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NARSA et COVID-19, une incompatibilité totale !

le 2 septembre 2020


L’Administration marocaine n’est pas connue pour sa célérité et son efficience.

Trop souvent dans le passé, elle a été critiquée pour sa faible réactivité, ses manies bureaucratiques, sa productivité insuffisante.

Bien évidemment, ce sont les citoyens qui en ont fait les frais au point où, dans certains services bien connus, existait un passage obligé, un facilitateur non déclaré qui consistait à « graisser la patte » du fonctionnaire pour obtenir satisfaction dans des délais raisonnables.

Mais ce temps est-il vraiment révolu ?

On pourrait le croire de prime abord grâce aux progrès du « e-gov », la mise en place de moyens et procédures destinées à satisfaire les besoins administratifs de la population en érigeant Internet et les portails dédiés de diverses administrations en outils incontournables parce qu’obligatoires.

Et s’il est vrai que cela a grandement amélioré certaines procédures, si des services ont désormais une démarche aussi exemplaire que rapide, d’autres en sont toujours à observer des pratiques et des habitudes que certains fonctionnaires ont réussi à adapter à la nouvelle organisation.

Ainsi, pour la visite technique des véhicules, le ministère concerné a mis en place un portail, Khadamat Narsa, qui permet de prendre rendez-vous pour procéder à cette obligation légale pour tout véhicule ayant plus de cinq années d’âge.

Mais s’inscrire sur Narsa ne vous exonère pas de vous rendre physiquement au centre de contrôle technique qui vous a accordé le rendez-vous afin de confirmer votre choix muni bien évidemment de la carte grise et d’un billet de cent dirhams destiné, paraît-il, à vous obliger à effectuer cette visite à la date fixée.

Résultat, la procédure du portail Narsa est totalement détournée de sa finalité puisque l’automobiliste doit accomplir un parcours physique qui était censé disparaître grâce à la mise en ligne des opérations de contrôle technique.

Cet exemple vaut aussi pour la délivrance des cartes grises laquelle aujourd’hui, dans certains centres immatriculateurs et notamment à Casablanca, est beaucoup plus longue qu’auparavant, et qui serait quelques fois entachée également de certaines pratiques douteuses.

Idem pour le renouvellement des permis de conduire avant le 30 septembre 2020 qui serait obligatoire pour tous les permis délivrés avant 2010.

Non seulement les informations ne sont pas claires à ce sujet, mais, de surcroît, le citoyen se voit contraint de se livrer à des démarches qui ne tiennent absolument pas compte de la situation sanitaire actuelle dans notre pays.

Là encore, le rendez-vous par portail interposé est obligatoire, ainsi qu’une visite médicale pour les détenteurs âgés, à effectuer dans un hôpital public ou chez un médecin agréé, en ces temps de Covid-19 galopant.

Pourtant, chacun sait que les personnes âgées (65 ans et plus) sont celles qui disposent d’une immunité réduite et peuvent ainsi constituer des proies faciles pour ce virus ravageur et qui, sans doute, est certainement plus présent aux abords des hôpitaux qu’ailleurs.

La sagesse ne voudrait-elle pas qu’au vu des circonstances actuelles le ministère de l’Équipement décide de rallonger la validité de ces permis de conduire de plusieurs mois dans l’attente d’une amélioration des conditions sanitaires nationales ou, tout du moins, de la fin de l’état d’urgence sanitaire ?

Ces quelques exemples, qui concernent essentiellement les services du Ministère de l’Équipement, témoignent de la difficulté de se conformer à des procédures nouvelles qui, en fait, sont accouplées à des pratiques anciennes et, de surcroît, ignorant totalement la spécificité de la situation actuelle dans notre pays.

Il serait sans doute préférable de veiller à éviter toutes les circonstances où, avec ou sans rendez-vous, les citoyens pourraient être infectés par le coronavirus, du fait de situations de promiscuité dangereuse.

En tout état de cause, le département concerné et son premier responsable, M. Amara en l’occurrence, devraient prendre les dispositions nécessaires pour tenir compte de la conjoncture actuelle et éviter ainsi que les centres techniques ou les services des mines ne se transforment en clusters infectieux, tout en mettant à la disposition des citoyens des informations claires, sans omettre d’éviter que des portails comme Khadamat Narsa ne soient engorgés ou, pire, connaissent des bugs comme c‘est le cas à l’heure de la rédaction de ces lignes !

Fahd YATA