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Discours haineux, fake news : quand le numérique devient espace idéal de toutes les dérives  

Discours haineux, fake news : quand le numérique devient espace idéal de toutes les dérives  

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Le tout récent nouveau Baromètre Migrapress met en lumière une réalité préoccupante sur l’état du débat public au Maroc : l’espace numérique marocain bascule progressivement vers des discours de rejet, marqués par une montée de la désinformation, de la stigmatisation et de la polarisation.

Sommes-nous au bout de gouffre ? En effet, à en croire le premier Baromètre Migrapress dressant un état des lieux alarmant de l’espace public numérique marocain, sur 500 publications analysées, près des deux tiers diffusent des discours négatifs à l’égard des migrants, tandis que 70% relèvent de la désinformation. Dans cet écosystème, la Toile se veut un élément aggravant et propulsant en visibilité les contenus les plus toxiques.

Il est important aussi de souligner que ce rapport ne se contente pas de décrire une tendance. Loin de là, il révèle une transformation structurelle du débat public, avec des implications sociales et politiques profondes. Autre détail, autre enjeu : derrière ces chiffres se dessine une réalité à prendre au sérieux, à savoir l’émergence d’une véritable infrastructure invisible du rejet, où la viralité favorise la circulation et la normalisation de récits hostiles.

Ce qu’il faut principalement retenir, c’est qu’une majorité de contenus analysés s’inscrit dans une logique de rejet : une intensification des discours à forte charge émotionnelle et hostile ; un effondrement des positions nuancées au profit d’oppositions binaires ; une normalisation progressive des stéréotypes à travers des discours “intermédiaires” ; un déficit critique de contre-discours, laissant place à une domination des récits négatifs. Pour Migrapress, il s’agit là d’un niveau élevé de tension discursive, plaçant le débat public dans une zone d’alerte.

Le résultat central du premier Baromètre Migrapress révèle que 66% des 500 publications analysées s’inscrivent dans une logique de rejet des populations migrantes, qu’il s’agisse de haine explicite, de stigmatisation diffuse ou de complotisme. A peine un contenu sur sept relève d’une démarche réellement informative ou nuancée.

Dans le même sens, le baromètre explique que les discours haineux ne dominent pas l’espace numérique parce qu’ils sont majoritaires en nombre, mais parce qu’ils captent l’essentiel de l’attention.
Les contenus haineux, qui représentent 40% du corpus, concentrent en moyenne 380 interactions par publication. Les contenus informatifs, eux, peinent à dépasser 22. La critique nuancée, la mise en contexte, le témoignage humanisant, tout ce qui pourrait rééquilibrer le débat public, génèrent entre 0 et 15 interactions. « Dans l’économie de l’attention numérique, la haine est rentable. La nuance ne l’est pas », dit-on auprès de Migrapress.

Toutefois, si un résultat du baromètre devait retenir l’attention des décideurs publics et des chercheurs, c’est bel et bien cet Indice de Haute Dangerosité (IHD) qui est passé de 58% en janvier à 83% en février, puis à 91% en mars de l’année en cours. Une très forte progression en l’espace de trois mois…

Ce qui est à retenir aussi, c’est que 70% des publications analysées contiennent des informations délibérément fausses ou trompeuses. Et ce taux monte à 82% lorsque l’on se concentre sur les seuls contenus négatifs.

Pour le baromètre, cette statistique révèle quelque chose de fondamental sur la nature du phénomène : les fake news n’accompagnent pas le discours haineux, elles le constituent. Sans le mensonge, l’hostilité n’a pas de prémisse factuelle sur laquelle s’appuyer. Avec lui, elle devient une «réaction légitime» à des faits inventés…

Enfin, le baromètre met en évidence des logiques distinctes selon les plateformes sociales. Facebook s’impose comme le principal espace de diffusion des contenus de rejet, concentrant près de 88 % des publications analysées. Sa structure, fondée sur des groupes fermés et des pages publiques, favorise la formation de « chambres d’écho », où les mêmes idées circulent et se renforcent.

À l’inverse, YouTube et TikTok jouent un rôle plus qualitatif. Moins dominantes en volume, ces plateformes génèrent toutefois les niveaux d’engagement les plus élevés, notamment grâce au format vidéo. Celui-ci permet de susciter des réactions immédiates, en mobilisant davantage l’émotion que le texte.

Cette dimension émotionnelle favorise la diffusion de contenus polarisants, qui captent plus facilement l’attention des utilisateurs. Toutefois, ces plateformes ne créent pas les discours qu’elles hébergent : elles les amplifient en leur offrant une visibilité accrue.

La CAN 2025, la femme marocaine, l’invisible économie morale du rejet sont autant de facteurs créant une grave situation de tension créant ainsi de faux débats sur de vrais faux sujets…

H.Z

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