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« Il n’y a pas de politique arabe de Donald Trump. C’est de la non politique ! » Entretien avec la journaliste et réalisatrice Sofia Amara

le 3 janvier 2019


Sofia Amara*, native de Casablanca, journaliste, grand reporter, réalisatrice et essayiste, est une spécialiste reconnue du Moyen-Orient.

Basée à Beyrouth, elle n’a eu cesse au cours des vingt-cinq dernières années de parcourir cette région et d’enquêter sur les grands événements qui ont marqué la scène arabe, de Tunis à Doha, en passant par Le Caire, Damas ou Bagdad. 
Première journaliste occidentale à être entrée en Syrie pour couvrir la révolte de 2011, elle y a réalisé plusieurs documentaires sur la guerre qui ravage ce pays depuis. Elle a également couvert le printemps égyptien et, au mépris du danger, a suivi l’armée irakienne lors de la bataille de Mossoul contre l’État islamique.

Si les crimes de Bachar al-Assad ou de Daech sont aujourd’hui si bien documentés, c’est notamment au minutieux travail d’enquête de journalistes comme Sofia Amara que nous le devons.

Elle vient d’ailleurs de publier un maître-livre sur le fondateur de Daech intitulé « Baghdadi, calife de la terreur » (Éditions Stock, octobre 2018), qui relate la genèse de Daech et le cheminement de son bourreau en chef, Abou Bakr al-Baghdadi. 

De passage à Casablanca en décembre dernier pour présenter cet incontournable ouvrage, elle a bien voulu répondre aux questions de La Nouvelle Tribune.

Fahd YATA

 

La Nouvelle Tribune :
Aujourd’hui, une partie de la presse internationale et des opinions publiques considère que la guerre en Syrie est terminée et que Bachar Al Assad, avec ses alliés russes et iraniens, en est le grand vainqueur.
Il ne resterait plus que quelques poches de résistance de Daech au Nord de la Syrie. Qu’en pensez-vous ? Croyez-vous qu’on en soit revenu aujourd’hui à la Syrie d’avant 2011 ?

Sofia Amara :
Bachar al-Assad n’est pas le principal acteur de ce conflit, pour en être le grand vainqueur ! S’il a pu récupérer une bonne partie du territoire syrien, c’est grâce à l’aide et l’appui militaire de ses deux alliés : l’Iran, mais surtout la Russie. Au prix de son indépendance et de sa libre décision. Mais il n’est pas revenu à la situation ante, loin s’en faut.
La Syrie, outre les Russes et les Iraniens, compte la présence des Turcs, des Américains, sans oublier les Kurdes « dopés » par leurs victoires militaires. Y opèrent toujours toutes sortes de milices ainsi que trente-quatre factions de l’Armée Libre Syrienne.

De plus, il ne faut pas oublier le coût humain de ce conflit, qui fait que Bachar risque d’être un jour traduit devant la Justice internationale.
On ne reviendra jamais à la Syrie d’avant 2011, après l’épisode monstrueux que Bachar a imposé à son pays et à son peuple. La Syrie est complètement détruite, des millions de citoyens sont aujourd’hui exilés, des forces étrangères, amies et ennemies campent sur son sol et la guerre civile a surtout provoqué des dégâts considérables au sein de la société syrienne.

Et comment s’estimer ou se proclamer vainqueur lorsqu’une grande partie de la communauté internationale vous considère comme un criminel de guerre ?

Mais ne peut-on considérer que la quasi-disparition de Daech en tant qu’État constitué sur une partie du territoire syrien et qui, peu ou prou, était le principal adversaire, représente une victoire pour le régime de Bachar Al Assad ?

Absolument pas ! C’est, certes, la thèse d’Assad et il veut à tout prix l’accréditer auprès des opinions publiques. Mais c’est faux. Le principal adversaire du régime de Damas, ce sont les démocrates syriens, qu’il a jeté en prison, torturé ou tué par centaines de milliers, tandis qu’il libérait dans le même temps des jihadistes de ses geôles pour discréditer la révolte pacifique de 2011. Daech n’était pas l’adversaire du régime syrien, mais son instrument, son allié objectif. L’organisation terroriste a été neutralisée quand son rôle a pris fin. Et pas l’inverse.

Mais où sont-ils, ces démocrates syriens ? Peut-on considérer qu’ils constituent une alternative au régime syrien actuel ?

Ils sont partout, dans les pays scandinaves, en France, au Canada, au Liban …
Ils se battent pour une Syrie démocratique et ils finiront sûrement par y arriver un jour.

