Quand Akhannouch donne de l’appétit à Baraka et El Mansouri !
Officiellement, Aziz Akhannouch n’est plus président du RNI. C’est désormais Mohamed Chawki, un nom jusque-là peu connu du landerneau partisan et du débat politique marocain, qui a été élu, samedi dernier à El Jadida, nouveau patron de la Colombe. Candidat unique, Chawki a été désigné lors des travaux du congrès national extraordinaire du parti. Est-ce le début de la fin du parti d’Ahmed Osman ? Visiblement, beaucoup y croient ou veulent bien y croire…
Les choses se sont donc faites rapidement, et rien ne semblait pouvoir arrêter les Rnistes dans leur volonté de tourner la page de leur « Grand Vizir », y compris la situation pluviométrique critique, alors que les inondations ont englouti toute la région du Nord avec les dégâts que l’on sait. À El Jadida, ce fut apparemment l’un des congrès les plus courts de l’histoire politique du pays. Pas de rapport financier ni moral, aucun renouvellement des instances dirigeantes. Rien. Un moment d’adieu à Aziz Akhannouch, dont la décision de ne pas briguer un nouveau mandat à la tête de la Colombe en a surpris plus d’un.
Candidat unique, Mohamed Chawki succède donc à Akhannouch. Élu en 2021 député de la province de Boulemane, il a été porté, en avril 2023, à la présidence du groupe parlementaire du parti à la Chambre des représentants. Actuellement, il préside la Commission des finances et du développement économique à la Chambre des représentants. Il est également membre du bureau politique du parti, vice-trésorier et coordinateur régional du RNI pour la région Fès-Meknès.
On comprend dès lors que ce congrès du samedi 7 février avait pour mission principale l’officialisation du départ d’Aziz Akhannouch, qui avait pourtant permis à un RNI longtemps considéré comme un simple « bouche-trou » des coalitions gouvernementales de s’imposer électoralement. Sur cette question, le nouveau patron du parti se veut rassurant : « Les gens qui ont placé leur confiance dans le RNI, c’est bel et bien eux qui vont continuer à nous soutenir pour gagner les prochaines législatives. »
Il est toutefois important de rappeler que c’est à la 90e minute que le nom de Mohamed Chawki a émergé pour succéder, en tant que candidat unique, à l’homme fort du RNI, écartant ainsi Mohamed Aujjar, considéré comme « Ould Addar », le sage et le vétéran du parti. Le choix porté sur Chawki n’a donc pas été fait au hasard. Loin de là. On aurait voulu, selon certains, installer un profil à même d’appliquer fidèlement les orientations de ceux qui l’ont proposé et imposé. S’agit-il d’un cadeau empoisonné qui ne lui ouvre aucune voie vers la présidence du gouvernement à l’horizon du Mondial ? Une affaire quitte ou double.
L’enjeu est de taille, notamment pour ceux qui, grâce à Akhannouch, ont vu leur trajectoire politique s’accélérer et nourrissent l’ambition d’aller plus loin. En cas d’échec électoral cuisant, la Colombe pourrait connaître une véritable implosion. Le PJD en constitue un cas d’école.
Le parti d’Ahmed Osman traverse ainsi, sans aucun doute, une phase décisive de son histoire. Après le départ d’Akhannouch, la question de sa survie devient le véritable défi.
Sur un autre registre, ce nouveau contexte politique pourrait donner de l’appétit à l’Istiqlal et au PAM, considérés comme les principaux bénéficiaires potentiels du retrait d’Akhannouch.
D’autant plus que la déception d’une partie de la population face à la cherté de la vie, à la dégradation de certains services et au manque de visibilité ne manquera pas d’affecter la popularité du RNI, qui avait promis aux Marocains de « belles choses ». La non-réalisation de plus de 50 % des projets signés devant le Souverain, révélée récemment par le dernier rapport de la Cour des comptes, pourrait avoir des conséquences politiques pour un parti qui se présente comme celui des compétences et qui centre aujourd’hui sa communication autour de son slogan « Masar Al Injazate ».
La secrétaire générale du PAM, Fatima Ezzahra El Mansouri, a d’ailleurs saisi l’occasion d’un récent rassemblement du Tracteur pour afficher sa détermination à mener son parti à bon port et à remporter les prochaines législatives : « Nous sommes le parti qui n’a pas manqué à ses promesses et c’est grâce à vous que nous allons gagner les prochaines élections. » Certains estiment que le PAM pourrait, dans ce contexte, attirer des Rnistes qui ne se projettent pas politiquement sans Akhannouch. Un parlementaire serait d’ailleurs sur le point de quitter la Colombe pour rejoindre le Tracteur. Quoi qu’il en soit, le PAM semble confiant face au retrait politique d’Akhannouch.
Le bémol pour cette formation reste toutefois l’implication de certains de ses élus, conseillers communaux et parlementaires dans des affaires d’Al Fassad, ce qui a conduit un certain nombre de personnalités et de dirigeants du parti à être incarcérés après des accusations graves.
Membre central de la majorité gouvernementale conduite par le Rniste Akhannouch, l’Istiqlal ne cesse, de son côté, de critiquer et d’alerter sur une partie des politiques publiques menées par l’Exécutif. La Balance semble vouloir prendre ses distances, tout en demeurant au sein du gouvernement depuis 2021.
Le secrétaire général de l’Istiqlal, Nizar Baraka, adopte une posture particulière, donnant l’impression que son parti n’est ni totalement à l’aise ni pleinement convaincu par l’action gouvernementale. Lors des différentes sessions du Conseil national, il n’hésite pas à adopter un ton proche de l’opposition, tenant des propos acerbes sur le bilan de l’équipe Akhannouch. Il appelle les Istiqlaliens à se placer du côté des citoyens qui se plaignent de la cherté de la vie, de la détérioration du pouvoir d’achat, du chômage, d’Al Fassad et de l’injustice sociale. Dans le même temps, il exhorte le gouvernement à prendre des mesures audacieuses pour juguler l’inflation et le chômage, dans un contexte socio-économique difficile.
Quant au PJD d’Abdelilah Benkirane, il semble aujourd’hui avoir perdu de sa centralité. Le discours de son secrétaire général ne convainc plus autant qu’auparavant et rares sont ceux qui lui accordent encore une réelle chance de revenir aux commandes.
Reste donc une question centrale : lequel du PAM ou de l’Istiqlal saura tirer pleinement profit du retrait d’Akhannouch d’un côté et de l’éclipse du PJD de l’autre ?
Autrement dit, pour le PAM comme pour l’Istiqlal, c’est maintenant ou jamais.
Hassan Zaatit
