Produits islamiques : Le financement alternatif comme soutien à la PME

le 29 mai 2014


Le financement des PME (y compris les TPE) reste toujours une question d’actualité. Dans les pays, aussi bien développés qu’émergents ou en développement, la PME est devenue un centre de préoccupation des décideurs politiques et économiques, depuis le déclenchement de la crise économique mondiale. Le Maroc ne fait pas exception. Plusieurs mesures ont été prises au cours de ces dernières années par l’Etat, Bank Al-Maghrib, les banques, la Caisse centrale de garantie (CCG) et d’autres acteurs pour faciliter l’accès de la PME marocaine au financement.

Si les politiques de financement mises en place ont permis d’atténuer l’insuffisance des ressources à destination de cette catégorie d’entreprises, il n’en demeure pas moins que la problématique de financement des PME reste encore posée.

Face à cette situation, d’autres pistes complémentaires en matière de financement peuvent être envisagés. C’est le cas des instruments «Sharia Compliant». Ainsi et dans le sillage des préparatifs au lancement des produits participatifs au Maroc, dans le cadre de la nouvelle loi bancaire qui devrait voir le jour durant le second semestre 2014, l’Association marocaine pour les professionnels de la finance participative (AMFP), a organisé, le 20 Mai 2014, en partenariat avec la Bourse de Casablanca, un workshop sous le thème : «Financement des PME/PMI par des Instruments Sharia Compliant».

Intervenant sur cette thématique, M. Anass Patel, Président Fondateur de 570 Asset Management (France), a souligné qu’outre l’autofinancement et l’apport en fonds propres, les PME disposent de trois sources de financement : le financement bancaire, les financements structurés (quasi fonds propres, dettes, etc.) et le financement alternatif (crowdfunding, mudaraba, sukuk, etc.). En France, a t-il expliqué, l’endettement bancaire représente 93,3 % des encours de financement des PME. Au Maroc également, le financement bancaire demeure prépondérant.

Il reste que l’accès de la PME au crédit bancaire, en plus des obstacles classiques (conditions exigées, garanties, apport, etc.) est de plus en plus soumis à des contraintes liées aux nouvelles règles de Bâle.

Le Crowdfunding

Dans ces conditions, la finance islamique peut-elle jouer un rôle d’alternatif et contribuer au financement des PME ?

Selon M. Patel, la PME peut recourir aux financements structurés conformes Sharia Compliant pour répondre à divers besoins de financement : financement court terme (murabaha, salam, istisna, etc.), financement immobilier en leasing (ijaara) et financement de projets (mudaraba, musharaka, wakala, etc.). Il s’agit d’instruments financiers qui ne sont pas basés sur le commerce de dette mais sur les actifs et qui reposent sur deux principes simples : asset-backing et partage des risques. On passe ainsi de la notion actif-passif à celle de risque et partage. La structuration de ces produits nécessite bien évidemment le respect de certaines règles : analyse économique, structuration financière, montage juridique et validation conformité. En outre, comme l’a expliqué M. Patel, si le recours au crédit structuré islamique est envisageable, la PME se retrouvera toujours devant des besoins en instruments de fonds de roulement, de crédits participatifs et d’investissement en partage.

Il faut aussi noter que même dans les pays où la finance islamique s’est développée, le financement de la PME par des produits participatifs demeure encore négligeable. Le fait que la finance islamique ne concerne que les activités dont la licéité du point de vue de la Sharia’a est prouvée, tend certes à restreindre leur périmètre d’intervention. De plus, dans les pays où ces produits existent, il est reproché aux banques islamiques d’exiger des garanties (hypothèques, nantissement, etc.) jugées élevées en raison du caractère fragile des PME, et cela sans compter que le coût des produits islamiques est souvent plus coûteux que celui des banques classiques, du fait surtout des frottements fiscaux.

En somme, pour certains observateurs, le principal problème des banques islamiques dans le financement des PME réside dans le fait que celles-ci ont tendance à imiter les banques traditionnelles en évitant de prendre des risques et en cherchant systématiquement la sécurité dans le placement de leurs fonds. Or, si la pérennité de l’établissement est nécessaire, la finalité du financement islamique dépasse en effet le simple bannissement de l’intérêt. Celle-ci a pour but de participer au développement, à l’augmentation de la production de biens et services et à la création d’emplois.

C’est dans ce cadre que se développe dans plusieurs pays développés le concept de «Crowdfunding» (Cf. encadré). Il s’agit d’une pratique ancienne qui connaît un certain engouement au cours de ces dernières années du fait des difficultés que rencontrent certains initiateurs de petits projets à trouver des financements. En France, par exemple, les fonds collectés dans le cadre du Crowdfunding sont passés de 7,9 millions d’euros avant 2011 à 78,3 millions d’euros durant le premier semestre 2013. Mieux, le nombre de projets financé via ce concept est passé de 9 392 en 2011 à 23 953 au titre du 1 er semestre 2013, et la France compte environ 500 000 «Crowdfunders».

Et afin de se conformer aux principes de l’Islam, des plateformes du Crowdfunding conformes à l’éthique musulmane sont en cours d’expérimentation en France. Deux types de plateformes sont mises en place : une pour le don et le prêt non rémunéré et une autre pour le prêt et l’investissement. La plateforme EASI UP compte actuellement plus de 792 contributeurs. Ce type de concepts peut être dupliqué dans les pays musulmans afin d’aider au financement des TPE en création.

Moussa Diop

———————————————————————————————————————————————-

Le crowdfunding islamique, une alternative durable ?

Le crowfunding est un mode de financement désintermédié qui se fait sans l’intervention des acteurs traditionnels du financement. Il désigne une technique de financement de projets reposant sur des outils et méthodes de transactions financières qui permettent à un porteur de projet, qui ne dispose pas de ressources nécessaires pour démarrer son activité et qui ne souhaite pas faire appel au crédit bancaire, de recourir à des épargnants via des plateformes dédiées.

Ce financement participatif en capital ressemble à une prise de participation en actions dans une entreprise. Les apports des épargnants peuvent être de trois sortes : don, participation aux fonds propres et prêts (non rémunérés afin de se conformer à l’éthique musulmane). La rétribution se fait via des dividendes et de la plus-value potentielle réalisée.

Le crowdfunding connaît un certain succès dans certains pays où des plateformes de finance participative se développent grâce à l’Internet et aux réseaux sociaux, qui constituent de véritables canaux de mise en relation entre les porteurs de projets et les personnes souhaitant investir dans ces projets, à l’instar des réseaux de business angels.