Nezha Hayat, au top management par l’engagement et la combativité

le 3 mars 2016


Ainée d’une fratrie de sept enfants, dont cinq filles, le parcours de Mme Nezha Hayat, récemment nommée par SM le Roi à la tête de l’Autorité Marocaine des Marchés de Capitaux, AMMC, a débuté par un atout de taille et rare à l’époque. Celui d’avoir un père, haut fonctionnaire, désireux de doter ses enfants d’une bonne éducation et, surtout, de permettre à ses filles d’obtenir l’indépendance financière au terme de leur formation.

Nezha Hayat, comme les autres enfants de la famille, a donc reçu une éducation large, ouverte sur la culture, le sport et les langues étrangères, d’autant facilitée par le fait que la famille a vécu à Marrakech, puis à Tanger, deux villes acquises à la diversité.

Lauréate d’un Baccalauréat C obtenu à la Mission française, Nezha aurait dû suivre intégrer directement une université où ses parents l’avaient inscrite, convaincus que son jeune âge, 16 ans, et sa timidité, ne lui permettraient pas d’affronter les difficultés d’une classe préparatoire aux grandes écoles parisiennes.

Mais la jeune bachelière, qui avait déjà du cœur au ventre et de la volonté, s’était discrètement inscrite en classe préparatoire au concours d’entrée à HEC Paris au Lycée Sainte Geneviève. Et c’est finalement avec l’accord et le soutien de ses parents que Nezha Hayat s’attela à suivre et réussir brillamment le cursus d’une élève de l’ESSEC Paris.

A Madrid, au bon moment…

La carrière professionnelle de Mme Hayat a commencé dans une banque espagnole qui possédait un très beau réseau à l’international, notamment en Amérique du Sud.

En 1985, au cours d’un stage au département international, Mme Hayat atterrit par hasard sur les marchés des capitaux internationaux.

Rappelons que les pays d’Amérique latine ne payaient plus leurs dettes souveraines en 1984, et elle se retrouva à faire des swaps (échanges) de dettes dans un marché de gré à gré qui n’était pas régulé.

Elle en fit un métier, sachant qu’il était très utile de transformer la dette souveraine en investissements pour accompagner des clients dans ces pays, travaillant également sur les risques pays associés aux dettes souveraines et les provisions qui en découlaient. Mme Hayat était la seule cadre étrangère dans cette banque alors qu’à cette époque, les banques espagnoles, qui s ‘ouvraient à peine avec l’adhésion de l’Espagne à l’Union Européenne en 1984, était plutôt fermées.

Back home !

Désireuse de rentrer au pays, mais dans le même temps animée par l’appréhension de ne pouvoir s’y épanouir professionnellement, Mme Nezha Hayat choisit à l’aube de la décennie 90, de « couper la poire en deux », en retournant au Maroc, mais pour y travailler au sein d’une filiale internationale. C’est ainsi qu’elle intégra à Tanger la filiale offshore de BNP Paribas, devenue aujourd’hui filiale de la BMCI.

En 1995, elle entre à la Société Générale à Casablanca, au tout début de la nouvelle ère instituée par la réforme des marchés de capitaux lancée par la loi de septembre 1993.

Le temps était donc à la création des sociétés de bourse, des OPCVM, des départements titres alors que la privatisation battait son plein et qu’il fallait donner aux citoyens de réelles opportunités de placements.

C’est ainsi que furent rapidement mises sur pied à cette époque une société de bourse, une société de gestion de fonds de placements, un département titres alors que ceux-ci n ‘étaient pas encore dématérialisés.

Ipso facto, Mme Hayat rejoint le Conseil d’administration de la Bourse des Valeurs de Casablanca.

Participer à l’aventure de la Bourse de Casablanca réformée, un projet d’envergure à l’époque, avec des dirigeants aussi jeunes et dynamiques qu’elle, motivés et compétents, lui donna dès lors un sentiment, patriote assurément, qui ne l’a jamais quitté depuis, celui de la fierté de travailler à un projet national, au service de son pays.

