Politique

Le Maroc va mal, mais que faire ?

le 11 octobre 2018


De la rue aux réseaux sociaux, de la mo9ata3a au Parlement, des PME aux grands groupes, des écoles aux hôpitaux, le constat est le même, unanime et définitif, le Maroc n’avance pas, ne stagne pas, il recule.

Rien ne va, le moral de toutes les couches de la société semble profondément atteint. L’opinion publique n’y trouve plus son compte et les bad buzz ne se comptent plus, au point que de phénomène conjoncturel, ils semblent être devenus la norme. L’avènement d’une société marocaine ultra-connectée ne fait qu’accentuer ce sentiment partagé par tous et nous sommes quotidiennement submergés d’informations, vidéos et articles négatifs, simplement parce que désormais, tout se sait et se partage à la vitesse 4G.

Où est passé le Maroc de la croissance économique forte, des infrastructures de développement et de l’exception régionale ?

Le Maroc s’est développé et continue, mais au prix d’un creusement des inégalités sociales et des disparités géographiques et territoriales qui paraissent désormais insurmontables.

Dans le Maroc d’aujourd’hui, le grand écart entre Casablanca, Rabat et leurs élites, cerclées de pauvreté, de chômage et de désœuvrement, est intenable.

Jerada, le Hirak, Hayat, l’insécurité portée par la délinquance d’une jeunesse sans avenir, sont autant de points noirs au tableau idyllique d’un pays qui se présente comme un modèle pour d’autres et qui vante sa stabilité, bien qu’à juste titre.

Et, le pire est qu’il faut être idéaliste ou dans le déni pour imaginer que le Maroc peut s’appuyer sur les institutions existantes, du gouvernement au Parlement, des syndicats aux partis politiques, en passant par les forces patronales, ou sur ses ressources financières, pour résorber tous les problèmes structurels auxquels le pays fait face.

Ces institutions, rouillées par le temps et déconnectées des enjeux actuels, d’autant que leur existence est garantie par le système, sont toutes en attente systématique d’orientations royales qui pourtant à elles seules ne peuvent pas non plus porter leurs fruits.

Alors que faire ?

Faut-il baisser les bras et céder à la tentation de jeter le bébé avec l’eau du bain ? Quitter le pays est une des options envisagées et appliquées par certains de nos concitoyens. D’une part, par une partie des élites qui se lave les mains et applique l’adage « après moi le déluge » et d’autre part, par une jeunesse qui se dit que tant qu’à ne pas avoir d’avenir, autant tenter sa chance ailleurs, quel qu’en soit le prix.

Et pour tous les autres ? Ceux pour qui ce n’est pas une option, l’écrasante majorité ? Ceux-là doivent trouver des solutions qui, si elles ne soulagent pas les causes, atténuent les maux.

L’état d’insalubrité de nos rues, quartiers et villes, l’incivisme constant et persistant, particulièrement insupportable lorsqu’il émane des milieux les plus aisés et supposément éduqués, mais aussi la corruption, sous toutes ses formes, peuvent être fortement résorbés par un sursaut citoyen. Que ce soit par fierté, patriotisme, mimétisme vis-à-vis de l’étranger, ou par ras-le-bol, commençons par nous-même, nous Marocains. Le sort de 33 millions de nos compatriotes ne peut pas se résoudre sans l’implication du plus grand nombre d’entre eux.

C’est le moment de passer du « slaktivism » à des coalitions d’action concrètes, parce que les commentaires négatifs sur Facebook et dans les salons bourgeois ne feront rien avancer. L’exemplarité citoyenne est le fondement du développement des pays étrangers que beaucoup de Marocains citent en exemple. Ce n’est pas la richesse intrinsèque de ces pays qui pérennise leurs acquis de développement, mais bel et bien le comportement collectif de leurs populations.

Combien d’entre nous relèvent le caractère policé des sociétés européennes que nous fréquentons pendant nos vacances pour ensuite en rentrant au pays, stationner en triple file devant l’école ou la boulangerie, doubler sur la droite sur l’autoroute, et détourner le regard lorsque la misère au feu rouge est trop insistante ?

Le cas des élites est particulier parce que leur responsabilité est multiple, historique d’abord et aujourd’hui encore plus. Guider par l’exemple est un devoir et le pendant des privilèges et de la richesse. Ceux qui l’oublient contribuent à faire péricliter le pays et n’auront que leurs yeux pour pleurer lorsqu’il sera trop tard. Faire confiance à un jeune et lui donner un avenir, subvenir aux besoins des plus pauvres, soulager la misère autour de nous, peut changer la donne, durablement.

Alors, au travail, retroussons nos manches et rompons avec l’attentisme, le fatalisme et l’accablement. Le Maroc, terre de nos ancêtres et de nos enfants, le vaut bien.

Zouhair Yata

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