Face à la persistance des tensions sur les prix des produits alimentaires, le gouvernement envisage un encadrement renforcé des exportations et une réorganisation des circuits de commercialisation. Intervenant vendredi 30 octobre à la Chambre des représentants, le ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, Fouzi Lekjaa, a insisté sur la nécessité de garantir l’approvisionnement du marché national en produits de première nécessité, à des prix raisonnables. Cette orientation s’accompagne d’un projet de modernisation de douze marchés de gros et d’une réflexion sur la connexion entre les bassins de production et de consommation.
La régulation des exportations alimentaires et la réforme des circuits de distribution figurent parmi les pistes avancées par le gouvernement pour lutter contre la hausse des prix et améliorer l’approvisionnement du marché intérieur. C’est ce qu’a indiqué le ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, Fouzi Lekjaa, lors de la discussion générale du projet de loi de finances (PLF) 2027 au sein de la Commission des finances et du développement économique de la Chambre des représentants.
Répondant aux interventions des groupes et du groupement parlementaires, le ministre a souligné que la maîtrise des prix alimentaires nécessitait une approche globale, associant la réglementation des exportations, la modernisation des marchés de gros et la réorganisation des circuits de commercialisation.
Selon lui, ces différentes mesures doivent être mises en œuvre de manière complémentaire afin d’éviter que les dysfonctionnements ne se déplacent d’un maillon de la chaîne de distribution vers un autre.
Fouzi Lekjaa a particulièrement insisté sur la nécessité d’adapter les exportations de produits alimentaires aux besoins du marché national.
Le ministre a rappelé que le Maroc avait traversé sept années consécutives de sécheresse, une situation ayant pesé sur les capacités de production agricole et sur les conditions d’approvisionnement de certains marchés.
Dans ce contexte, il a estimé qu’il n’était pas envisageable de doubler les volumes exportés alors que le marché intérieur connaît une hausse importante des prix.
Cette position traduit la volonté du gouvernement de rechercher un meilleur équilibre entre le développement des exportations agricoles et la satisfaction des besoins de consommation nationale.
L’objectif affiché consiste à garantir la disponibilité des produits alimentaires de première nécessité en quantités suffisantes et à des prix accessibles, sans remettre en cause le développement des activités productives et commerciales.
Fouzi Lekjaa a précisé que l’encadrement envisagé devrait être élaboré de manière concertée, notamment avec les producteurs, afin de tenir compte des réalités économiques des différentes filières.
Il a également tenu à écarter l’hypothèse d’un retour à l’ancien modèle de gestion des exportations, incarné par l’Office de commercialisation et d’exportation (OCE).
Selon lui, la démarche proposée ne vise ni à rétablir ce système ni à remettre en cause la liberté d’entreprendre, mais à définir des mécanismes de régulation permettant de concilier l’activité économique et les besoins du marché intérieur.
Le ministre a ainsi défendu le maintien de l’initiative privée à tous les niveaux, tout en soulignant la nécessité d’une intervention réglementaire adaptée aux circonstances.
La réforme des marchés de gros constitue le deuxième axe de l’approche présentée par le ministre.
Fouzi Lekjaa a indiqué que douze marchés de gros nécessitaient une modernisation afin d’améliorer leur fonctionnement et de renforcer les conditions de concurrence entre les opérateurs.
Cette transformation doit notamment permettre aux commerçants de choisir leurs sources d’approvisionnement et de déterminer leurs prix de vente dans un cadre concurrentiel.
Le ministre a précisé que la vision gouvernementale relative à la gestion de ces marchés était déjà élaborée et faisait actuellement l’objet de discussions.
L’enjeu est de revoir les modalités d’organisation de ces infrastructures, qui occupent une place importante dans l’acheminement des produits agricoles vers les centres de consommation.
La modernisation des marchés de gros doit ainsi s’inscrire dans une réforme plus large des circuits de distribution, afin d’améliorer leur efficacité et de limiter les dysfonctionnements susceptibles de peser sur les prix finaux.
Le troisième chantier évoqué par Fouzi Lekjaa concerne la connexion entre les bassins de production agricole et les principaux centres de consommation.
Selon le ministre, cette étape de la chaîne de commercialisation présente des coûts élevés, notamment en raison d’une inadéquation entre les modalités de facturation et les dépenses effectivement engagées.
Cette situation constitue, d’après lui, un facteur de renchérissement des produits alimentaires entre leur sortie des exploitations et leur arrivée sur les marchés de consommation.
Pour y remédier, le gouvernement envisage une organisation dans laquelle l’État garantirait la connexion entre les bassins de production et de consommation, sans intervenir directement dans les opérations d’achat et de vente.
Cette distinction vise à préserver le rôle des opérateurs économiques tout en améliorant les conditions d’acheminement et de distribution des marchandises.
Fouzi Lekjaa a notamment évoqué la possibilité de mettre en relation les zones de production et les marchés de consommation à travers des sociétés régionales.
L’objectif serait de réduire la distance économique entre le producteur et le consommateur, en rationalisant les différentes étapes de commercialisation.
Le ministre a toutefois précisé que les modalités de mise en œuvre de cette orientation demeuraient ouvertes à la discussion.
Il s’est déclaré disposé à examiner les propositions des parlementaires, en présence des ministres concernés, et à apporter les ajustements nécessaires au dispositif envisagé.
Au-delà des produits agricoles, le ministre a également évoqué la nécessité de revoir les circuits de commercialisation des viandes et des poissons.
Ces filières présentent des caractéristiques propres en matière de production, de transport, de stockage et de distribution, qui doivent être prises en compte dans les réformes envisagées.
Pour Fouzi Lekjaa, la lutte contre la hausse des prix ne peut se limiter à une intervention sur les exportations ou à la modernisation des infrastructures commerciales.
Elle nécessite également une meilleure organisation des relations entre les différents intervenants, depuis les producteurs jusqu’aux distributeurs.
Le ministre a notamment mis en garde contre les conséquences d’une mise en œuvre partielle des réformes. Selon lui, l’application de certaines mesures de manière isolée pourrait conduire à une concentration des activités d’intermédiation au niveau d’un autre maillon de la chaîne.
Une telle évolution risquerait de limiter les effets attendus sur les prix payés par les consommateurs.
Le gouvernement privilégie donc une approche intégrée, associant l’encadrement des exportations, la modernisation des marchés de gros, l’amélioration des circuits logistiques et la réorganisation de la commercialisation de plusieurs catégories de produits alimentaires.
Les modalités précises de ces réformes restent toutefois à définir dans le cadre des concertations annoncées avec les professionnels et les représentants parlementaires.
LNT
