Culture

Portrait : Fayçal Azizi, de Dabatear à Canal Plus !



le 24 février 2012


Il y a quelques jours, nous avons eu la chance de rencontrer un jeune homme plein d’ambition et bourré de talent. Il est en ce moment à l’affiche de la série la plus vue sur Canal Plus, Kaboul Kitchen, où il partage l’écran avec des grands noms comme Gilbert Melki (La verité si je mens 1 et 2, Largo Winch) ou encore Simon Abkarian (Pigalle la nuit ). 

Mais qui est Fayçal? Retour sur la success story d’un pur produit local qui s’exporte bien. 
Fayçal Azizi est né en 1986 dans la région de Tétouan. Lauréat de l’ISADAC (Institut Supérieur d’Art Dramatique et d’Animation Culturelle) en 2008, il s’y était inscrit avec l’ambition  d’être chanteur. Faycal n’avait jamais rêvé d’être acteur,  mais d’être chanteur de scène. Il décida pourtant de comprendre son corps et d’en connaître les limites, et se lança donc dans une carrière en dramaturgie. Elève effacé en première et deuxième années, car ne se considérant pas comme acteur, il était admiratif de ses camarades qui eux s’exprimaient avec aisance et assurance.

En troisième année, c’est le tournant, il intègre la troupe Dabateatr et fait de la scène. Au bout de quelques représentations, le public tombe sous le charme du jeune Tétouani, et les réactions positives à son égard se multiplient.

Flatté, il s’engage à fond et se concentre, redouble de travail et perfectionne son art grâce à la troupe de Dabateatr, qui monte  chaque mois un nouveau spectacle. Jawad Sounani (son mentor) a réussi à structurer cet organisme artistique pour permettre à ces jeunes de s’exprimer,  et d’être une des seuls troupes au Maroc à promouvoir le théâtre et le pluri-culturalisme.

 

Mais, revenons à l’ami Azizi et sa carrière musicale. Après sa 3ème année, il réalise qu’il s’améliore en tant qu’acteur et en parallèle sa carrière de chanteur avec le groupe Kelma bat un peu de l’aile. Kelma ? Flashback : Fayçal était réputé, dans la cour de l’Institut, pour sa voix, et son groupe d’amis jouait déjà de la musique Rock et Reggae. En fin d’année, pour la remise des diplômes, il est invité par la direction de l’Institut à faire un concert. Il s’exécute avec ses compères et tape dans l’oeil de Nourredine Tressi, qui les programme dans plusieurs festivals par la suite. Leur musique devient la bande son du film AlBorto9ala, qui connaît un grand succès au Maroc dans les salles obscures (avec la chanson Warda 3la Warda).

Ici sur scène avec son groupe Kelma

Grâce à cette notoriété naissante, Fayçal continue de porter le groupe et de donner de la dynamique à sa «nouvelle famille». Mais, le manque d’organisation en amont finira par ruiner certains de leurs espoirs. Il explique que le problème vient de l’absence de concept fondateur pour le groupe et accuse la fulgurante ascension dont ils ont bénéficié. Le concept du groupe étant assez compliqué à définir et les problèmes de production se multipliant, il décide de mettre sa carrière musicale entre parenthèses.

Son destin semble le rattraper puisqu’au même moment Hakim Noury le contacte pour son premier rôle en tant qu’acteur dans un téléfilm intitulé «Les Victimes».

Du coup tout s’enchaîne. Amal Ayouch, qui a joué sur scène avec, lui le recommande à Discovery Channel pour une fiction documentaire, où il interprète le rôle titre de Toutankhamon. Les scientifiques ont reproduit le visage de l’illustre Pharaon et coïncidence, la ressemblance entre le Chamali et l’Egyptien est flagrante

 

Image de synthèse du Pharaon Toutankhamon

Bande Annonce (en italien) du documentaire-fiction

 

Lors de l’interview, on se rend bien compte que Fayçal ne choisit pas ses rôles indiféremment et «ne joue pas juste pour jouer», il est dans la recherche continuelle du concept et essaye toujours d’améliorer et de promouvoir la culture, à travers Dabateatr, dans notre pays et c’est ça qui l’occupe et le préoccupe.

Il se met volontairement dans des difficultés artistiques, en jouant des personnages durs, rudes et atypiques (comme un homosexuel prochainement sur la webTV YekTv.com), mais c’est dans ce travail forcé qu’il arrive à avoir une réflexion autour de ce qu’il fait ! «Qui est-il dans le domaine artistique ?».

