M. Mahdi Bouzoubaa, Directeur Marketing et Support à la vente B2B pour Orange Maroc

Tech

Orange appelle à la création d’un écosystème des objets connectés au Maroc

le 1 novembre 2018


L’Internet des objets, ou IdO (en anglais Internet of Things, ou IoT), est l’extension d’Internet à des choses et à des lieux du monde physique. Selon une étude de l’ETH de Zurich, du fait des smartphones puis du nombre croissant d’objets connectés, en dix ans (2015-2025), 150 milliards d’objets devraient se connecter entre eux, avec l’Internet et avec plusieurs milliards de personnes.

Les Assises de l’AUSIM, le plus grand rassemblement des DSI et cadres des SI au Maroc, se se déroulées du 24 au 26 octobre, avec pour thème « Apprivoiser les tendances technologiques qui transforment les usages et ouvrent de nouvelles dimensions à la fonction du DSI et à l’entreprise ». L’IoT était ainsi naturellement au coeur des débats. Pour nous éclairer sur ses usages au Maroc, et sur ses possibilités de développement, M. Mahdi Bouzoubaa, Directeur Marketing et Support à la vente B2B chez Orange Maroc, a accepté de répondre à nos questions. 

La Nouvelle Tribune : Comment Orange se positionne-t-elle sur l’IoT, et quelles sont les applications qu’elle propose à ses clients ? 

M. Mahdi Bouzoubaa : Au niveau du groupe Orange, nous sommes un des leaders mondiaux du domaine, et revendiquons aujourd’hui +14 millions d’objets connectés opérés par nos plateformes. Nous avons aussi concrétisé ce leadership à travers l’animation de communautés d’experts dans le domaine parmi lesquelles on peut citer l’alliance LoRa, et aussi à travers des déploiements de réseaux IoT nationaux, comme en France ou en Belgique et d’autres expérimentations commerciales en Afrique (comme en Côte d’Ivoire par exemple) ainsi que de grands projets au Moyen Orient.

Au niveau du Maroc, Orange a déjà pu faire de l’IoT une réalité, avec les technologies de connectivité cellulaires (3G/4G et cartes SIM). Les entreprises qui souhaitent optimiser la gestion de leur flotte de véhicules ou observer le comportement de conduite de leurs chauffeurs s’appuient sur des solutions informatiques de gestion de flotte, qui elles-mêmes s’appuient sur nos solutions de connectivités : on parle ici de notre offre SmartM2M. C’est le cas aussi de la télémétrie, qui a permis aux régies qui l’ont adoptée de réduire les coûts de collecte des données de compteurs autant qu’elles en ont simplifié le processus.

Pour aller plus loin dans ce domaine, Orange Maroc a aussi mobilisé les ressources du groupe en scellant un partenariat avec Orange Business Services, visant à capitaliser sur le savoir-faire et l’expérience d’un leader mondial dans les nouvelles technologies d’IoT, et le mettre au service des expérimentations commerciales actuellement engagées au Maroc, dans le cadre fixé par le régulateur.

Les applications offertes par l’IoT sont innombrables. Celles destinées au grand public sont les plus célèbres. Citons les trackers fitness, les verrous intelligents pour bicyclettes reliés par GPS ou les caméras de sécurité connectées en Cloud pour sécuriser un domicile.

Notre conviction est que le plus gros des usages IoT concernera les entreprises. A l’horizon 2020, sur les 21 milliards d’objets qui seront connectés dans le monde, 60% le seront par des entreprises.

Les avancées de l’IoT permettront une optimisation sans précédent des processus : suivi des ressources, gestion à distance d’équipements, maintenance prédictive… L’IoT est plein de promesses pour les entreprises : on parle de sécurité renforcée pour les équipes, de traçabilité des biens et ressources, mais aussi de gains de productivité et donc de compétitivité accrue.

