Maroc : Un choc pétrolier que l’on ne peut plus nier
Une grille de mots croisés générée à partir de cet articles.
L’efficacité budgétaire est un des principaux objectifs de l’actuelle loi de finances triennale du Maroc, qui l’érige en une réforme d’importance cardinale.
Il s’agit de préserver un solde ordinaire excédentaire, de diminuer le déficit budgétaire et de rationaliser la dette publique en recourant à l’endettement domestique et extérieur tout en gérant la charge de la dette globale. La réforme budgétaire assise sur la grande réforme fiscale est devenue un des piliers de la stabilité financière du pays.
Cette situation est remise en cause par la guerre au Moyen Orient de ces dernières semaines qui renchérit le prix du pétrole et du gaz et perturbe le commerce international, créant de fait une inflation qui se généralise aux produits de consommation, à la production industrielle, aux transports à la logistique, en un mot à l’économie en général.
Le Maroc particulièrement concerné, parce qu’il importe la quasi-totalité de ses besoins en hydrocarbures, a réagi en créant une commission dédiée à la prise en charge des différents impacts de ce choc pétrolier que l’on ne veut pas encore qualifier de tel. Le gouvernement veut ainsi épargner l’économie du pays tout en protégeant les citoyens. C’est ainsi que des décisions importantes ont été prises comme le maintien du prix de la bombonne de gaz alors que le prix du gaz a augmenté de près de 60%, la maitrise du prix de l’électricité alors que les énergies vont devenir de plus en plus chères et une aide accordée sous forme de soutien aux transporteurs de tout genre, des routiers aux taxis.
En conséquence, le budget de la compensation prévu par la loi de finance 2026 de 14 milliards de dirhams sera certainement démultiplié alors qu’il avait été maitrisé ces dernières années pour baisser le déficit budgétaire et libéraliser l’économie. D’ailleurs, l’augmentation des prix à la pompe dans un marché libéralisé, impacte en réalité tous les citoyens qui expriment d’ailleurs de plus en plus leur mécontentement.
Le Maroc se doit de soutenir le pouvoir d’achat de ses citoyens tout en soutenant l’économie afin de maintenir la croissance qui est sur un bon trend, prévue à plus à 4% en 2026 contre 3,5 en 2025 et 2,8 en 2024. Car une nouvelle crise économique mondiale risque de stopper ce cycle de croissance au Maroc.
Le communiqué du FMI du 23 mars dernier, qui confirmait la résilience de l’économie marocaine était certes encourageant pour les investisseurs et les bailleurs de fonds mais notre pays a opté volontairement pour une économie ouverte et ne peut que subir les chocs extérieurs comme le reste du monde. C’est d’ailleurs pour le protéger des chocs extérieurs que le FMI a accordé au Maroc une ligne de crédit modulable de 4,5 milliards de dollars en avril 2025 pour une durée de deux ans, en prévention des crises.
Crises auxquelles il est difficile de faire face au niveau mondial tant les répercussions sont graves. Les banques centrales dont le rôle est de protéger les économies prévoient une nouvelle période d’inflation comme celle engendrée par la crise de 2008 qui a duré 10 ans et dont le monde n’est pas encore totalement sorti. Toutes les conséquences des guerres les unes ajoutées aux autres aboutissent au retour de l’inflation, à la hausse des taux d’intérêts et donc aux difficultés de financements d’investissements et au ralentissement de l’économie. D’ailleurs, les marchés de capitaux ont concrétisé une nette augmentation des taux d’intérêts à moyen terme. D’autant qu’il ne s’agit pas avec la guerre au Moyen Orient d’une guerre des prix qui après avoir augmenté aujourd’hui peuvent baisser après. La guerre actuelle a causé des destructions massives des infrastructures de production, des installations pétrolières et gazières, en particulier les infrastructures énergétiques en Iran et dans une certaine mesure au Qatar ou en Arabie Saoudite, affectant la production et l’exportation de pétrole et de gaz naturel. La paix si elle devait intervenir demain ne permettrait pas de rétablir ces économies des pays producteurs de pétrole et de gaz, il leur faudrait un temps pour la reconstruction.
Conscients de la gravité de cette situation qui ne semble pas prête de s’arranger, nombreux sont les pays qui ont pris à leur charge l’inflation immédiate des produits énergétiques en compensant les prix pour les consommateurs, agissant à la baisse sur les taxes à la consommation et la TVA comme notre voisin l’Espagne. D’autres encore beaucoup plus touchés rationnent déjà la consommation des produits qui vont devenir de plus en plus rares.
Le Maroc pour le moment maintient les taxes en question, une source de recettes fiscales qui profitant de l’appréciation des prix du pétrole et du gaz est une manne pour le budget de l’État.
Si les risques avérés aujourd’hui sont très importants, ceux attendus sont incommensurables comme le démontre déjà l’appréciation des taux d’intérêt sur les marchés de capitaux mondiaux. Une nouvelle crise mondiale généralisée s’installe sans évoquer les transformations géopolitiques du Moyen Orient que certains dirigeants politiques de connivence comme Trump et Netanyahou veulent instaurer pour mettre cette région à leur pied et les puits de pétrole avec.
Afifa Dassouli