Pour eux, l’ennemi c’est à la fois Bachar et Daech. Ils ont eu à combattre deux ennemis concomitamment et l’émergence du second, Daech, n’a laissé aucune place à l’alternative qu’ils entendaient constituer. C’était le pari de Bachar al-Assad : « Ce sera moi ou le chaos » ! Et il a produit ce chaos, sous les décombres duquel toutes les voix discordantes ont été ensevelies.

Certes, Assad n’est pas le seul « parrain » de Daech. L’ancêtre de cette organisation a vu le jour en territoire irakien en 2006, suite à l’invasion américaine de l’Irak et l’effondrement du régime de Saddam Hussein 3 ans plus tôt, mais c’est la stratégie de Bachar al-Assad face à la contestation de son peuple qui a dopé ce monstre jihadiste.

Partant de cela, pensez-vous que les États-Unis portent une responsabilité dans le déclenchement de la guerre civile en Syrie même ?

Non. Il convient déjà de rappeler que cette guerre civile n’a éclaté qu’après des mois de répression sanglante par le régime syrien d’une révolte pacifique. Les Américains ne sont responsables ni de ce mouvement de contestation, ni du fait qu’il ait dégénéré en conflit fratricide.
La responsabilité américaine se situe ailleurs.

En 2001, les États-Unis ne s’en sont pas pris à leur allié saoudien, alors que la plupart des terroristes du 11-Septembre étaient des ressortissants saoudiens. Ils ont préféré attaquer l’Afghanistan où se cachait Ben Laden, avant d’envahir l’Irak en 2003, sous le faux prétexte des armes de destruction massive irakiennes.
Une invasion qui a placé à la tête du pays un pouvoir chiite revanchard et qui a démantelé l’armée irakienne, remplacée, de facto, par des milices illégitimes. Durant l’occupation, les pires exactions ont été commises, par les forces américaines aussi bien que par les nouveaux maîtres de l’Irak : arrestations arbitraires, humiliations, actes de torture, assassinats … comme le dévoileront, par exemple, les témoignages sur les conditions d’internement dans la prison d’Abou Ghraïb.

C’est là que réside la première responsabilité américaine : avoir créé les conditions propices à la naissance de l’État islamique d’Irak, l’ancêtre de Daech.
La suite, c’est notamment Bachar al-Assad qui s’est en chargé, en alimentant la guerre en Irak.
Non par amitié pour les Irakiens ou par nationalisme arabe, mais par pur calcul.

Le régime syrien a ainsi embrigadé, formé et armé des jihadistes sur son territoire, avant de les injecter dans le bourbier irakien.
A l’époque, le calcul de Bachar al-Assad était simple : il lui fallait compliquer la tâche à l’occupant américain en Irak, afin de le dissuader de s’en prendre ensuite à la Syrie.
Des attentats jihadistes sanglants, qui ont tué des soldats américains mais aussi des centaines de civils en Irak, ont été planifiés en Syrie, sous la houlette des services syriens.
Cette politique a pris fin lorsque Bachar al-Assad a été contraint, sous la pression de Washington et notamment du secrétaire d’État Colin Powell, d’emprisonner les jihadistes qui revenaient en Syrie, après avoir été chassés d’Irak par les tribus sunnites irakiennes, soutenues par l’armée américaine.

Ces jihadistes furent détenus dans la tristement célèbre prison de Saydnaya près de Damas où ils se comportaient en véritables chefs, bénéficiant de la bienveillance des geôliers, tandis que les démocrates syriens étaient humiliés, battus, torturés et mis à mort dans ce même bagne, qualifié « d’abattoir humain » par Amnesty International.
Ces terroristes seront libérés de Saydnaya par Bachar al-Assad en 2011, pour jihadiser la révolte syrienne.

La seconde responsabilité des Américains a été la reculade d’Obama, après l’attaque à l’arme chimique contre la banlieue de Damas, en 2013.
Les États-Unis avaient assisté en « spectateurs passifs » à cette guerre, se contentant de fixer le recours à cette arme prohibée comme ligne rouge à ne pas franchir par le régime d’Assad.

Malgré l’attaque de l’été 2013, Obama a décidé de ne pas punir Damas.
Un blanc-seing pour Assad. Et une des causes qui ont poussé une partie des rebelles modérés dans les bras des extrémistes.

Comment Daech se finançait-il ?

