Économie et Finance

Plus de moyens et moins d’État pour le plan de relance

le 5 octobre 2020


L’austérité budgétaire, qui caractérisait la Loi de Finances rectificative 2020, perdure avec le projet de Loi de Finances 2021.

En effet, l’Etat ne peut y échapper du fait de la baisse des recettes fiscales et l’augmentation des dépenses ordinaires, les deux composantes de ces dernières que sont le budget de fonctionnement des ministères et les salaires des fonctionnaires connaissant une augmentation normale d’année en année, laquelle ne s’oriente jamais à la baisse.

Le second poste des dépenses budgétaires, celui des intérêts de la dette publique, occupe une place importante pour 2020 et 2021, du fait de tombées importantes des émissions de 2013 et 2015, contractées à des taux élevés, qui arrivent à échéance ces années là.

Les deux autres postes des dépenses budgétaires que sont la compensation et les fonds spéciaux dédiés à des dépenses utiles sont, quant à eux, bien maîtrisés, surtout le premier qui ne concerne plus les produits énergétique.

En conséquence, la politique budgétaire de l’Etat s’avère contra-cyclique face à la crise économique, rendant l’intervention budgétaire de l’Etat difficile face à la crise actuelle et pour une relance en 2021.

De fait, subissant lui-même les effets de la crise, il ne peut dégager un budget d’investissements en phase avec les besoins de la relance.

Et donc, oui ! le budget public est un budget d’austérité et le restera…
Toutefois, une nouvelle orientation a été élaborée par le ministre de l’Économie et des Finances M. Benchaaboun, en application des directives royales.

Elle incarne un axe inédit, celui de financer la relance économique de notre pays en dehors du budget public, lui-même en austérité.

Il s’agit « d’un plan ambitieux de relance économique pour permettre aux secteurs de production de se remettre d’aplomb, d’accroître leur capacité à créer des emplois et à préserver les sources de revenus ».

Il consiste en une injection de 120 milliards de dirhams dans l’économie nationale, soit 11% du PIB.
Pour mesurer son importance, rappelons que le budget d’investissements publics s’élève à 45 milliards de dirhams par an en moyenne et que donc il s’agit de le démultiplier plus de deux fois et demies.

Ainsi, avec un tel plan de relance économique, le budget de l’Etat ne sera mis à contribution que pour faire face à ses propres exigences, notamment celle de retrouver son équilibre pour maîtriser le niveau de son déficit et celui d’endettement de l’Etat.

En effet, le modèle financier qui appuie le plan de relance économique du Maroc est structuré selon une ingénierie financière digne d’exemples réussis de par le monde!

Le plan en question est national à plus d’un titre, d’une part, parce qu’il porte sur un nouvel élan de tous les secteurs économiques avec des programmes spécifiques, mais aussi du fait qu’il compte mobiliser toutes les capacités de financement du Maroc.

Il n’y aura plus de différence entre les moyens de l’Etat et ceux du privé, une cagnotte commune les réunira au profit de projets privés et publics ou les deux, en partenariat au niveau national.

« Nous avons estimé qu’un Fonds d’investissement stratégique devait être créé pour remplir une mission d’appui aux activités de production, d’accompagnement et de financement des grands projets d’investissement public-privé, dans une diversité de domaines».

Concrètement, et en chiffres, comment se décomposent les 120 milliards de dirhams qui seront injectés dans l’économie pour la mise en oeuvre du plan de relance en question?

Dans le « fonds d’investissement stratégique » de 45 milliards de dirhams, en cours de création et de montage, l’Etat, instigateur de cette grande action nationale, apporte 15 milliards de dirhams budgétisés dans la Loi de Finances 2020. 30 autres milliards sont mobilisés auprès d’institutionnels, nationaux et internationaux, à travers la coopération bilatérale. Techniquement, « ce fonds d’investissement stratégique financera des projets en faisant appel au partenariat public-privé ».

On retrouve les produits de financement innovants annoncés par le ministre des Finances depuis longtemps et avant la crise sanitaire et ses graves conséquences économiques. Et, « il contribuera au renforcement des capitaux des entreprises aux fins de leur développement ».

Le montage donnera certainement lieu à la création de différentes catégories de sous-fonds en fonction de la destination de leur ligne investissement, avec des niveaux de risque et de rendement associé différents.

Inutile de préciser que les institutionnels, compagnies d’assurances et caisses de retraite, en manque de rendement, doivent attendre ces nouveaux produits d’investissement avec grand intérêt.

Le fonds d’investissements de 45 MMDH ainsi réuni, sera accompagné par 75 milliards de dirhams injectés par Bank Al-Maghrib , pour donner lieu au plan de relance de l’économie de 120 MMDH.

Cette injection monétaire de la Banque Centrale permettra d’assurer les crédits garantis par l’État, attribués au profit de tous les segments d’entreprises dont les entreprises publiques en difficulté. Et ce, sachant que Bank Al-Maghrib contribue déjà à renflouer les liquidités du marché monétaire, comme font les autres banques centrales.

Ce sont d’ailleurs les politiques expansionnistes des banques centrales, notamment la Fed et la BCE, qui ont permis de résister à la crise financière de 2008 et qui réutilisent les mêmes mécanismes dans l’actuelles crise.

La Caisse Centrale de Garantie (CCG) continuera à être en charge de ce système de garantie renforcée.
Elle connaîtra à cet effet, une transformation juridique pour devenir une société anonyme et obtenir un agrément de banque.

Cinq milliards de dirhams lui seront apportés par le fonds Covid-19 pour couvrir les risques de défaut des entreprises bénéficiaires.
Elle ambitionne ainsi de jouer le rôle de la BPI française qui intervient par des dispositifs d’urgence face à la crise économique.

Cependant, à ce jour, la concrétisation de ce plan de relance économique très ambitieux se fait attendre.
L’on comprend qu’il faille un temps pour l’élaboration d’un mécanisme de financement sophistiqué, mais, compte tenu des prévisions de croissance économique négative, de – 6% en 2020, tout le monde attend ce plan d’accélération de la reprise.

Des faillites d’entreprises pourraient être rattrapées et la mise au chômage ralentie.
La situation économique est grave, la crise sanitaire n’est toujours pas résorbée, mais la santé des acteurs économiques compte aussi. Il faut que les deux plans, sanitaire et de relance économique, soient appliqués de pair, l’un et l’autre en parallèle !

Il faut des projets d’investissements, des créations d’entreprises et d’emplois, de la création de richesse que les nouveaux financements ne peuvent que susciter….

Afifa Dassouli