a dépassé les 100% à 130% du PIB pour beaucoup de pays, et pas des moindres, puisque les riches sont autant concernés que nombre de pays en développement.

C’est également, certes, le cas du Maroc qui n’a pas ménagé sa peine et engagé de réels efforts budgétaires et innovants en cette conjoncture difficile sur les plans sanitaire, économique et social.

Les bulletins mensuels des finances publiques publiés par la Trésorerie Générale du Royaume, TGR, marquent bien la différences en distinguant les recettes fiscales des non fiscales et en démontrant le rôle de ces dernières en matière d’appui au financement des charges exceptionnelles engendrées par le coronavirus.

C’est pour cette raison qu’il convient de ne pas comparer les chiffres de la situation actuelle à ceux de l’année précédente.
Apprécier la réalisation de la Loi de Finances rectificative du lendemain confinement, les déficits ordinaire et budgétaire, l’endettement de l’État aux niveaux intérieur et extérieur, par rapport à août 2019, n’est pas significatif, du fait que les chiffres qui les caractérisent traduisent deux situations totalement différentes.

Idem pour les mois précédents et il faudrait attendre le mois de mai 2021 pour que la comparaison annuelle soit significative.

Pour apprécier l’évolution des impacts de la crise, c’est une comparaison mensuelle qui s’avère plus explicite

Par ailleurs, la création du fonds spécial de suivi du Covid-19, a fait la grande différence budgétaire pour le Maroc.

Il a permis à lui seul de financer les charges et investissements nécessités par la pandémie tout particulièrement sanitaire.

Le fonds en question a certainement joué le rôle qui lui a été imparti, celui de « soutenir » le Budget de l’État, en amortir le choc induit par la crise et l’accompagner dans le temps.

Il continue à aider la puissance publique à garder la tête hors de l’eau.

En effet, sur les fonds collectés, 26 milliards ont été affectés aux bonnes causes ou dépenses urgentes non prévues par le budget.

C’est ainsi qu’à fin août 2020, le « Fonds spécial pour la gestion de la pandémie du coronavirus Covid-19 » a enregistré des recettes pour 33,7 MMDH et couvert des dépenses de plus de 30 MMDH.

Mais, au-delà de celui-ci, il faut savoir qu’en juillet, les recettes des comptes spéciaux du Trésor ont atteint 84,4 MMDH.
Elles tiennent compte des recettes au titre du fonds Covid-19 pour 33,7 MMDH, mais aussi des transferts reçus des charges communes du Budget général d’investissement pour 18,9 MMDH.

Ce qui a permis de couvrir les dépenses émises, lesquelles se sont élevées à 83,4 MMDH.

A fin juillet, le solde des comptes spéciaux du Trésor s’enlevait à 1 MMDH seulement.

Et la preuve que la comparaison d’une année à l’autre n’est pas significative, ces recettes des comptes spéciaux du Trésor ont atteint 91,2 MDH en août, soit 10 MMDH de plus qu’en juillet, alors qu’elles n’étaient pas représentatives en juillet et août 2019.

Elles tiennent compte du fonds spécial et des transferts reçus des charges communes du Budget général d’investissement pour 20,1 MMDH contre 19 MMDH en juillet.

En août, les dépenses émises ont aussi augmenté d’un mois à l’autre, à 87,8 MMDH contre 83,4 le mois précédent.

Le solde des comptes spéciaux du Trésor s’est établi à 3,4 MMDH, soit le triple de juillet, mais reste à un niveau très faible.

Cependant, au niveau du Budget global, pour le mois de juillet, le solde ordinaire, négatif de 1,6 MMDH, a continué à se creuser en août à – 2,5 MMDH.

De même que pour le déficit du Trésor qui, en juillet, était de 41,3 MMDH, atteignant fin août 43,5 MMDH.

Ces doubles déficits qui s’aggravent, montrent que l’État manque de moyens alors même qu’il a bénéficié de recettes non fiscales qui l’ont beaucoup soutenu.

Pour financer les besoins du Budget de l’État, l’endettement du Trésor a atteint 75% du PIB, quand à la veille de cette crise, unique dans son genre, il se situait déjà à 65,4% du PIB. L’encours de la dette globale du Trésor s’établissait à 747 milliards de dirhams avec 586 MMDH de dette intérieure représentant 51,3% du PIB et 167 MMDH de dette extérieure ou 14,1% du PIB.

Preuve en est que le financement du Trésor dans le cadre du marché des adjudications des bons du Trésor, s’est élevé en net à 44 MM DH à fin août contre 16,3 MM DH avant la crise actuelle.

Par ailleurs, l’État marocain, pour faire face, aux crises, sanitaire, économique, sociale et budgétaire, est accompagné au niveau international.

Il bénéficie à ce titre d’un soutien extérieur confortable sous forme de financements extérieurs, mobilisés par le Trésor et qui se traduisent sous différentes formes : Par des tirages sur emprunts extérieurs, qui, en l’occurrence se sont élevés à fin août 2020 à près de 20 Milliards de DH.

Ce sont des emprunts bilatéraux qui proviennent essentiellement de l’AFD, Agence Française de Développement, à hauteur de 1,3 Milliards de dirhams. Mais aussi en emprunts multilatéraux, de 18,8 milliards de dirhams, répartis par bailleurs de fonds soit :
– Banque Mondiale : 10,1 Milliards de dirhams, notamment des prêts d’appui aux politiques de développement pour la gestion des risques de catastrophe à concurrence de 2,8 Milliards DH et du programme de développement de l’inclusion financière et du numérique de 5 Milliards DH.
– BAD (Banque Africaine de Développement) : 3,3 Milliards de DH notamment dans le cadre de la politique d’appui pour faire face au COVID-19 à hauteur de 2,8 Milliards.
– FMA, Fonds Monétaire Arabe) : 3,9 Milliards DH (Appui aux reformes des finances publiques : 1,2 Milliard DH ; Appui à la balance des paiements : 1,2 Milliard DH; Programme de financement du commerce arabe : 1,5 Milliard DH ).
– BEI, Banque Européenne d’Investissement, qui pour ses financements prévus en 2020, d’un montant de 2,7 MMDH , avance ses décaissements aux 3è et 4è trimestres 2020.

On pourrait en conclure que l’État marocain ne connait pas une situation budgétaire catastrophique et, qu’au contraire, il s’en sort bien en sauvegardant ses fondamentaux à un certain niveau, si l’on ne craignait pas le pire pour l’avenir de la situation économique de notre pays à fin 2020 et pour 2021.

Afifa Dassouli