Politique

Partis politiques, en circuit fermé !

le 9 octobre 2018


À quoi donc la classe politique marocaine peut-elle servir ?

La question mérite d’être posée en ces jours de rentrée parlementaire, tant cette « nomenklatura plurielle » paraît décalée, déphasée et même éloignée des préoccupations de ceux qu’elle est censée, à travers les partis, tout à la fois accompagner, guider, conseiller et organiser !

On constate, en effet, et bien malheureusement, que cette classe politique ne s’implique pas vraiment dans les questions, problèmes et affaires qui interpellent au quotidien nos concitoyens.

S’il s’agit de la question de la mort tragique d’une jeune tétouanaise candidate au h’rig, ce sont les communiqués officiels ou les réseaux sociaux qui évoquent le problème.

S’il s’agit de la situation sociale, des colères épisodiques qui parcourent certaines catégories de la population, là aussi, ce sont Facebook, Twitter et autres qui battent le rappel des mécontents et qui rapportent la fronde, laquelle peut aller jusqu’à la constitution de mouvements plus ou moins spontanés, tel le Hirak d’Al Hoceima.

S’il s’agit de crise économique, d’attentisme des investisseurs, de marasme dans maints secteurs d’activité, ce sont seulement le gouvernement et la CGEM qui s’expriment (à défaut d’agir) !

S’il s’agit des grandes orientations destinées à solutionner des problématiques stratégiques comme celle de notre jeunesse, le chômage, la santé ou l’éducation, alors c’est l’affaire du Roi et en second lieu du gouvernement qui met en application, avec plus ou moins de bonheur, d’assiduité, de compétence et donc de réussite, les instructions royales.

Mais alors dira-t-on, où sont les partis, que font-ils ?

J’existe donc je suis !

Ils existent, dans leur écrasante majorité, pour exister, serait-on tenté d’écrire, préoccupés de leurs seules cuisines internes, de leurs disputes intestines, de leurs activités ronronnantes.

Ainsi, où est le PAM, sinon dans le seul esprit de ceux qui l’ont créé, financé et qui osent croire encore qu’il s’agit d’une formation politique censée jouer un rôle d’opposition parlementaire disposant de plus de cent sièges à la Chambre ?

Que fait l’Istiqlal sinon de tenter depuis plusieurs mois d’effacer les dégâts causés par l’ère Chabat, tiraillé par des querelles de personnes, des mises à l’écart et autres péripéties internes ?

Que voit-on de la « glorieuse » USFP, sinon des tentatives peu crédibles de retrouver la force et la puissance d’antan, alors que les compagnons les plus proches des regrettés Mehdi Ben Barka, Abderrahim Bouabid, mais aussi de Si Abderrahmane El Youssoufi et Si Mohamed El Yazghi, ont quitté le bateau, écœurés et tristes ?

Que penser du PPS, qui fut le parti de l’intelligentsia éclairée, des économistes pointus, des militants éprouvés de la classe ouvrière, des journalistes les plus lus, et qui, aujourd’hui, reporte de semaine en semaine depuis près de deux mois, un plénum de son Comité Central destiné à porter un jugement sur la mise à l’écart abrupte et infamante de l’une de ses dirigeants, virée comme une malpropre d’un gouvernement conduit par un allié présenté comme le plus proche ?

Quid du PJD, ce parti populiste et conservateur, aux courants qui s’affrontent désormais ouvertement, aux francs-tireurs dont on ne sait s’ils expriment tout haut ce que pensent les « chefs » ou si leurs propos incendiaires sont seulement destinés à punir et à déstabiliser l’actuel « primus inter pares », tombeur du sieur Benkirane ?

Faudrait-il donc que le seul parti qui s’essaie vraiment à la vie politique soit le RNI, qui tient meetings, congrès et universités d’été, qui réunit sa jeunesse, mobilise ses troupes, dispose d’un vrai programme alternatif de gouvernement, nonobstant des failles originelles qui tiennent à sa composition sociale, son mode de cooptation et sa proximité avec les « cercles de décision » ?

Enfin, que penser d’un parti, autrefois présenté comme celui des « grandes tentes », venu des montagnes et de la ruralité, qui se « paie » le luxe de reconduire à sa tête pour quatre ans, un homme âgé de 76 ans. Serait-il que le MP soit tant déconnecté de la réalité de ce Maroc où plus de la moitié de la population a moins de trente ans ?

 

Foin d’omnipotence !

Ce tableau, incontestablement sombre, ne prouve-t-il pas que nos politiciens et les organisations qu’ils représentent et dirigent, ne sont rien d’autre en réalité que des rentiers, assis sur leurs privilèges et acquis, dont la pérennité est garantie par la Constitution, et qui, n’ont rien à prouver ni à faire pour justifier de leur existence et de leur avenir ?

Faut-il, au demeurant, accepter certains de leurs arguments, qui tous, prétextent de la puissance du « Makhzen », pour expliquer leur immobilisme, leur passivité, leur fatalisme ?

Ce « Makhzen », dont ils attendent tous le moindre signal, le plus petit signe pour décider de s’activer, leur reprocherait-il vraiment d’être dynamiques, déterminés, actifs et présents comme le furent leurs aînés à des époques autrement difficiles et même cruciales et qui, ainsi, gagnèrent le respect et la considération de tous ?

Est-ce vraiment avec ces « mollusques » de la politique que l’on ira, bientôt, aux élections ?

Le Maroc et les Marocains méritent, sans aucun doute, mieux et plus que ces partis, cette classe politique qui, en fait fonctionne en circuit fermé, loin des préoccupations populaires et des attentes des citoyens !

Fahd Yata

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