Daech générait quotidiennement les quelque 2 millions de dollars nécessaires à son fonctionnement journalier, en s’adonnant à de juteux trafics : le trafic de pétrole, d’antiquités et d’êtres humains. Des fillettes issues de la minorité yézidie étaient vendues à 10.000 euros et plus, si elles étaient vierges.
Il y avait aussi la production de coton dans les provinces syriennes de Deir Ez-Zor et de Raqqa.

A cela, il faut ajouter les taxes imposées par Daech aux populations vivant alors sous son joug. Tout le monde devait payer : les simples citoyens, les commerçants, les chauffeurs transportant des marchandises … Même le groupe Lafarge est soupçonné d’avoir financé l’État islamique, pour pouvoir maintenir en activité une de ses usines, en Syrie.
Et il ne faut pas oublier non plus le pillage des banques situées sur les territoires conquis par Daech.

Quel a été le rôle de certains États du Golfe dans la guerre civile en Syrie ?

Ils ont participé à l’« islamisation » de la révolution syrienne.

L’aide militaire en provenance de l’Occident à destination des rebelles modérés, l’Armée Libre Syrienne principalement, n’a pas été suffisante.
Parfois, cette aide occidentale finissait même, via le Qatar, entre les mains de factions extrémistes.

Par ailleurs, des pays comme le Koweït, l’Arabie Saoudite et le Qatar (des particuliers, des ONG ou des gouvernements) ont soutenu des brigades de l’ALS et, profitant du manque d’aides en provenance de l’Occident, les ont islamisées.

Cela dit, la plus dangereuse de ces organisations, Daech, ne comptait pas sur les dons du Golfe pour fonctionner. Ces dons étaient marginaux, face aux sommes colossales que l’État islamique est parvenu à réunir, par ailleurs.

Comment expliquez-vous la concomitance des printemps arabes en 2011 : Tunisie, Égypte, Libye, Syrie, Bahreïn, Maroc …
Certains ont échoué, d’autres ont réussi, mais on entend souvent une thèse, chère sans doute aux « complotistes », qui énonce qu’en réalité ces printemps arabes étaient la concrétisation du discours d’Obama en 2009 qui exposait la vision américaine de la démocratie dans la sphère arabe. Cette vision impliquait d’ailleurs de favoriser les islamistes et notamment les Frères musulmans…

Les mouvements du printemps arabe sont nés du rejet de la « hogra » (qui signifie, en français, le mépris du pouvoir à l’égard de la population). Il est insultant pour les populations arabes, qui vivent sous des dictatures ou des régimes autoritaires, d’estimer qu’elles ne sont pas aptes à se lever, par elles-mêmes, et bien tardivement il est vrai, pour réclamer enfin la démocratie, inspirées par le succès de la révolte tunisienne.

Il y a eu un effet de dominos et prétendre que cela a été téléguidé de l’étranger est, par ailleurs, en totale contradiction avec les faits, constatés sur le terrain.
J’ai couvert cette révolte et j’ai été emprisonnée au Caire à deux reprises, avec les activistes qui ont initié la contestation.

C’est notamment « le Mouvement du 6 avril » qui a appelé à manifester Place Tahrir au Caire, le 25 janvier 2011. C’était le jour de la police en Égypte. Cela devait être une simple manifestation, une répétition avant un mouvement plus large, qu’il devait mener lors d’élections prévues fin 2011.

Le succès a pourtant été rapide, notamment grâce aux réseaux sociaux, et Moubarak est tombé en 17 jours. Et quand Hillary Clinton s’est rendue au Caire après la chute du président égyptien, le Mouvement du 6 avril a refusé de la voir, reprochant aux Américains d’avoir soutenu Moubarak jusqu’au bout.

Quant aux Frères musulmans égyptiens, ils avaient regardé cette mobilisation avec suspicion, voire avec hostilité. Mais la sauce a pris, sans eux.

Mais n’est-ce pas les islamistes qui ont profité, dans un premier temps, du déclenchement des printemps arabes ?
En Égypte et en Syrie, avec les Frères musulmans, en Tunisie avec Ennahda, au Maroc même avec Al Adl Wal Ihssane et le PJD, etc…

Vous posez le problème à l’envers. Peu importe, qui en a profité. Ce qui compte, c’est de savoir si ces partis ont été élus de manière démocratique. Ensuite, bien sûr, il faut se demander pourquoi ces peuples ont voté pour des islamistes ; et comment amener cet électorat islamisé à exclure définitivement le religieux de la vie politique.

