Pour près des deux tiers des Marocains, les femmes devraient se consacrer aux tâches domestiques…
À l’occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes, le CESE met en lumière un point de vigilance clé de son dernier Rapport annuel 2024 relatif à l’inclusion des femmes dans la vie publique et à son rôle stratégique dans le développement. Retour sur les principaux points.
Le Conseil estime que d’une manière générale, les données les plus récentes mettent en évidence une réalité préoccupante : un écart persistant subsiste entre les droits consacrés et leur pleine effectivité dans la vie quotidienne des femmes.
Une insertion qui progresse peu…
Le Rapport annuel 2024 du CESE met en évidence un paradoxe : malgré un niveau d’instruction en constante progression, notamment dans les filières scientifiques et techniques, l’insertion économique des femmes reste limitée.
En 2024, le taux d’activité des femmes n’atteint que 19,1 %, contre 68,6 % pour les hommes. Le chômage féminin s’élève à 19,4 %, frappant plus particulièrement les diplômées du supérieur dont 33,5 % sont sans emploi.
Les inégalités salariales persistent également : l’écart moyen de rémunération dans le secteur privé atteint 23 %, et dépasse 40 % dans certaines catégories socio-professionnelles. Plus de la moitié des femmes salariées perçoivent une rémunération inférieure au SMIG, tandis qu’un quart des femmes actives occupées exercent une activité non rémunérée, souvent dans un cadre familial ou informel.
À ces fragilités économiques s’ajoute un double fardeau domestique : les femmes consacrent en moyenne plus de cinq heures par jour aux tâches ménagères, contre moins d’une heure pour les hommes. Cette répartition inégalitaire limite mécaniquement leur disponibilité pour l’emploi, l’engagement associatif et la participation politique.
Au-delà de ces déséquilibres, la sous-représentation des femmes se fait particulièrement sentir dans les sphères décisionnelles. Elles demeurent peu présentes au sein des institutions élues, des postes de prise de décision et des instances de gouvernance, tant au niveau national que territorial.
Le CESE relève que les obstacles à l’inclusion pleine et effective des femmes sont persistants et multiformes. Ils s’enracinent dans des pratiques sociales discriminatoires, une répartition inégale des rôles, une organisation institutionnelle fragmentée, ainsi que dans le manque de services d’appui adaptés. Ce cumul de facteurs engendre un décalage marqué entre compétences et performance : certes, les femmes marocaines affichent des résultats académiques remarquables, mais peinent à accéder aux emplois qualifiés et aux postes de responsabilité.
À titre d’illustration, les jeunes femmes sont fortement représentées dans les filières scientifiques et techniques, soit 56 % des étudiantes inscrites dans des formations universitaires scientifiques et 42,2 % dans les écoles d’ingénieurs, mais un phénomène de « fuite progressive » se manifeste tout au long de leur parcours académique et professionnel. À mesure que les échelons scientifiques ou professionnels s’élèvent, leur présence aux postes à haut leadership se restreint, limitant l’exploitation effective du potentiel féminin.
Le coût de l’inactivité des femmes s’élève à 25 MMDH/an
Les mentalités dominantes continuent de freiner l’émancipation économique des femmes. Selon une enquête de la Banque Mondiale réalisée en 2024, près des deux tiers des Marocains estiment que les responsabilités financières incomberaient plus aux hommes, tandis que les femmes devraient se consacrer aux tâches domestiques. Ces représentations, souvent intériorisées par les femmes elles-mêmes, entravent leur autonomie et influencent leurs choix de vie et de carrière.
Par ailleurs, l’économie du soin, qui recèle un fort potentiel en matière de création d’emplois et de promotion de l’égalité, reste marginale et peu valorisée. Les femmes continuent d’assumer l’essentiel des soins informels, enfants, personnes âgées et dépendants, sans reconnaissance ni protection sociale, alourdissant leur charge mentale et limitant leur participation active à la vie économique et publique.
Cette sous-participation féminine représente un manque à gagner considérable pour le pays. Selon des estimations récentes du HCP, une augmentation de 9 points du taux d’activité des femmes pourrait générer une hausse de 3 % du PIB à l’horizon 2035. Chaque année, le coût de l’inactivité féminine est évalué à 25,3 MMDH selon le HCP, soulignant l’urgence économique et sociale d’un engagement résolu pour lever ces obstacles…
H.Z
