Politique

Presse, Communication, Politique, entre fric, intox et manip…

le 13 juillet 2017


Il ne fait vraiment pas très bon d’exciper de son appartenance à la presse nationale par les temps qui courent, soit-elle écrite ou électronique…

Et ce n’est pas le nouveau ministre de la Communication, qui brille par un silence assourdissant, qui nous démentira.

En effet, ce que l’on constate, ces dernières semaines, c’est une débauche de scandales, d’affaires, d’évènements, qui éclaboussent le champ médiatique, notamment parce qu’il est parcouru par les chevau-légers de la provocation, de la manipulation, mais aussi du lucre, de l’intox et de la désinformation.

Et chacun pourra parfaitement reconnaître à quelle « famille » il appartient…
Car, comment expliquer, alors que le pays traverse une période sensible, notamment du fait des suites judiciaires de la bronca d’Al Hoceima, que le paysage médiatique soit pollué fortement par des dérives dont, semble-t-il, personne ne connaît l’origine, mais qui ont pour résultat d’abaisser encore un peu plus le niveau d’honorabilité de TOUS les médias ?

La dernière en date, la plus révélatrice du « travail » désormais assigné à certains sites électroniques, est la mise en ligne d’une vidéo de plusieurs minutes destinée à mettre Nasser Zefzafi en situation d’humiliation au moment même où le calme est revenu dans sa ville d’origine et qu’il se retrouve, avec ses principaux lieutenants, devant le Juge d’instruction de la Cour d’Appel de Casablanca.

A qui profite le crime ?

S’il fallait, par ce procédé peu honorable, prouver à l’opinion publique que Zefzafi n’a subi aucune violence physique lors de son interpellation et ses interrogatoires par les services en charge de l’enquête, le résultat est peut-être atteint.

Mais au prix, salé, d’un sentiment d’indignation quasi-général, y compris chez les politiques. Car, on perçoit, à travers de tels débordements, que leurs auteurs n’ont aucun respect pour la dignité et la personne humaines, pour l’Etat de Droit, pour la préservation de l’intégrité physique et morale des détenus.

Ainsi, au lieu d’apaiser l’opinion publique, de prouver aux populations d’Al Hoceima que tout est fait pour un retour à la normale et la satisfaction des revendications socio-économiques, cette vidéo agit comme de l’huile sur le feu !

A moins qu’il ne s’agisse d’une « initiative » émanant de ceux qui veulent faire de Zefzafi l’icône du combat contre le Makhzen…

En l’absence de résultats probants d’une enquête irréprochable et très rapide, chacun pourra énoncer sa théorie et ses convictions, mais le mal aura, de toute façon, été fait.

On précisera quand même que le site qui a mis en ligne cette vidéo, ses accointances connues, indiquent clairement quels sont les milieux, proprement barbouzards, qui en sont les donneurs d’ordre !

Mais cet épisode très trash de la guerre médiatique qui sévit autour d’Al Hoceima, du Hirak et de ses animateurs, n’est malheureusement pas le seul.

On comprend, notamment, que certaines personnes exploitent cette conjoncture pour leurs propres agendas, afin, par exemple, de revenir au-devant de la scène publique, de continuer d’exister, ou encore de se rappeler au bon souvenir des « décideurs d’en haut »…

N’est-ce pas ce qui motive ceux qui, praticiens du Droit depuis de longues années, au passé ministériel même, trahissent par leurs paroles et leurs actes, les principes même de la profession d’avocat ?

Qui, dans nos estimés barreaux, peut ignorer que la défense d’un prévenu interdit de transmettre hors de l’enceinte d’une prison des documents ?

Qui des lauréats des Facultés de Sciences juridiques peut se permettre d’alimenter l’opinion publique en informations tronquées ou inventées au sortir des parloirs ?

Ces derniers jours et semaines, il y a eu non seulement violation de ces règles, mais exploitation médiatique forcenée grâce aux réseaux sociaux où sévissent désormais des individus, le plus souvent sous couvert d’anonymat, engagés dans l’insulte ad hominem et la provocation…

Que nous montrent donc ces Facebook, Twitter et autres Instagram sinon des postures inadmissibles de responsables politiques en train de « faire le coup de poing » pour contester une décision de justice ?

Que vaut la qualité d’un chef de parti politique vieux de plusieurs dizaines d’années, berceau du patriotisme marocain, qui se fait filmer complaisamment en train d’essayer de forcer une haie de policiers en charge de l’application d’une décision de justice, laquelle, comme toutes les autres, est prononcée au nom du Roi ?

Que valent ces « militantes », de gauche, d’extrême-gauche ou de droite, qui feignent l’évanouissement devant les portables des « citoyens-journalistes » afin de prouver urbi et orbi que « la répression du makhzen » est féroce ?

C’est à cela aujourd’hui que se réduit cette information qui plaît tant, qui fait le buzz, qui suscite commentaires, « likes » et autres appréciations.

Outlaws et brigands

Personne ne semble pourtant comprendre combien est grande la manipulation, combien est forte l’intox, mais aussi quels sont ceux qui en profitent, instrumentalisant, chacun pour ses propres objectifs, ces outils de propagande triviale et malhonnête.

Bien sûr, il y a les officines, connues ou moins connues, des portails et sites électroniques, mais qui ne sont soumis à aucun contrôle, n’appliquant aucune déontologie et pour qui l’éthique journalistique, mais également la pratique du métier sont totalement ignorées, bafouées, détournées.

Mais il y a également d’autres « excroissances », qui se nourrissent des ambitions d’hommes politiques ou d’hommes d’affaires (parfois les deux se confondent en une seule personne !).

Celles-là travaillent pour le compte d’autrui, pratiquent le sensationnel, la fausse information, l’enquête bidon, le tout pour glaner quelques milliers (ou millions ?) de dirhams afin de continuer leur sale boulot, hier avec X, aujourd’hui avec Y, demain avec Z, avec comme seul critère de choix, l’importance de la somme engagée.

Une situation de naufrage s’est installée parce que les pouvoirs publics, le ministère de tutelle, les milieux concernés n’ont guère la volonté d’un nettoyage de cette fange qui prospère et salit l’information, la communication, l’image du Maroc, celle de ses dirigeants, mais aussi de ses investisseurs qui s’engagent dans de grands et magnifiques projets à l’échelle d’une région.

Une situation de sinistre général parce que n’importe qui peut s’ériger en fondateur et animateur d’un portail, sans autorisation préalable, sans examen de son passé ou de ses dires, où le journaliste éprouvé peut côtoyer un repris de justice (et pas pour un « délit » de presse !).

Une situation qui exige, enfin, que les grandes réformes promises entrent jeu, afin que la presse, tous supports confondus, bénéficie de structures collégiales et indépendantes à même de garantir le respect des règles minimales de la profession, les principes d’éthique et d’honnêteté sans lesquels le champ médiatique continuera de descendre vers ce cloaque qui le menace et dans lequel se vautrent les voyous !

Fahd YATA