M. Mohammed Nabil Benabdallah, sg du PPS

Politique

PPS, « c’est la chute finale »*

le 8 octobre 2019


Lorsque le Bureau politique du Parti du Progrès et du Socialisme a annoncé que cette formation ne ferait pas partie du prochain gouvernement, en fin de semaine dernière, certains ont pensé qu’il s’agissait là d’une démarche d’anticipation parce qu’il semblait déjà évident que c’était plutôt le gouvernement qui quittait le PPS !

Les échauffourées, insultes et autres comportements inacceptables qui ont marqué la seconde journée des travaux du plénum du Comité central du PPS, confirment amplement cette thèse puisque M. Anas Doukkali, (ministre pour quelques heures encore de la Santé), et quelques-uns de ses supporters, refusant le vote majoritaire en faveur de la non-participation gouvernementale, ont provoqué des incidents qui ont très largement « buzzé » sur la Toile, offrant à l’opinion publique une lamentable image de ce parti et de ses dirigeants.

De Charybde en Scylla

La leçon qu’il convient sans doute de tirer de ce triste épisode, c’est que le PPS était devenu, depuis le début de l’actuelle décennie, le parti de tous les ambitieux, les carriéristes et les opportunistes, à l’exemple d’Anas Doukkali et de beaucoup d’autres !

Cette situation est la résultante directe de la ligne politique pratiquée par le Secrétaire général Nabil Benabdallah et son Bureau Politique, plus soucieux de participer aux successifs gouvernements, que de demeurer fidèles aux idées, principes et idéaux des pères fondateurs du PPS, présenté comme l’héritier direct du Parti Communiste Marocain et du Parti de la Libération et du Socialisme.

Car, au demeurant, Anas Doukkali n’a fait que reprendre pour son profit personnel une démarche empruntée en 2012 par Nabil Benabdallah lorsqu’il s’engagea dans une alliance « contre-nature » avec le Parti de la Justice et du Développement, une formation islamiste empreinte de l’idéologie et de la pratique des Frères Musulmans, tandis que le PPS affirmait ouvertement sa filiation avec le PCM, un parti marxiste-léniniste !

Aujourd’hui, chacun peut voir le résultat, peu flamboyant, de cette ligne politique qui a, certes, permis à deux ou trois dizaines de membres du PPS de graviter autour des cercles dirigeants, d’obtenir quelques maroquins, ambassades, hauts postes dans l’Administration, mais qui a marqué, radicalement, une rupture avec la ligne de ce parti telle que la pratiquèrent des hommes comme Ali Yata, Abdeslam Bourquia, Abdallah Layachi et bien d’autres encore.

Le PPS était un parti d’intellectuels, d’ouvriers (y compris agricoles), de cadres engagés, qui croyaient au progrès et au socialisme, à la démocratie, aux droits de l’Homme, à l’égalité des genres…

Cette formation dont les dirigeants et militants connurent les affres des années de plomb, l’exil, la prison, la clandestinité, a joué dans les années 90 du siècle passé un rôle déterminant pour la création de la Koutla démocratique en 1992, avec l’Istiqlal, l’USFP et l’OADP.

Et personne n’ignore que feu Ali Yata, jusqu’à la veille même de sa mort en août 1997, fut l’un des architectes de la mise en place de l’alternance consensuelle qui se matérialisa en 1998 avec le premier gouvernement El Youssoufi.

Le Parti du Progrès et du Socialisme, ainsi, a participé, sans interruption, à tous les gouvernements depuis cette date, soit plus de vingt ans de présence ininterrompue au pouvoir exécutif, mais si cette participation avait du sens dans le cadre d’alliances avec des formations de l’arc patriotique et progressiste, si elle était logique dans le cadre de gouvernements au large spectre, tels les équipes Jettou et Abbas El Fassi, la « joint-venture » avec le PJD et la proximité affichée de Nabil Benabdallah avec son leader Abdelilah Benkirane ont marqué une « rupture épistémologique » fondamentale dans la ligne du Parti du Progrès et du Socialisme.

Les yeux pour pleurer

Cette dérive, soutenue d’ailleurs par le prédécesseur de l’actuel Secrétaire général, Moulay Ismail Alaoui, a conduit à la situation actuelle qui voit un PPS affaibli, dépouillé de son groupe parlementaire, (12 actuellement à la Chambre des Représentants), affligé d’une étiquette qui lui collera peut-être longtemps à la peau, celle de chevau-léger du PJD, (tendance Benkirane)…

Et la défection de M. Anas Doukkali, qui est au socialisme ce que le nadir est au zénith, confirme cette ligne opportuniste d’une formation qui a donné au pays dans les décennies précédentes, des hommes de la trempe des regrettés Aziz Belal, Simon Lévy, Hadi Messouak, etc.

On peut donc légitimement s’interroger sur l’avenir du PPS qui proclame désormais son appartenance à l’opposition, mais qui, pour jouer ce rôle dans l’enceinte parlementaire, ne dispose d’aucune figure charismatique, d’aucun orateur avéré, d’aucun militant reconnu.

Pourtant, dans le communiqué du Bureau politique du parti de Nabil Benabdallah, c’est au terme d’une analyse probante et lucide, que les héritiers affirmés du PCM, exposent les motifs de leur départ.

Mais, à tout le moins, de tels constats auraient pu, auraient dû être faits il y a fort longtemps, en 2011, 2012 et encore plus en 2017 !

Car aujourd’hui, ce qui est exposé par le PPS n’est plus valable, ni crédible parce qu’arrivé trop tard pour ne pas affecter durablement l’image de ce parti.

Il reste donc, aux dirigeants de cette formation, de retrouver ce courage politique qui fit l’honneur de leurs aînés, de faire, en bon marxistes, (mais le sont-ils encore ?) leur autocritique et de présenter leur démission.

C’est à ce prix, sans doute, que le PPS pourra retrouver la sympathie de ceux qui, nombreux, l’accompagnèrent dans les épreuves comme dans les succès tout au long des décennies précédentes.

Fahd YATA

*Allusion à la première phrase d’un couplet de l’Internationale, l’hymne de tous les communistes, « c’est la lutte finale »…