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Paiements, identité, cybersécurité : APIDE 2026 réunit l’écosystème africain à Marrakech

Paiements, identité, cybersécurité : APIDE 2026 réunit l’écosystème africain à Marrakech

Par LNT
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Dans un contexte marqué par l’accélération des paiements numériques, l’essor des identités digitales et la montée en puissance des enjeux de gouvernance et de cybersécurité, la ville de Marrakech accueille, les 13 et 14 janvier 2026, la 20e édition de l’Africa Pay & ID Expo (APIDE). Organisé par One Africa Forums, ce rendez-vous s’est progressivement imposé comme l’un des principaux espaces africains de dialogue sur la confiance numérique, réunissant décideurs publics, régulateurs, institutions financières et acteurs technologiques autour d’une question structurante : comment bâtir des écosystèmes digitaux africains fondés sur la confiance entre l’État, l’économie et le citoyen.

Cette édition anniversaire marque un tournant symbolique dans l’histoire d’APIDE. Après deux décennies de débats consacrés à l’innovation et à la diffusion des technologies de paiement, l’événement entre dans une phase de maturité stratégique où l’enjeu central devient la structuration durable des écosystèmes numériques. La programmation 2026 s’articule autour de trois piliers : les paiements et l’inclusion financière, l’identité numérique et la gouvernance, ainsi que la cybersécurité et la protection des données. Ces thématiques sont réunies par un fil conducteur commun, celui de la confiance comme condition de la massification des usages et de la transformation économique.

Pour la première fois, cette édition est précédée d’un roadshow panafricain ayant parcouru plusieurs capitales, notamment Lagos, Accra, Nairobi et Addis-Abeba. Cette démarche vise à ancrer les échanges dans les réalités de terrain et à construire un programme pensé depuis le Maroc mais co-élaboré avec des acteurs de l’ensemble du continent.

Un continent porté par sa jeunesse

La conférence d’ouverture était consacrée à l’avenir des paiements en Afrique, avec une keynote d’Abdeslam Alaoui Smaili, fondateur et PDG de HPS, autour de la trajectoire du marché et des leaders appelés à façonner les prochaines années. Dans son intervention, il a mis en avant une transformation profonde du continent, portée par une population jeune, connectée et capable de « sauter » certaines étapes technologiques pour adopter directement les solutions les plus avancées. Il a souligné que le marché africain connaît une croissance soutenue, avec une progression annuelle estimée à plus de 16 % du nombre de transactions et de plus de 10 % du nombre de cartes, une tendance observée à l’échelle mondiale mais particulièrement marquée en Afrique.

Au-delà des volumes, Abdeslam Alaoui Smaili a insisté sur un phénomène plus structurant : l’augmentation rapide de la valeur des transactions, signe d’une rencontre de plus en plus étroite entre usage et technologie. Selon lui, « la création de valeur dans l’économie passe par l’enrichissement de la donnée transactionnelle », qui ouvre la voie à de nouveaux services tels que le crédit, l’épargne ou l’assurance. Il a également relevé l’essor des wallets et des paiements intégrés dans des environnements digitaux, ainsi que la bascule progressive vers des paiements non cash dans plusieurs régions du monde, une dynamique appelée à se renforcer en Afrique.

L’une des tendances majeures mises en avant concerne le déploiement rapide des systèmes de paiement instantané sur le continent. Plus de trente pays africains disposent déjà de telles infrastructures, soutenues par des politiques publiques de plus en plus volontaristes. Pour Abdeslam Alaoui Smaili, l’instantanéité constitue un levier clé pour transformer l’économie, favoriser l’interopérabilité et accélérer l’intégration régionale, notamment à travers le développement de corridors transfrontaliers intra-africains.

Ces orientations ont trouvé un écho dans la première conférence-débat, consacrée à la modernisation des infrastructures de paiement. Les intervenants, parmi lesquels Imelda Ngunzu (Mastercard), Ndeda Nakhulo (Pesaflow Kenya), Jean-Philippe Wolyniec (OpenWay), Mohamed Abdelrahman (Central Bank of Egypt), Mohammed Amarti Riffi (S2M) et Arnaud Crouzet (Consult Hyperion), ont confronté leurs expériences autour d’une question centrale : faut-il moderniser l’existant ou changer de paradigme.

Une transformation irréversible

Pour Arnaud Crouzet, vice-président Business Consulting de Consult Hyperion, le secteur est entré dans une phase de transformation irréversible. « La technologie et la réglementation permettent aujourd’hui d’imaginer de nouvelles approches, mais ce sont surtout les acteurs traditionnels qui doivent apprendre à se remettre en cause et à travailler en partenariat », a-t-il estimé, soulignant le potentiel du marché africain en matière de collaborations et de paiements transfrontaliers.

Du côté du Kenya, Ndeda Nakhulo a expliqué que Pesaflow avait commencé avec une infrastructure legacy avant de migrer progressivement vers le cloud afin d’améliorer l’expérience utilisateur. « Le continent est jeune et digital. Il fallait donc une plateforme adaptable, capable de gérer des volumes importants tout en réduisant la friction pour l’utilisateur », a-t-elle indiqué, précisant que la société traite aujourd’hui plusieurs dizaines de milliards de transactions.

La perspective des banques centrales a été portée par Mohamed Abdelrahman, représentant de la Banque centrale d’Égypte. Selon lui, les réseaux de paiement instantané ne sont plus une option mais « la seule infrastructure capable de concurrencer réellement le cash ». Il a cité l’exemple égyptien, marqué par le lancement d’un réseau national de paiement instantané et par la mise en place d’un schéma domestique de cartes, combinant souveraineté technologique et coopération avec les réseaux internationaux.

Les discussions ont également porté sur l’importance de l’orchestration des différents moyens de paiement. Mohammed Amarti Riffi, directeur Business Development et Alliances stratégiques de S2M, a souligné que l’avenir réside dans la capacité à combiner cartes, wallets, QR codes et paiements instantanés au sein d’un « digital payment stack » unifié. Pour lui, « l’instant payment n’est pas un produit mais une façon d’orchestrer l’ensemble des expériences de paiement », dans un contexte de pression croissante sur les marges et de concurrence accrue entre schémas.

Au-delà des infrastructures, les débats ont mis en lumière la centralité de la donnée, de la gouvernance et de la protection du consommateur. Les intervenants ont rappelé que l’innovation ne peut être durable sans une attention particulière portée à la sécurité, à la confidentialité et à l’expérience utilisateur, conditions indispensables pour instaurer la confiance et favoriser l’adoption massive des solutions numériques.

Selim Benabdelkhalek

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