Politique

PJD, « cachez-moi ce sein… »

le 17 janvier 2019


Et voilà de nouveau le PJD au-devant de la scène médiatique ! Non pour une question politique, mais pour une « banale » affaire de mœurs et de tenue vestimentaire…

L’une des parlementaires du parti islamiste, Mme Amina Maelainine, fait l’objet d’une campagne d’accusations et de critiques sur les réseaux sociaux à la suite de la publication de photos prises lors d’un déplacement à Paris où elle figurait sans son « couvre-chef », le foulard, un accessoire indispensable pour toutes celles qui, sauf exceptions, militent et occupent des positions importantes au sein du parti de MM. El Othmani et Benkirane.

La députée du PJD nie tout en bloc, affirmant qu’il s’agit de photos-montage. Car, si les accusations s’avéraient fondées, cela voudrait sans doute dire qu’elle a plus peur du « qu’en–dira-t-on » que des prescriptions religieuses, Paris n’étant pas majoritairement « terre d’Islam »…

Et dès que la polémique a pris de l’ampleur, deux lignes se sont affrontées au sein du PJD, celle, majoritaire, de M. El Othmani, appuyé par le premier édile de Fès, M. Driss El Azami El Idrissi et celle de M. Abdelilah Benkirane, qui compte d’ailleurs parmi ses soutiens indéfectibles, Mme Amina Maelainine (avec ou sans foulard, d’ailleurs) !

Les deux clans se sont opposés lors du dernier Conseil national du PJD où l’on a vu les premiers, tenants pour l’occasion d’une ligne rigoriste, sur la base des « fondamentaux » des principes islamistes, rappeler à l’ordre la parlementaire « découverte » et les seconds, emmenés par Benkirane lui-même, qui a défendu une ligne plus souple, plus tolérante, excipant que la Femme marocaine avait le droit de choisir en toute liberté son accoutrement, y compris au sein de la formation qu’il a longtemps dirigée.

Au-delà de ces affrontements qui pourraient n’être qu’anecdotiques, on perçoit bien qu’ils expriment en réalité la confrontation de deux tendances ou fractions au sein du PJD, celle de l’actuel secrétaire général et chef du gouvernement, M. El Othmani et celle de son prédécesseur à la tête du parti, M. Benkirane, qui rêve, sans nul doute, de reprendre les rênes de sa formation.

Il faut dire que cette affaire, qui succède à l’inculpation d’un autre fer de lance de la ligne Benkirane, le parlementaire Hamieddine, met l’ancien Zaïm du PJD en situation de faiblesse et d’inconfort puisque ce sont ses principaux lieutenants qui sont mis en cause.

Et personne ne saurait nier que cette lutte intestine se déroule dans la perspective des prochaines élections législatives de 2021, chacun voulant assurer la domination de son clan sur la formation islamiste à la veille de la bataille inéluctable avec « l’ennemi », le RNI de M. Aziz Akhannouch.

Car il n’échappe guère aux observateurs attentifs de la scène politique nationale que cet épisode futur se prépare minutieusement, notamment chez les partisans de la modernité que sont les militants du parti de la colombe sous l’autorité et avec le dynamisme de leur chef, Aziz Akhannouch.

Celui-ci ne ménage ni son temps, ni ses efforts pour mobiliser ses troupes, en acquérir davantage, couvrir l’ensemble du territoire national, avec, en prime, une orientation fortement dédiée à la mise en avant des problématiques qui interpellent toute la composante berbérophone de la Nation marocaine, comme la célébration de Yanayer, réclamée avec force la semaine passée par le RNI à Nador.

Le RNI se veut aujourd’hui le parti de la ville et de la campagne et cela se voit, des provinces du Sud au Souss, du Rif à au Moyen-Atlas, du Tensift à la Moulouya.

Cette mobilisation tous azimuts n’est pas sans inquiéter le PJD qui comprend bien qu’il aura en face de lui un challenger autrement déterminé que la nébuleuse informe du PAM lors des prochaines législatives !

Et s’il fallait trouver une morale à « la polémique du foulard », on dira qu’elle exprime parfaitement le hiatus qui se perçoit de plus en plus distinctement entre les grandes tendances de la société marocaine, entre des visions et postures conservatrices, réactionnaires et passéistes, recouvertes d’un vernis religieux qui s’avère fragile (n’est-ce pas Mme Maelainine ?), et celles qui défendent la Femme dans tous ses droits, la modernité, l’ouverture et la tolérance sans pour autant renoncer aux valeurs, traditions et principes fondateurs de notre peuple.

Fahd YATA