Économie et Finance

Le Maroc, entre fulgurances et stagnation

le 26 juillet 2019


Le Maroc, qui a connu durant la première décennie une croissance moyenne supérieure ou égale à 6%, a subi les effets retardés de la crise économique et financière mondiale survenue en 2007-2008, à partir de 2010.

Comme chaque année à pareille époque, La Nouvelle Tribune et son portail www.lnt.ma présentent une édition spéciale dédiée à une problématique spécifique.

Il s’agit dans les faits de marquer, à notre manière, la célébration de la Fête du Trône, sans verser dans l’hagiographie dithyrambique, en donnant, modestement, l’occasion à nos lecteurs de réfléchir sur les analyses, entretiens et commentaires soigneusement pensés et résultats de plusieurs semaines de travail assidu, de collecte d’informations, d’interviewes, etc.

Mais, circonstance nouvelle, l’édition spéciale coïncide avec le vingtième anniversaire de l’intronisation de SM le Roi Mohammed VI.

Il s’agissait donc de déterminer une thématique générale, fil conducteur de notre travail, qui, sans prendre l’allure d’un bilan exhaustif de deux décennies de règne, permettrait de déterminer les avancées et les lacunes sur toute cette période.

Voilà pourquoi la présente édition spéciale porte sur « Le Maroc, entre fulgurances et stagnation ».

Un pas en avant, deux pas en arrière

Car, il s’agit bien de mesurer les progrès accomplis dans divers domaines, (et ils sont indéniables) et les zones d’ombre du développement national.

En effet, c’est en examinant les composantes de la croissance économique que l’on peut avoir une vision claire et objective du parcours économique du Royaume et de ses retombées sociales.

Or, le Maroc, qui a connu durant la première décennie une croissance moyenne supérieure ou égale à 6%, a subi les effets retardés de la crise économique et financière mondiale survenue en 2007-2008, à partir de 2010.

La seconde décade du règne de SM Mohammed VI a donc été plus difficile, avec une chute de la croissance, ramenée donc à une moyenne de 4% sur cette période, du fait notamment, de la baisse drastique de la demande adressée au Maroc, essentiellement européenne.

Mais, croissance forte ou faible, alors que l’on se plaît ici et là à souligner la résilience de notre économie, force est de reconnaître que la création de richesses n’a pas été suffisante pour résorber un taux de chômage préoccupant, surtout chez les jeunes et satisfaire les attentes populaires alors que les disparités sociales se sont objectivement aggravées.

Pourtant, tout au long de cette période, des progrès notables ont été enregistrés notamment dans le champ des infrastructures de base, les équipements, alors que des success stories étaient accomplies comme les zones offshore, Tanger Med I et II, la LGV, le pari des énergies renouvelables, l’arrivée d’investisseurs étrangers importants, dans les secteurs de l’aéronautique, l’automobile, (constructeurs et équipementiers), etc.

C’est dans un tel contexte que deux réalités très fortes se sont affirmées.

D’abord, la persistance de la dépendance envers l’aléas climatique, qui, chaque année, a fait varier de plusieurs points, à la baisse ou à la hausse, les performances du PIB.

Ensuite, l’entrée en scène de phénomènes qui ont fortement affecté cette mondialisation que des pays comme le Maroc ont voulue intégrer, au prix de la conclusion de plusieurs dizaines de traités de libre-échange.

Car désormais, si la mondialisation est toujours là, ses composantes et ses acteurs ont changé, avec l’éveil de l’Asie, les menaces de guerres commerciales entre puissances majeures, (USA et Chine), mais aussi la montée des populismes, le succès des tentations protectionnistes, le repli sur soi et l’apologie des préférences nationales.

De plus, le monde est entré dans une nouvelle ère, faite de mutations technologiques prégnantes, de digitalisation aux développements nombreux, etc.

Dans ce contexte, le Maroc a connu des fulgurances, pour reprendre la formule pertinente d’un économiste averti M. Brahim Benjelloun, qui les évoque dans un entretien de haute tenue, (voir pages suivantes), mais aussi des stagnations qu’il n’a pas été difficile à identifier tout au long de cette édition.

Mais, comme on le lira dans les différents articles de ce numéro, si les conditions objectives d’une croissance pérenne et forte ont été réunies en plusieurs domaines, si l’État a rempli nombre de ses obligations, la croissance a été freinée par les défaillances du secteur privé dans l’indispensable décollage de l’investissement productif.

Nouvelles pistes

Alors que le Royaume, par la voix de son Souverain, a proclamé la nécessité d’un développement plus inclusif basé sur un nouveau modèle, le tissu entrepreneurial, tout particulièrement, et la machine économique de façon générale, n’ont pas encore pris toute la mesure de cette nouvelle donne incontournable.

Pourtant, l’État se tourne vers de nouvelles orientations, plus sociales, qu’il lui faut financer, malgré un déficit budgétaire chronique qui rend l’exercice difficile.

Alors comment inciter le secteur privé à plus de volontarisme et de dynamisme ?

Comment réussir véritablement la stratégie des écosystèmes et du partenariat entre les opérateurs nationaux et les investisseurs étrangers ?

Comment, in fine, réussir le pari difficile d’une croissance forte et pérenne, que tous appellent de leurs vœux ?

Certes, les miracles n’existent pas et personne ne dispose d’une baguette magique !

Mais, les analyses, critiques et propositions modestement recueillies dans cette édition spéciale permettront, peut-être, d’apporter quelques pistes pertinentes.

Ainsi, La Nouvelle tribune et www.lnt.ma auront apporté leur petite contribution à la recherche d’une voie durable de développement économique et social.

Fahd YATA