Économie et Finance

Maroc, l’urgence d’une croissance forte 

le 31 juillet 2017


Chaque année, à pareille époque, La Nouvelle Tribune-www.lnt.ma publie un numéro spécial dédié à une thématique précise.

Ce « spécial Fête du Trône » n’est pas un exercice hagiographique, mais l’occasion de présenter des problématiques importantes pour notre pays, soient-elles politiques, économiques, sociales, etc.

Pour cet été 2017, cette thématique est aussi claire que fondamentale : «Maroc, l’urgence d’une croissance forte  ».

En effet, lorsqu’on cherche à comprendre et expliquer un certain nombre de situations, aux plans social et politique notamment, on se rend compte que ces deux dimensions ne peuvent s’appréhender sans leur corollaire, l’économique.

Et, quoi qu’en disent les uns et les autres, seul le développement économique est porteur de création de richesses additionnelles à même de satisfaire les revendications et les attentes populaires, garantir le progrès social, assurer la marche du Royaume vers des rivages plus prospères.

Les lacunes et insuffisances qui affectent notre pays sont connues et il n’est pas ici notre propos de les analyser.

Attention au seuil de tolérance

Mais si entre autres, l’Éducation, la Santé, le Logement en font largement partie, c’est l’Emploi qui représente, socialement parlant, l’un des problèmes majeurs du Maroc d’aujourd’hui et de demain.

Aborder la croissance économique sous le sceau de l’urgence est donc bien nécessaire pour commencer à résoudre cette angoissante question, alors que des évènements récents, à Al Hoceima notamment, prouvent amplement que les populations ont atteint le seuil de tolérance et de frustration, faute de satisfaction de leurs revendications premières, particulièrement envers les aspirations de la jeunesse, majoritairement désœuvrée et sans avenir.

Pour tous, à l’évidence, la croissance économique suppose un préalable, l’investissement productif direct ou à travers les marchés de capitaux.

Notre enquête, multiforme et multi sectorielle, sans prétendre à une exhaustivité totale, destinée à répondre à la problématique posée, nous a conduit vers des pistes bien précises et qui permettent d’identifier les points noirs, mais également de comprendre que des avancées réelles ont été enregistrées, même si le chemin sera encore long.

Premier constat, l’Etat, au-delà de toutes les critiques, reste le premier investisseur dans ce pays, directement par son Budget, ou indirectement, par ses entreprises publiques.

Ce rôle s’exprime également par le biais de nouvelles réformes, comme la régionalisation, laquelle devrait donner à chaque entité régionale, les moyens financiers d’un développement autonome et partant, de la création de richesses, source d’emplois.

Il se manifeste également grâce à l’amélioration des instruments existants, comme l’AMDI, qui désormais jouit d’une nouvelle appellation, AMDIE, regroupant en une seule agence, tous les opérateurs étatiques dédiés à la promotion du Maroc, de ses atouts, de ses opportunités.

Il se déploie enfin à travers l’externalisation à laquelle se livrent les plus grands acteurs économiques nationaux notamment, voire surtout vers l’Afrique subsaharienne.

L’État seul ne suffit pas

Cette démarche, qui répond à la vision stratégique royale, est créatrice de valeurs et de richesses, dont les bénéfices profitent directement à l’économie nationale.

Mais assurer une croissance forte, durable, pérenne, est un défi que l’Etat ne peut seul relever, comme le souligne avec pertinence le Ministre de l’Économie et des Finances dans l’entretien qu’il nous a accordé à l’occasion de ce spécial, (voir infra).

Le marché des capitaux, les institutionnels de notre pays, le secteur privé, tous ont le devoir, on devrait même dire l’obligation, de se porter sur ce champ afin d’épauler et, à terme, de se substituer à l’Etat investisseur, pour amener le Maroc en situation de décollage économique réel et durable.

