Société

Une prouesse marocaine aux Iles Fidji

le 18 juillet 2014


Karim Charkaoui, ingénieur marocain diplômé des Ponts et Chaussées, a réalisé un grand exploit industriel. Il est à l’origine d’un concept innovant qui permettra aux îles Fidji de freiner la montée du niveau de la mer, principal fléau touchant la population de la république. Un problème qui touche de nombreuses zones de la région de l’Océan Pacifique. Ce qui limite la capacité d’irrigation et impacte les productions agricoles, et représente une menace permanente pour ces régions. L’ingénieur marocain a mis en place un mécanisme reposant sur «la mise en marche d’une fosse à bâtards, d’une dizaine de composantes de prédégrillage des effluents, et d’un purificateur de salinité». Pour mettre en œuvre une telle structure, une installation de 15 dessableurs importés d’Australie a été nécessaire. Pour réaliser ce projet, il a fallu au préalable effectuer des travaux de recherche durant près de 36 mois, par une équipe de 20 ingénieurs. Chapeautée par Karim Charkaoui, cette équipe était composée de 20 ingénieurs de 6 nationalités différentes (5 Allemands, 2 Japonais, 3 Russes, 1 Indien, 7 Américain et 2 Australiens). Lors de la cérémonie d’inauguration de la nouvelle station, organisée le 9 juillet 2014 au siège de la Présidence à Suva, M. Charkaoui a été reçu par son excellence le Président des Iles Fidji, Monsieur Ratu Epeli Nailatikau, qui a décerné à l’ingénieur marocain une médaille du mérite. D’autres pays exposés au même problème ont manifesté leur intérêt par rapport à ce projet. C’est le cas des gouvernements des Etats de Vanuatu et des îles Salomon, qui souhaiteraient réaliser des structures similaires dans leurs pays respectifs afin de sauver leur littoral. LO ______________________________________________________________________

Né en 1960 dans la ville de Tanger, d’un père vétérinaire et d’une mère d’une mère au foyer, Karim Charkaoui a étudié à l’Ecole Hassania des Ingénieurs, avant de poursuivre son cursus universitaire aux Ponts et Chaussées à Paris. Il a contribué, par ailleurs, à plusieurs programmes de développement du littoral dans les pays de l’Océan Pacifique où il s’est installé au début des années 1990. La Nouvelle Tribune lui a posé trois questions.

 

Pouvez-vous nous donner un aperçu succinct sur votre parcours et ce qui vous a conduit jusqu’aux îles Fidgi ?

Après avoir suivi mes études secondaires au lycée américain de Tanger, j’ai intégré en 1981 l’école Hassania des ingénieurs. En 1987, date à laquelle j’ai obtenu mon diplôme, j’ai intégré les Ponts et chaussées de Paris. Cet événement a coïncidé avec le décès de mes deux parents dans des circonstances non élucidées. Peu de temps après, j’ai rencontré celle qui deviendra la mère de mes enfants, Marisa. C’était la fille d’un diplomate fidjien, président par ailleurs de la Ligue Fidjienne de Rugby. Très tôt, nous avons développé un intérêt prononcé pour les questions liées à la protection de l’environnement.

En 1991, j’ai visité pour la première fois les Îles Fidji, pays d’origine de mon épouse. J’ai été très touché par la chaleur de la population locale qui rappelle la chaleur humaine de mon pays. Fin 1992, nous y sommes retournés pour nous installer définitivement.

 

L’intégration sur le plan professionnel s’est-elle faite de manière aisée ?

Le génie civil est une branche passionnante, mais au-delà de la passion, ce métier nécessite rigueur et discipline. C’est ainsi qu’en 1999 j’ai fondé, conjointement avec mon associé, M. Sanivalati Tipau, le premier cabinet d’études stratégiques Tipau-Charkaoui, qui est aujourd’hui une référence dans la zone Océanie-Pacifique.

 

Pouvez-vous nous en dire plus par rapport à cette problématique de montée de la mer qui concerne plusieurs zones de l’océan pacifique, et sur votre démarche salvatrice pour les îles Fidgi ?

Il faut savoir que le principal problème auquel la région doit faire face est la montée du niveau de la mer, due au réchauffement climatique. Nous avons reçu le soutien de Nicolas Hulot, Dou Yueh-sheng et de la marque Quicksilver pour l’élaboration d’une feuille de route, validée par la Haute instance des Nations Unies en matière de protection de l’environnement.

C’est dans ce cadre que s’inscrit notre démarche qui consiste, vulgairement, à baisser le niveau de la mer à proximité des zones côtières. Un premier pas est réalisé dans ce sens ; il consiste à mettre en place un dispositif ingénieux le long des côtes fidjiennes. Comme annoncé plus tôt, le mécanisme est composé d’un pré-dégrillage, des effluents dégageant moins de 5% d’agents non-ioniques, de cinnamyl alcohol, de citral, de résidu de coumarin, de benzisothiazolinone, et de methylisothiazolinone. Par ailleurs, le dispositif est muni d’un purificateur de salinité, enclenché par une pédale mécanique perforée. Afin de garantir la rétention des sables, 15 dessableurs à lopettes ont été importés d’Australie.

Un partenariat exemplaire a été signé la semaine dernière avec la présidence fidjienne, pour la mise en place de ce projet, qui a nécessité 3 années de recherche avec une équipe composée de 20 chercheurs internationaux, et dirigée par mes soins.

La prochaine étape consiste à dupliquer ce même modèle dans l’île avoisinante de Tuvalu, sur laquelle je me rendrai en début de semaine prochaine.

Je souhaiterais clôturer par un proverbe fidjien: « S’il n’y avait pas le jour, la mer ne serait pas si agréable. Si nous ne goûtions pas au miel, les abeilles ne seraient pas si belles. »

Propos recueillis par Leila Ouazry