Économie et Finance

Première et très grosse sortie d’Al Omrane sur le marché des capitaux

le 5 novembre 2018


Le Groupe Al Omrane lance une émission obligataire dont la note d’information a été visée par l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC) le 30 octobre 2018.

Cette émission privée est non seulement la première sortie sur le marché des capitaux du Holding Al Omrane, (HAO), mais est aussi exceptionnelle de par sa structuration et son montant.

Certes, cette première intervention du groupe Al Omrane sur le marché des capitaux va dans le sens des dernières décisions de l’État de diversifier ses financements en recourant de plus en plus à des capitaux privés ! Et pour sa première sortie, Al Omrane ne va pas de main morte, en demandant au marché un milliard de dirhams.

Mais la plus importante des particularités de cette émission réside dans le fait que la moitié de l’émission, soit 500 millions de dirhams, sera levée sous forme d’obligations durables Social & Green Bonds. Et que le produit desdites obligations durables sera destiné à refinancer des projets environnementaux et sociaux d’Al Omrane.

La moitié sera verte !

Les projets environnementaux en question relèvent notamment de la catégorie de l’efficacité énergétique des constructions, où il est question de projets de bâtiments et/ou de logements pilotes intégrant diverses solutions architecturales et techniques innovantes, selon les différentes zones climatiques du Maroc.

Dans cette catégorie, les projets retenus sont le siège social d’Al Omrane (où il est prévu une économie d’énergie de 133 MWH/an et une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 62 t.Eq CO2/an) ainsi que 3 projets pilotes d’une capacité globale de 481 unités situées à El Hajeb, Tamensourt et Nador, qui devraient permettre une économie d’énergie de 577 MWH/an et une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 51 t.Eq CO2/an.

Ces sont les mêmes 500 millions de dirhams d’obligations durables qui financeront les projets verts et les projets sociaux.

A ce titre, 4 projets situés à Casablanca et Marrakech vont être priorisés. Lesdits projets visent à fournir l’accès au logement et aux services essentiels à 32.800 personnes.

Il s’agit d’une véritable réorientation stratégique du groupe Al Omrane, le premier opérateur public d’aménagement et de l’habitat au Maroc.

Pour répondre aux cahiers des charges de cette émission obligataire propre, Al Omrane a mis en place un cadre clair pour l’évaluation et la sélection des projets éligibles, l’allocation des fonds levés, la gestion desdits fonds ainsi que pour le suivi et le reporting sur leur utilisation et les bénéfices sociaux et environnementaux des projets éligibles.

Ledit cadre a été établi en conformité avec les référentiels internationaux en la matière (Green Bonds Principles et Social Bonds Principles) tel que cela est attesté par Vigeo Eiris, tiers indépendant ayant revu le cadre de l’émission.

Les modalités de l’émission

Sur le plan financier, les obligations durables proposées par Al Omrane ont une maturité de 10 ans, avec un remboursement annuel constant.

Elles seront allouées par un mécanisme d’adjudication « à la française » et sont assorties d’une prime d’émission entre 100 et 110 points de base, (contre une prime entre 110 et 120 points de base pour les obligations ordinaires proposées concomitamment).

On constatera que les modalités de cette première émission du Holding Al Omrane ne diffèrent pas entre les obligations ordinaires et celles sociales et green bonds.

Pour chacune de ces deux catégories il y a trois tranches, une non cotée à la bourse, amortissable et à un taux fixe, la seconde cotée, amortissable et à taux fixe et la troisième non cotée amortissable et à taux variable. La différenciation de ces tranches est faite pour répondre aux exigences de gestion de portefeuille des différentes catégories d’institutionnels.

Par ailleurs, il est important pour les investisseurs de disposer de quelques chiffres sur la santé financière du groupe et son activité.

Des résultats contrastés à fin 2017

Il faut préciser tout d’abord qu’Al Omrane Holding est une Société Anonyme avec Directoire et Conseil de Surveillance, dotée à juin 2018 d’un capital de 2 104 047 700 dirhams, détenu par l’État.

Le holding a pour objet d’exécuter les politiques publiques dans le secteur de l’habitat en élaborant des stratégies foncières et financières adaptées. Parmi ses principaux fondamentaux consolidés, sachant que la société a pas moins de 14 filiales métier et projets, le chiffre d’affaires consolidé s’est élevé à
4 635 231 000 dirhams en 2015, en augmentation en 2016 de 14,9 %, à 5 326 826 000 Dhs, puis en baisse de 5,2% en 2017 à 5 048 287 000 Dhs.

Le résultat Net consolidé de HAO pour les trois dernières années fiscales est passé de 464 à 582 millions de dirhams entre 2015 et 2016 en croissance de 25,6% pour redescendre en 2017 à 253,5 Mdh, en baisse de 56,5%.

Pour ce qui est des capitaux propres de HAO en 2017, ils s’élèvent à 5,6 Milliards de dirhams pour un total passif de 53,6 MMDHS, HAO cumule des dettes de financement consolidées de 2,85 MMDHS, sans aucun emprunt obligataire, bien sûr. Mais avec un Passif circulant ou dettes d’exploitations à l’égard de ses fournisseurs mais aussi ses clients et d’autres parties, (personnel État..), de 42,6 milliards de dirhams.