La place de la femme, toute la place…

Bien évidemment, avec son éducation, son background et son parcours, Mme Nezha Hayat ne pouvait rester insensible à la problématique de la condition féminine dans son environnement professionnel. C’est qu’elle entama sa « carrière marocaine » à une époque où le nombre de femmes aux postes de responsabilités était encore faible.

Mais, dans les nouveaux métiers, notamment dans la finance, il s’est avéré que la recherche de profil pointus a permis à des femmes d’accéder au même titre que les hommes.

C’est dans cet esprit que Mme Hayat occupa durant deux mandats successifs la présidence de l’Association Professionnelle des Sociétés de Bourse, laquelle comptait treize représentants qui se retrouvaient d’ailleurs au sein du conseil de la BVC.

Durant son mandat, elle a poursuivi l’accélération de réformes d’importance pour le développement du marché boursier et a obtenu, entre autres, la mise en place de mesures incitatives pour les sociétés entrant en bourse, et toujours en vigueur à l’heure actuelle.

Grâce à l’APSB également, Mme Hayat siégea au Conseil national du patronat, la CGEM, aux côtés de trois autres femmes seulement. Ce sera aussi l’occasion de participer à la création de l’Association des Femmes Chef d’Entreprises, AFEM, mais aussi pour accéder à la vice-présidence de la fédération du secteur bancaire et financier de la CGEM.

Au plan professionnel, Mme Nezha Hayat est la première femme à rejoindre le le Directoire d’une banque, en l’occurrence la Société Générale Maroc en 2007.

Fissurer le plafond de verre

Convaincue que la diversité est un critère de bonne gouvernance des sociétés, elle est l’une des cinq fondatrices du Club des femmes administrateurs d’entreprises au Maroc, CFA Maroc, afin de promouvoir la représentativité féminine dans les Conseils d’administration des sociétés publiques et privées au Maroc et briser le fameux «plafond de verre»

En effet, le nombre de femmes siégeant aux conseils d’administration dans les entreprises publiques n’excède pas 5 % et 7 % dans les sociétés cotées privées, tandis que 67 % des entreprises ne comptent aucune femme dans leur CA.

Le Club des Femmes Administrateurs a donc déployé son action à partir de 2012, puissamment soutenu par le «Women Corporate Directors», une association qui regroupe le plus grand nombre de femmes administrateurs dans le monde.

La Présidente de la CGEM, Miriem Bensalah, joue un rôle décisif à la création de CFA Maroc, en cooptant sa présidente au sein du conseil d’administration du Patronat marocain, rendant plus aisées les actions de sensibilisation des entreprises et fédérations.

Aujourd’hui, nombre de femmes sont déjà nommées dans les Conseils d’administration des institutions bancaires et financières, grâce à une circulaire de gouvernance de Bank Al-Maghrib qui impose de nommer des femmes dans les conseils des institutions dont elle a la tutelle. Et si cette mesure de parité dispose d’un délai exécutoire pour les banques, on peut noter non sans satisfaction que plusieurs d’entre elles ont déjà appliqué la circulaire de la Banque Centrale.

Ainsi, le Crédit Du Maroc compte dans son conseil Mme Naziha Belkziz, tandis que Mmes Janie Letrot et Dounia Taarji siègent au Conseil de Surveillance de la BMCI, Mme Amina Figuigui au Conseil d’administration de Maroclear, présidé d’ailleurs par une autre femme, Mme Fathia Bennis, alors que Mm Ghita Lahlou siège à la Société Générale Maroc.

Des acquis incontestables qui demandent à être étendus, systématisés afin que des femmes comme Mme Nezha Hayat, au parcours riche, ne soient plus des cas isolés ou atypiques dans ce Maroc qui a proclamé le principe de parité et d’égalité des genres dans sa Constitution de juillet 2011 !

Afifa Dassouli

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