Certes, tous les peuples de la région arabe sont « islamisés », mais cela n’explique pas les victoires électorales, à moins de considérer que ces mouvements aient été soutenus, encouragés, financés ; car la politique ne se fait jamais sans moyens financiers.
Des mouvements islamistes, notamment en Tunisie et en Égypte, subitement sortis de la clandestinité, ont très vite gagné les suffrages populaires …

Ce n’est pas cela le problème. Les partis ont le droit de financer leur action politique. Ce qu’il faut savoir, c’est si ces financements étaient légaux ou pas, internes ou étrangers. C’est à la Justice, autre pilier d’un État de droit, de trancher.

Sinon, les suffrages ont été vers les islamistes parce que les peuples ont été islamisés. Certains électeurs ne se sont guère souciés du nom du parti ou du candidat pour lequel ils votaient, tant qu’il était islamiste.

Enfin, l’exemple de l’Égypte -berceau des Frères musulmans- que vous mentionnez n’est pas une preuve.

La clandestinité n’a jamais été un obstacle aux victoires politiques ou militaires, bien au contraire ! C’est dans la clandestinité que s’est faite la Révolution des cassettes de Khomeiny. C’est dans la clandestinité que Baghdadi a préparé la conquête de son califat autoproclamé.

On constate, malheureusement, que les suites des printemps arabes n’ont guère été en faveur des peuples qui les ont déclenchés.
La Libye n’existe plus, la Syrie est détruite, l’Irak est déchiré entre sunnites, chiites et Kurdes et l’Égypte est retombée aux mains de l’armée.
Dans quel état se trouve aujourd’hui le monde arabe ?
Ne pensez-vous donc pas que les printemps se sont transformés en hivers ? Quels sont les enseignements que vous tirez, en tant qu’experte ?

L’hiver arabe est une allégorie facile et trompeuse. La démocratisation est un long processus. On ne peut pas juger l’Histoire en étant encore au présent !
Certes, aujourd’hui, c’est le chaos. La situation des populations a régressé. Doit-on pour autant considérer que ces printemps ont été inutiles ?

D’abord, l’enseignement le plus inquiétant que je tire ne se trouve pas dans le monde arabe, mais au sein des pays puissants qui ont prouvé qu’il n’y avait plus de communauté internationale.

A la place, il y a des gestionnaires de crises qui opèrent en fonction de leurs seuls intérêts, souvent changeants et parfois mal calculés.
Le Conseil de Sécurité est inopérant, des dictateurs sanguinaires trouvent encore des relais en Occident et des armes chimiques ont été employées sans réaction.
Le monde dit « libre » a baissé les bras.
Daech s’est emparé d’un territoire aussi vaste que la Grande-Bretagne en Irak et en Syrie et il a fallu plus de trois ans pour l’en déloger …

Quant au monde arabe, il a certes régressé, prouvant sa grande immaturité politique, dans certains cas.
Cependant, quatre dictateurs sont tombés.

C’est, pour moi, la fin de l’impunité. Pas pour le meilleur, sans nul doute, mais c’est déjà miraculeux parce que la chape de plomb qui pesait sur les pays arabes depuis la fin de la colonisation était énorme. Il fallait qu’elle cède !

On est revenu en arrière ? Ce n’est pas surprenant ! Mais cela justifie-t-il le maintien de dictatures ? Demandez aux Syriens qui ont perdu leurs parents, leurs enfants, leur maison, s’ils regrettent leur révolution. Beaucoup continuent à dire qu’« il fallait le faire » !

Et j’ajouterai que plus on retardera la démocratisation du monde arabe, plus le passage à la caisse sera coûteux.

Existe-t-il aujourd’hui, au sein du monde arabe, des forces démocratiques qui sont capables d’insuffler et de concrétiser cet espoir, alors que la plupart des élites ont fui leur pays et qu’on ne mène pas une révolution depuis l’étranger ?

Elles reviendront. Le général de Gaulle était à l’étranger, à Londres, quand les nazis étaient à Paris. Cela ne veut rien dire.

Les démocrates syriens sont en exil car ils risquent la mort s’ils rentrent chez eux. Et puis, il faut bien commencer quelque part.

Les sociétés qui ont vécu des décennies sous la dictature, privées de pratique démocratique, ont fait ce qu’elles ont pu.

