Politique

Politique : La rentrée des Nuls !

le 6 septembre 2018


En cette rentrée de septembre 2018, il est logique et même nécessaire de s’interroger sur l’état actuel de la scène politique et des acteurs censés l’animer.

Et, sans exagération aucune, force est de constater qu’elle est en piteux état.

En un état tel que les constats alarmants, pessimistes, mais aussi accusateurs fusent de toutes parts à l’encontre essentiellement de cette majorité parlementaire et gouvernementale dirigée par le PJD et son premier représentant, M. Saad Eddine El Othmani.

Car si l’on s’interroge légitimement sur la coalition majoritaire, c’est par défaut, sachant que l’opposition, représentée par le PAM et le PI, est depuis longtemps aux abonnés absents, même si le parti de M. Nizar Baraka a tenté au début de l’été, de bouger sur la question d’une loi rectificative des Finances, tombée rapidement dans l’oubli.

Premier constat donc, la classe politique nationale, ne marche que sur une jambe, et quelle jambe !

Une situation dramatique

Alors que la normalité réclame une confrontation permanente entre deux camps, dans l’arène parlementaire notamment, pour échanger critiques et propositions, présenter des alternatives et des voies différentes, l’opposition observe plutôt la tactique du «silence des agneaux» au moment même où l’opinion publique, sans repères nets, observe avec effroi cette désertion incontestable.

Le spectacle ne vaut donc que pour la majorité, si tant est que l’on puisse encore parler de majorité pour un groupement de partis qui n’ont pour seul point de ralliement la présence de certains de leurs représentants au sein d’une équipe gouvernementale sans leadership affirmé, sans démarche solidaire, sans cohésion interne.

Force est de relever le triste constat qu’aujourd’hui la classe politique nationale est, objectivement, à genoux !

Les partis politiques, tout autant qu’ils sont, n’ont plus et depuis longtemps, la faveur des citoyens.

Tout se passe comme si l’opinion publique était d’un côté et les partis de l’autre, occupés à régler leurs problèmes internes, les question d’ego de leurs directions respectives, le jeu mesquin des coups fourrés aux dépends de telle ou telle formation, sans s’intéresser vraiment aux grandes et graves questions de l’heure !

On se demandera donc, à juste titre, si cet état de déliquescence a été programmé, exécuté, mis en oeuvre au nom d’une stratégie qui ne veut pas être assumée publiquement en tant que telle ou si l’état actuel n’est que la conséquence d’une dérive entamée depuis longtemps, aggravée par le vieillissement des élites politiques, la personnalisation du pouvoir politicien, les ambitions personnelles, mais aussi un certain degré d’incompétence politique des responsables partisans qui n’auraient pas la même «voilure» que leurs regrettés prédécesseurs…

Mais, en réalité, peu importe la raison première ou la cause originelle de cette situation, car ce qui compte c’est l’ampleur du hiatus, de l’écart, du gouffre même qui sépare aujourd’hui les citoyens des partis politiques.

Cette conjoncture, qui a tendance à s’installer dans la durée, n’est certainement pas bonne pour la démocratie marocaine, le jeu de l’équilibre des pouvoirs, l’application des dispositions de la Constitution de 2011, etc.

Comme ce Texte fondamental le proclame avec force, les partis politiques ont notamment pour mission d’encadrer les citoyens, de les conduire vers l’exercice de leurs droits, de les inciter à la responsabilité, au civisme, au patriotisme.

Comment concrétiser de telles nécessités avec des outils si peu performants ?

Avec une classe politique peu efficace, dans sa perception globale, des partis affaiblis, dans leur grande majorité, des querelles intestines qui se multiplient, des alliances trop fragiles pour appliquer des politiques sociales et économiques hardies et impérieuses au regard des priorités de l’heure, on prépare des lendemains très incertains.

En effet, se profilent le risque d’explosions sociales incontrôlées, (et le passé récent l’a prouvé en plusieurs occasions), mais aussi la domination outrancière de la seule force qui, malgré un réel affaiblissement interne, dispose encore de moyens puissants de domestication de l’opinion publique, le PJD.

El Othmani, fossoyeur en chef ?

Avec, certes, des process internes de démocratie partisane, le PJD, divisé aujourd’hui en deux, voire trois tendances, reste néanmoins cette formation style «Frères musulmans» à l’agenda bien déterminé pour le devenir de la population marocaine, qui serait marqué au sceau de l’intolérance, du passéisme et du conservatisme.