Le fait que le théâtre et s’ouvrent à un public plus varié, permettra, selon Fayçal, de redonner un sens « à la beauté et l’esthétique de l’art marocain» car d’après lui, on doit se réconcilier avec notre passé pour en faire une force culturelle que l’on embellira et  présentera sans tabou et sans demi-mesure.

A 26 ans, le jeune homme a déjà de la bouteille et n’hésite pas à critiquer la scène musicale et artistique marocaine, qui se «victimise» au lieu de détecter les problèmes et de les résoudre. Il fustige les producteurs trop frileux d’après lui pour investir dans un nouveau style ou sur de nouvelles sonorités.

Il critique l’industrie musicale qui a du mal à se structurer (droits d’auteurs, partenariats), et s’emporte quand il explique que les festivals nationaux ne font pas la part belle «aux pépites marocaines». La solution pour lui : la multiplication de colloques, séminaires et réunions d’artistes pour créer une vraie mutation de l’industrie artistiquenationale. C’est pour cela que l’artiste a décidé de produire son propre album, avec ses propres moyens. Ayant baigné dans la musique andalouse, la musique orientale, le flamenco, le rock’n’roll, Led Zeppelin, Rouicha, Aguilera et tant d’autres, il se lance en solo et prépare un album électro-acoustique intitulé A.X.E.P.T qui sera dans les bacs en octobre 2012,  avec des «lyrics» en Darija et accompagné sur scène par sa troupe de théâtre.

 

De Kelma à Canal+

Le conte de fées de Faycal ne s’arrête pas là. Début 2011, il revoit Racquel Taksi, très bien introduite, qui fait passer des castings pour les productions étrangères au Maroc et avec qui il avait déjà travaillé sur le documentaire de Discovery Channel. Cette dernière cherche encore un acteur pour le rôle de Habib dans Kaboul Kitchen, et n’hésite pas à le contacter. Brahim Bihi, acolyte serveur dans la série, lui fait passer le casting et envoie les enregistrements à Paris. Problème, le choix pour Habib était déjà fait, mais au visionnage des prises de Azizi, les décideurs veulent refaire le casting. Il ne décrochera le rôle qu’à la dernière seconde. Une proposition en or ! Il décale alors tous ses projets pour se focaliser sur la série événement de la chaîne cryptée.  Sur le tournage, il avoue avoir créé une alchimie parfaite, un coup de foudre cinématographique avec le personnage principal Jackie, incarné par l’incontournable Gibert Melki, et on le voit dans la série, cette fusion amène une fraicheur et un humour décapant à leur duo. Melki a d’ailleurs contacté Fayçal, dès la diffusion du première épisode, pour lui avouer tout son plaisir à partager l’affiche avec lui … et surtout pour lui donner rendez-vous pour un (très probable) Kaboul Kitchen 2 !

Revenons au tournage, Fayçal devait jouer le rôle d’un serveur au Kaboul Kitchen dirigé par Jackie, un serveur dévoué, mais complètement à côté de la plaque qui veut toujours bien faire et se prend systématiquement les pieds dans le tapis. Expression favorite : « Ça craint du cul, patron ! ». Habib (Fayçal Azizi) est remarquable et apporte un véritable effet comique en renvoyant sans cesse le spectateur occidental au cliché de l' »indigène » et lui rappelant que les préjugés reposent d’abord sur l’ignorance.

Récompensé par le Fipa d’Or lors du festival qui s’est tenu fin janvier à Biarritz, Kaboul Kitchen est bien plus qu’une satire. Elle renvoie à une réalité qui, si elle est ici maquillée pour être présentable, n’en demeure pas moins dramatique.

Pour camper ce rôle, Fayçal nous avoue ne pas avoir eu énormément d’influence, mais il été habité par Habib, dès le casting, à la lecture du script des scènes. Sa volonté première avec Habib, était de le comprendre, de le tolérer … Son travail d’acteur est bien ficelé et le rôle de Habib prend de l’ampleur tout le long du tournage des épisodes, les réalisateurs lui rajoutant même des scènes et des répliques. La fin a même été modifiée pour donner un «avenir» au personnage dans la prochaine saison …

 

Le garçon est très fier et surpris de ce qui lui arrive et relativise sa notoriété grandissante, car comme il l’explique : « Ici quand je marche dans la rue, personne ne me reconnaît et bien heureusement, mais quand je suis à Paris c’est tout le contraire». Fayçal Azizi est la preuve que le Maroc est un vivier de talents qui méritent une réelle reconnaissance. Le parcours de ce jeune acteur montre à quel point il est important de valoriser le patrimoine artistique national localement alors même qu’il s’exporte sans difficulté à l’étranger.

 

Hassan Marine

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