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Phishing : Abdellatif Jouahri appelle à renforcer la coordination nationale face à l’essor des escroqueries financières

Par LNT
Jouahri

Le wali de Bank Al-Maghrib (BAM), Abdellatif Jouahri, a appelé à une mobilisation renforcée de l’ensemble des acteurs concernés pour lutter contre les escroqueries financières, dont les formes se multiplient avec l’essor des services numériques. Intervenant à l’ouverture d’un atelier national consacré au phishing, organisé conjointement par Bank Al-Maghrib et l’Autorité nationale du renseignement financier (ANRF), il a insisté sur la nécessité de conjuguer prévention, innovation technologique, coopération institutionnelle et sensibilisation des citoyens afin de préserver la confiance dans le système financier.

Réunissant les autorités de supervision, les services chargés de l’application de la loi, les établissements financiers ainsi que des experts internationaux, notamment de la Banque du Portugal, cet atelier avait pour objectif d’échanger sur les nouvelles formes de fraude financière et les moyens de renforcer les mécanismes nationaux de prévention et de réponse.

Une digitalisation porteuse de nouveaux risques

Dans son allocution d’ouverture, Abdellatif Jouahri a rappelé que la digitalisation des services financiers constitue un levier important de modernisation de l’économie marocaine, favorisant l’inclusion financière, le développement des moyens de paiement électroniques et une meilleure intégration des citoyens et des entreprises dans l’économie formelle.

Cette évolution s’accompagne toutefois de nouveaux défis sécuritaires. Selon le wali de Bank Al-Maghrib, l’utilisation croissante des technologies numériques élargit les surfaces d’exposition aux cybermenaces et offre aux réseaux criminels de nouvelles opportunités pour développer des schémas de fraude de plus en plus sophistiqués.

S’appuyant sur le rapport Global Financial Fraud Threat Assessment d’Interpol, il a rappelé que les pertes mondiales liées aux fraudes financières ont atteint 442 milliards de dollars en 2025.

Les fraudeurs ciblent désormais les utilisateurs

Abdellatif Jouahri a souligné que les modes opératoires ont profondément évolué ces dernières années. Les cybercriminels cherchent désormais moins à contourner les systèmes de sécurité des banques qu’à manipuler directement les utilisateurs des services financiers grâce à des techniques d’ingénierie sociale.

Phishing, faux messages bancaires, appels frauduleux, faux investissements, usurpation d’identité d’institutions publiques ou financières, ainsi que diffusion de liens malveillants via les réseaux sociaux figurent parmi les principales méthodes utilisées pour obtenir des informations confidentielles ou détourner des fonds.

Pour le wali de Bank Al-Maghrib, ces pratiques portent directement atteinte à la confiance, qu’il considère comme le fondement même du fonctionnement du système financier. Elles constituent, selon lui, un défi majeur à un moment où le Royaume poursuit ses efforts en faveur de l’inclusion financière, de la généralisation des paiements numériques et de la réduction du recours aux espèces.

Un enjeu également lié au blanchiment de capitaux

Au-delà de la protection des consommateurs, Abdellatif Jouahri a souligné que les escroqueries financières représentent également une problématique d’intégrité financière.

Il a rappelé que les travaux du Groupe d’action financière (GAFI) mettent en évidence les liens croissants entre les cyberescroqueries, les opérations de blanchiment de capitaux et d’autres formes de criminalité financière, les fonds issus de ces fraudes étant souvent transférés à travers des circuits internationaux complexes.

Dans ce contexte, il a estimé que les escroqueries financières devaient être appréhendées non seulement sous l’angle de la cybersécurité, mais également comme un élément central des dispositifs de lutte contre les flux financiers illicites.

Un dispositif réglementaire progressivement renforcé

Face à ces évolutions, Abdellatif Jouahri a rappelé que Bank Al-Maghrib poursuit le renforcement de son dispositif réglementaire et prudentiel afin d’accompagner la transformation numérique du secteur bancaire tout en garantissant un niveau élevé de sécurité.

Il a notamment évoqué la publication, en juillet 2024, d’un premier guide de bonnes pratiques destiné aux établissements de crédit pour renforcer leurs dispositifs de prévention, de détection et de traitement des risques liés au phishing.

Un second guide, publié en juillet 2026, est consacré aux risques associés aux « comptes rebonds », utilisés comme comptes de transit dans les opérations frauduleuses. Ce référentiel propose des recommandations destinées à améliorer leur identification et leur traitement.

Le wali a également indiqué que Bank Al-Maghrib avait demandé aux établissements bancaires de renforcer la sécurité de leurs applications mobiles en généralisant notamment l’authentification multifactorielle et l’utilisation d’appareils de confiance reconnus par les banques pour la validation des opérations sensibles.

Une responsabilité collective

Au-delà du cadre réglementaire, Abdellatif Jouahri a insisté sur l’importance de la sensibilisation du grand public. Bank Al-Maghrib a ainsi mené, en coordination avec les établissements financiers, plusieurs campagnes d’information prenant la forme de guides pratiques, de capsules pédagogiques et, plus récemment, d’une campagne nationale d’envoi de SMS destinés à alerter les citoyens sur les risques de phishing.

Il a également appelé les banques et les établissements de paiement à poursuivre leurs investissements dans les systèmes de détection des fraudes, les dispositifs d’authentification renforcée, l’analyse comportementale des transactions et les mécanismes de réaction rapide.

Selon lui, la lutte contre les escroqueries financières ne peut être efficace que si elle repose sur une coopération étroite entre les autorités de supervision, les services chargés de l’application de la loi, les autorités judiciaires, les institutions financières, les opérateurs de télécommunications et les citoyens eux-mêmes.

Dans cette perspective, Abdellatif Jouahri a rappelé la création du Comité national de lutte contre les escroqueries financières, placé sous la coordination de l’Autorité nationale du renseignement financier. Il a toutefois estimé que les évolutions rapides des modes opératoires imposent désormais d’aller plus loin, en mettant en place un cadre opérationnel d’échange d’informations permettant de fluidifier la coopération entre banques, autorités judiciaires et services d’enquête afin d’accélérer l’identification et l’interpellation des auteurs de ces fraudes.

LNT

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