La note d’information de l’émission obligataire de HAO est très explicite sur l’endettement du groupe dans le paragraphe qui précise: « Afin d’accompagner son plan de développement, le Groupe Al Omrane se finance auprès d’organismes financiers locaux et internationaux. Le niveau d’endettement du Groupe Al Omrane reste maitrisé à fin 2017 avec un ratio de gearing net de l’ordre de 56,5% à fin 2017.

Pour limiter son exposition au risque de change sur ses dettes libellées en devises, le HAO négocie les taux des couvertures de change à appliquer sur les échéances du service de sa dette afin d’optimiser le coût de son endettement.
Et, le HAO remplace progressivement ses dettes en devises étrangères par des dettes libellées en Dirhams».

Le plus important pour son émission obligataire mixte d’un milliard de dirhams repose sur le plan d’investissement élaboré par HAO sur la période 2018-2020, qui se basant sur des éventuelles réalisations de 2018 de 5,7 milliards de dirhams il projette respectivement en 2019 et 2020, 5,9 et 6 milliards de dirhams.

De même que pour l’année qui se termine le chiffre d’affaire consolidé de la holding atteindrait les 5,3 MMDhs avec un résultat net de 397 Mdhs qui atteindraient en 2019 respectivement 5,67 milliards et 446 millions de dirhams.

Parmi les risques courus par HAO, celui lié à l’importance du stock est des plus importants comme le précise la note d’information dans le paragraphe suivant :

« Au 31/12/2017 les stocks représentent 32,1 Mds de dirhams soit presque 60% du total actif du Groupe, dont 15,7 Mds MAD sont des stocks en cours et 15,3 Mds MAD des stocks finis.

Le Groupe suit de près ce poste, à travers le comité de stock, le comité de direction et la direction commerciale afin d’identifier les programmes en difficulté de commercialisation, ainsi qu’en mettant en place un processus de communication officielle de données de stocks».

Enfin, rappelons que la période de souscription court du 12 au 14 novembre inclus, soit 3 jours.

La réussite de cette opération ne fait aucun doute tant les institutionnels sont friands de diversification de leurs placements, du fait qu’ils souffrent de la faiblesse des rendements de leurs placements financiers …

Afifa Dassouli

Encadré :
Focus sur les obligations durables (Green bonds et Social Bonds) tels que déterminés par l’AMMC :

Les Green et Social bonds sont des instruments privilégiés pour le financement de projets contribuant à la réalisation des objectifs globaux de développement durable fixés par l’ONU.
Les obligations durables obéissent aux principes généraux régissant la relation entre émetteur et investisseur (obligations de respect des clauses contractuelles convenues, obligations d’information continue et périodique, etc.,) sans être régies par un régime légal spécifique.
Néanmoins, et devant la forte croissance du marché, les acteurs se sont attelés à élaborer des principes et des bonnes pratiques en matière de relation investisseurs-émetteur d’obligations durables, de conventions à conclure avec les collectivités. Les standards internationaux en matière d’obligations durables n’exigent pas de caractéristiques spécifiques en termes de structuration financière pour l’émission d’une obligation de type Green ou Social Bond. En outre, les principes de fonctionnement de ces instruments sont identiques sur tous les aspects, excepté l’affectation du produit des émissions.
L’allocation des fonds constitue ainsi la pierre angulaire d’une obligation durable. Les fonds levés doivent obligatoirement être alloués à des projets à impacts environnemental et/ou social positif. Les projets éligibles peuvent être soit des projets futurs, où il est question de financement pour leur réalisation, soit des projets existants pour lesquels l’émetteur cherche alors un refinancement.
Les projets à financer doivent être clairement définis par l’émetteur et leurs impacts clairement décrits et quantifiés. De plus, dans le cadre d’un Social Bond, il est impératif de définir la ou les populations cibles censées bénéficier des impacts sociaux positifs des projets.
Dans son guide relatif aux obligations durables, l’AMMC précise qu’elle ne s’assure pas des mérites sociaux ou environnementaux de l’émission mais s’appuie sur la seconde opinion délivrée par le vérificateur indépendant ou la certification externe apportée. Toutefois, l’AMMC s’assure qu’une information suffisante sur le processus mis en place par l’émetteur est fournie aux investisseurs potentiels.
Ainsi, l’émission de Green, Social ou Sustainability Bonds fait l’objet des mêmes diligences usuelles de l’AMMC, avec une attention particulière sur la description des aspects relatifs à la destination des fonds levés, à la définition de la population cible dans le cas d’une émission de Social Bonds, aux critères de sélection des investissements, ainsi que leurs impacts environnementaux et/ou sociaux.
Par ailleurs, les modalités de communication d’informations aux investisseurs doivent être bien définies et assurer une information claire, pertinente et actualisée et les conclusions du ou des prestataires de revues indépendantes doivent être communiquées aux investisseurs.
AD

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