Il est d’ailleurs si pénétré de sa mission «civilisatrice» qu’il semble désormais prêt à se passer de toute alliance avec d’autres forces, comme l’exprime parfaitement le renvoi sans ménagement du gouvernement de Mme Charafat Afilal, secrétaire d’État à l’Eau, membre du Bureau Politique du PPS.

Le parti de Nabil Benabdallah, qui a agi en allié fidèle et sincère depuis plus de sept années, en est aujourd’hui réduit à s’interroger sur la légitimité de sa présence au sein d’une coalition où il figurait pourtant comme le plus sûr des compagnons de route des islamistes !

Et c’est le chef de la coalition majoritaire et du gouvernement, Saad Eddine El Othmani, qui conduit les opérations de déstabilisation de sa majorité, comme si la question du maintien ou non d’une Secrétaire d’État issue du PPS était prioritaire et fondamentale pour la bonne marche des affaires gouvernementales !

L’équipe aujourd’hui aux affaires publiques n’a plus rien à voir avec une vraie majorité et chacun pressent bien que ses jours sont désormais comptés.

Car, qui peut imaginer vraiment qu’El Othmani et ses collègues seront capables de mettre en oeuvre les diverses et importantes mesures que le Souverain a annoncées, dans le champ social notamment lors de son discours du 20 août dernier ?

L’interrogation est tellement pendante que, contrairement aux propos lénifiants d’El Othmani, qui croyait pouvoir annoncer que son compère Amara aurait la charge intérimaire de préparer le Projet de Loi de Finances 2019, un successeur à M. Boussaïd a été très rapidement trouvé en la personne de M. Mohamed Benchaaboun, jusque-là PDG du Groupe Banque Populaire !

La coalition majoritaire, hormis l’alliance (défunte ?) PJD-PPS, n’était rien d’autre que la réunion conjoncturelle de forces partisanes pourtant antagonistes et cette caractéristique a pris encore plus de force au cours des derniers mois et semaines.

Personne désormais ne voit en El Othmani autre chose qu’un simple chef de parti, occupé essentiellement à maintenir à flot, non cette majorité, mais sa propre barque menacée par des bourrasques soulevées par ses adversaires au sein de sa formation.

Et c’est à ce moment même, où le Roi réclame des mesures fortes, où l’opinion publique attend et espère du nouveau et du concret, que le patron du PJD embarque le pays dans une nouvelle crise gouvernementale ! Est-ce pour ce travail de fossoyeur qu’il a été choisi ? On se permettra d’en douter…

Choisir le moindre mal

A partir de ces constats et de ces évidences, deux voies se présentent, ni l’une, ni l’autre n’étant au demeurant vraiment satisfaisante.

La première serait que l’actuelle coalition, faite de bric et de broc, continue sur sa lancée (si lente) et son bonhomme de chemin, cahin-caha, avec ou sans le PPS.

On estimerait peut-être qu’elle pourrait aller jusqu’au terme de l’actuelle législature, ce qui donnerait encore deux années d’immobilisme, de promesses non tenues, de tensions sociales, de défaitisme prononcé au sein des opérateurs économiques.

La seconde, c’est que se produise ce qui est en train d’entrer dans nos mœurs politiques, un nouveau tsunami qui balaierait cette alliance contre-nature et si peu efficace au profit d’une construction inter-partisane plus homogène et plus crédible.

Cela supposerait sans doute que le PJD soit remercié et que les rênes de la gouvernance publique soient confiés à d’autres, lesquels d’ailleurs occupent déjà des places proéminentes au sein du dispositif gouvernemental.

Mais, une formation comme le RNI, à qui l’on prédisait il y a peu un bel avenir, est-elle prête pour un tel challenge ?

Ne devrait-il pas lui aussi accorder un peu plus d’intérêt aux usages démocratiques y compris en son sein, lui qui coopte en son Bureau Politique un homme comme M. Mohamed Benchaaboun pour la seule raison qu’il accède au poste de ministre l’Économie et des Finances ?

Cette pratique, permise, paraît-il, par le règlement intérieur du Parti de la Colombe, n’a pas été sans choquer nombre de nos concitoyens qui y ont vu un automatisme peu crédible et un message négatif lancé à tous ceux qui voudraient croire au renouveau de la Politique.

In fine, on dira que la situation politique n’est guère flamboyante et le qualificatif qui lui irait le mieux serait celui d’affligeante.

Nos politiciens semblent pourtant s’en accommoder. Mais, viendra tôt ou tard le jour où les erreurs, les atermoiements, les artifices, les arrangements mal ficelés devront se payer cash !

Fahd YATA

POUR ALLER PLUS LOIN