PPS-PJD, l’enfant dans le dos…

Au Parti du Progrès et du Socialisme, on ne décolère pas depuis plusieurs jours. En fait, depuis l’annonce de l’éjection du gouvernement de la Secrétaire d’État à l’Eau, Mme Charafat Afilal, étoile montante du parti, membre de son bureau politique, victime des désaccords profonds et permanents avec son ministre de tutelle, le sieur Amara, l’un des dirigeants les plus en vue du PJD.

A n’en point douter, le coup est rude pour le PPS, car il s’agit d’une décision royale, que le parti de Nabil Benabdallah ne peut contester en tant que telle.

Pas question donc de protester trop fortement sous peine de subir un courroux qui s’est exprimé par deux fois ces dernières années, lors du communiqué du Palais royal qui avait sévèrement recadré le secrétaire général pour ses propos accusateurs contre Fouad Ali Al Himma et lors du limogeage qui avait touché certains ministres et hauts fonctionnaires pour leur manque de réactivité dans l’application du programme de développement d’Al Hoceima, Manarat Al Moutawassit.

De plus, le Souverain a seulement accédé à la demande du chef du gouvernement, M. Saad Eddine El Othmani, à l’instigation de M. Abdelkader Amara, ministre du Transport et supérieur hiérarchique de Mme Afilal au sein de l’équipe exécutive.

Le coup de poignard dans le dos est donc venu du PJD, dont le PPS se vante d’être le meilleur et le plus fidèle allié depuis la première aventure gouvernementale de 2012, emmenée par Abdelilah Benkirane, lequel, assurément, a toujours eu plus d’atomes crochus avec Nabil Benabdallah que son successeur, Saad Eddine El Othmani !

Voilà comment donc le parti des islamistes récompense l’engagement total, permanent et assumé comme tel par la direction du PPS qui, depuis plus de six ans et sous l’impulsion de Nabil Benabdallah, a fait de l’alliance avec le PJD l’axe principal, sinon unique, de sa démarche politique.

Charafat Afilal sacquée sans ménagement, sans que le PPS n’en soit préalablement informé, est une démarche profondément inamicale, vicieuse et hypocrite, et un tel coup de Jarnac pose incontestablement la question de l’avenir du PPS au sein de la coalition gouvernementale.

Elle donne raison également à tous ceux qui, depuis plusieurs années, mettaient en garde ce parti et sa direction au sujet de l’alliance entre une formation progressiste, héritière directe du Parti Communiste Marocain, marxiste et léniniste, et un parti islamiste, proche des Frères Musulmans, réactionnaire et rétrograde.

Ce qui n’aurait jamais dû dépasser le stade d’une alliance tactique et conjoncturelle est devenu au fil des années et des aléas de la conjoncture politique et politicienne nationale, un partenariat que Nabil Benabdallah voulait solide, loyal, stratégique.

On peut voir où cela a mené le PPS qui a fortement payé, en termes électoraux notamment, ce parti-pris auquel la direction du PPS s’est accroché comme un pendu à sa branche…

Alors, dans de telles conditions, avec ce lâchage délibéré d’un PJD lui-même en perte de vitesse, quel serait l’intérêt pour Nabil et ses camarades de poursuivre leur participation au sein d’une équipe gouvernementale discréditée et peu efficace ?

Serait-ce pour garder deux postes ministériels, la Santé et l’Habitat, que l’on s’obligerait à accepter cette humiliation publique assénée par El Othmani et Amara, lesquels, au passage, montrent parfaitement leur attitude machiste ?

Le PPS, il y a peu, comptait trois ministres et un (e) ministre délégué, un groupe parlementaire.
Où en est-il aujourd’hui, sinon dans une position réellement mineure, avec un allié qui, objectivement, ne veut plus de lui ?

La défiance manifestée par El Othmani et ses amis à son endroit devrait donc conduire le PPS a évaluer objectivement et honnêtement sa situation actuelle.

La ligne Benabdallah a-t-elle échoué ? La question mérite d’être posée !

La présence de deux ministres au gouvernement justifie-t-elle la continuation de cette participation à la coalition majoritaire ? La question mérite d’être posée !

Dans quel état se trouvera ce PPS déjà amoindri dans les deux années à venir ? La question mérite d’être posée !

N’est-il pas venu le temps d’un retour aux vrais idéaux du Parti du Progrès et du Socialisme, d’une démarche d’opposition franche aux islamistes et de l’élaboration d’une ligne stratégique nouvelle, novatrice, progressiste, répondant véritablement aux aspirations populaires ? La question mérite d’être posée !

Fahd YATA