En Syrie, par exemple, et malgré 40 ans sous les Assad, l’opposition est parvenue, à travers le Conseil national syrien, à produire une alternative crédible, réunissant des chercheurs, des sociologues, des femmes, des chrétiens … Ils ont tout fait pour prouver qu’ils étaient de véritables démocrates, dignes de prendre la relève ; mais ils ont été dépassés par les extrémismes, faute d’action occidentale suffisante.

Enfin, pour terminer cet entretien très riche, que pensez-vous de la politique arabe de Donald Trump ? Il n’y a plus de règles, le multilatéralisme a volé en éclats, le président américain privilégiant le bilatéralisme.
Et l’on discerne mal les composantes de sa politique arabe. On a le sentiment qu’elle est très erratique en réalité.
D’un côté, il soutient les démocraties ; de l’autre, il s’accommode d’Assad et du soutien russe à Damas. Il a aussi fait de son mieux pour exonérer le pouvoir saoudien des accusations portées contre lui après l’assassinat du journaliste Khashoggi dans les locaux du consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul…

Il n’y a pas de politique arabe de Donald Trump. C’est de la non politique !
Avant lui, trois piliers soutenaient cette politique : le pétrole, la sécurité d’Israël et la lutte contre le terrorisme islamique.
Ce sont les principales préoccupations américaines dans le monde arabe.

Cela est toujours vrai sous Trump, avec deux nouveautés.

D’une part, un cynisme politique clairement revendiqué, qui a l’avantage de la franchise. Passer outre le crime odieux perpétré contre le journaliste saoudien en est une des dernières manifestations.

Les pays européens s’en accommodent ou tentent de rectifier le tir quand ils le peuvent, malgré la cacophonie générale. Quant aux États arabes, ils ne sont même pas dans l’orchestre et devraient se demander pourquoi, au lieu d’accuser systématiquement l’Occident de tous leurs maux.

D’autre part, Trump fait preuve d’une désolante ignorance de la région et ne manifeste pas la moindre velléité de se laisser conseiller par des experts compétents.
Le président américain semble fonctionner au coup par coup, comme guidé par des pulsions.

Devant les images insoutenables des victimes syriennes de l’attaque chimique de Khan Cheikhoun ; Trump a été bouleversé et s’est décidé à frapper la Syrie.
Un acte grave, qu’il mettra en exécution pendant un dîner avec son homologue chinois Xi Jinping, entre la poire et le fromage.

Interviewé par Fox News, il précisera qu’il dégustait la plus belle part de gâteau au chocolat avec son invité chinois quand il lui a appris qu’il venait de donner l’ordre de bombarder la Syrie. Et durant l’interview, Trump s’est même trompé de pays-cible, confondant l’Irak avec la Syrie.
Et l’aventure syrienne s’est arrêtée là.

Demain, quelqu’un pourrait le convaincre qu’Assad est un rempart infaillible contre Daech. Il serait alors capable de lui rendre visite à Damas !
Pour lui, c’est le dernier qui a parlé qui a raison.

Entretien réalisé par Fahd YATA

*Grand reporter, réalisatrice de documentaires primés, dont « Les enfants perdus du califat », par le Prix Amade du Festival de Télévision de Monte-Carlo, Sofia Amara est aussi et notamment l’auteure d’ « Infiltrée dans l’enfer syrien ». (Stock).

NB : Cet entretien a été réalisé quelques jours avant la décision du Président Donald Trump de retirer les troupes américaines de Syrie. 


Baghdadi, calife de la terreur, de Sofia Amara

 

Baghdadi, calife de la terreur, paru chez Stock, octobre 2018

Abou Bakr al-Baghdadi est un mystère. L’homme le plus recherché du monde est-il encore vivant ?
Où est-il ? Qui est-il vraiment ? Que veut léguer le calife de la terreur ? Quel sera son héritage, la marque infâme de Daech ?
Il a créé un jihadistan rejoint par des combattants des quatre coins de la planète. Il a exporté son modèle de terreur jusqu’au coeur du monde libre. On lui doit les attentats qui ont ensanglanté nos villes.
Mais le fantôme au turban noir, dont la tête est mise à prix 25 millions de dollars, reste introuvable.
(Note de l’éditeur).

 

 

A lire ou à voir :

http://www.editions-stock.fr/livres/essais-documents/baghdadi-calife-de-la-terreur-9782234084919

Showreel: https://vimeo.com/58384452

Latest:
« Les enfants perdus du califat », Envoyé spécial/France 2
https://www.dailymotion.com/video/x6lw28x

« Baghdadi, calife de la terreur »
Link: https://www.youtube.com/watch?v=aX1tQkKZtY4