Notre numéro spécial aborde donc ces nécessités et montre que des efforts ont été effectivement accomplis, notamment par les institutionnels et dans une direction précise, le partenariat public-privé.  Celui-ci se porte, dans la perspective qui nous intéresse, dans la politique industrielle du Royaume et ses diverses articulations.

Mais, comme le dit si bien un proverbe du cru, « une main seule ne saurait applaudir ».

L’exigence d’une mobilisation générale

C’est au marché des capitaux de devenir au plus vite ce réceptacle des fonds, provenant de l’épargne publique, pour exercer sa mission première, celle du financement de l’économie et notamment de son secteur industriel national parce que dernier, bien organisé, serait un fort demandeur d’emplois.

C’est au secteur privé, également, de prendre le relais en profitant des incitations que leur offrent les pouvoirs publics, des grandes infrastructures, du positionnement géographique unique du Royaume, à la croisée de l’Europe et de l’Afrique, de la stabilité et de la sécurité que nous envient bien de nos voisins. Le privé, ainsi, directement ou selon le modèle PPP, pourrait devenir un acteur de premier plan du développement économique.

Car, en vérité, les raisons d’un optimisme justifié existent et des fruits importants des démarches suivies ces dernières années, sont déjà cueillis, notamment grâce aux avancées d’un partenariat entre le secteur public et celui du privé judicieusement monté et appliqué.

L’Agence Spéciale de Tanger Méditerranée, TMSA, en est l’exemple le plus accompli avec le complexe portuaire de Tanger Med, ses différentes déclinaisons, ses zones franches, etc.

Une immersion de plusieurs jours à Tanger Med nous a permis de comprendre qu’une vision stratégique magistrale avait induit une réalisation quasiment titanesque aux effets à la fois multiplicateurs et porteurs de richesses, d’emplois, de ressources additionnelles, d’implantations industrielles majeures, etc.

Notre édition spéciale présente donc avec force détails, chiffres et commentaires, Tanger Med dans toute sa splendeur et sa réussite, parce que ce qui a été fait dans la région de Tanger-Tétouan a valeur d’exemple et de ligne conductrice pour d’autres partie du territoire national.

La création de dizaines de milliers d’emplois, l’implantation de grands noms de l’industrie mondiale, notamment automobile, les volumes exportés et la diversité des opérateurs étrangers, l’existence de réseaux et centres de formation professionnelle, mais également l’émergence de Tanger Med comme un hub portuaire de stature mondiale, voilà quelques-uns des acquis de ce complexe qui prouve que les bases d’une réelle industrialisation sont d’ores et déjà présentes.

Des atouts forts

C’est un tel schéma qui a été suivi par d’autres pays aujourd’hui considérés comme industrialisés, tels l’Indonésie, la Turquie, etc.

C’est la voie que veut emprunter le Maroc, qui possède tous les atouts pour relever ce défi.

Avec la mise en place de MASEN et la politique d’électrification par les énergies renouvelables, la puissance de la dynamique des écosystèmes, plus de quarante à l’heure actuelle dans treize secteurs d’activité, l’attrait exercé sur des investisseurs nouveaux et résolus comme les opérateurs chinois qui veulent délocaliser sur dix ans 85 millions d’emplois hors de leur pays, les conditions objectives et subjectives existent réellement pour que la croissance ne soit plus une quête aléatoire, dépendante de la climatologie et de la demande externe.

Le textile, l’aéronautique, les énergies renouvelables, la sidérurgie, l’automobile bien sûr, la chimie et la parachimie, l’industrie pharmaceutique et bien d’autres secteurs sont aptes à l’essor et au développement.

Avec le concours de l’Etat, l’instauration du PPP aux multiples expressions, la relève du secteur privé, la présence d’IDE attirés par les atouts du Maroc, la montée en puissance de la formation et de la qualification professionnelles les succès de l’externalisation des grandes et moyennes entreprises marocaines, la croissance économique sera assurée. Il n’y aura plus d’urgence, seulement la pérennité…

Fahd YATA