Ce sont bien tous les secteurs qui se verront transformés – industrie, agriculture, retail, santé… – ainsi que tous les métiers : systèmes d’information, opérations, supply chain, marketing, etc.

 

Quelles sont, selon Orange, les perspectives pour le marché, à moyen et long terme ? 

Comme je l’ai déjà dit, l’IoT est déjà une réalité au Maroc, pour les cas d’usage clients pour lesquels la connectivité cellulaire 3G-4G apporte une réponse adaptée. C’est le cas de la gestion de flottes de véhicules ou la télémétrie.

D’autres secteurs sont très prometteurs comme l’agriculture, la logistique, l’industrie ou les villes intelligentes. Mais les réseaux cellulaires actuels sont souvent inadaptés à ces cas d’usage car ce sont des technologies gourmandes en énergie. Pour les adresser, d’autres technologies dites LPWA comme LORA, LTE-M ou NB-IoT offrent de plus grandes possibilités du fait conjugué de leur faible consommation d’énergie, de leur portée plus large et des coûts plus faibles des objets communicants.

Dans le cas de l’agriculture par exemple, s’il faut équiper des terres agricoles de centaines de capteurs pour relever le taux d’humidité par exemple (et ajuster la fréquence d’arrosage), se pose la question de l’alimentation de ces capteurs en plus de leur coût qui ne peut évidemment pas être du même ordre que celui des boitiers équipant un véhicule ou un engin de chantier.

Tout cela devient possible grâce aux technologies LPWA comme LORA, LTE-M ou NB-IoT qu’Orange opère ou expérimente dans d’autres pays.

Par contre, pour que l’émergence de ces cas d’usage devienne une réalité, je suis convaincu de la nécessité de mobiliser l’ensemble de l’écosystème autour d’expérimentations commerciales locales. Ainsi, les régulateurs (pas seulement télécom), les offreurs de technologies, les donneurs d’ordre, les start-ups et le monde académique pourraient éprouver leurs convictions sur des cas réels, et se heurter aux spécificités marocaines, que ce soit en termes de réglementation des fréquences, de protection des données, de monétisation des données produites, ou de résolution de l’équation économique posée par l’IoT. A Orange, nous sommes mobilisés avec Orange Business Service, et souhaitons contribuer à notre niveau d’offreur expérimenté en la matière pour mettre à disposition de l’écosystème le vécu du groupe.

 

Quels sont les axes de développement du secteur, au niveau global, mais aussi pour Orange spécifiquement ? 

Il y a un premier axe de développement qui concerne la libération des bandes de fréquences sollicitées par les technologies à faibles consommation (LPWA). Dès lors, les possibilités seront démultipliées à court terme avec des premiers réseaux déployés localement au cas par cas (pour couvrir une usine par exemple ou bien un port ou bien un domaine agricole) en attendant les évolutions futures de la 5G qui offriront une couverture nationale à moindre coût (grâce à la mutualisation avec les autres services classiques comme la voix et la data).

Ensuite, pour que le secteur de l’IoT se développe, il faut pouvoir créer un écosystème entre les offreurs (opérateurs télécom, éditeurs de logiciels…), les startups, et les donneurs d’ordre qui produisent les données (comme par exemple les régies, ou les opérateurs de parkings) … afin de pouvoir développer et commercialiser des solutions ouvertes.

Cet écosystème pourrait être fédéré autour de plateformes ouvertes comme FIWARE par exemple. Il s’agit d’une plateforme destinée à collecter de l’open data (qui proviendrait du domaine public notamment) et ouverte aux développeurs désireux de développer des applications pour le grand public ou les entreprises. Ce type d’initiative où Orange est contributeur actif fait partie a déjà fait ses preuves dont d’autres pays

Comme il est question de données, un autre grand enjeu est celui de la sécurité… Parce que la confiance est la clé du succès de l’écosystème IoT, Orange est engagé à faire avancer l’innovation et la collaboration.

Propos recueillis par Selim Benabdelkhalek