Marché du travail: Chômage à 10,8% malgré une dynamique fragile selon le HCP
Le Haut-Commissariat au Plan (HCP) a dévoilé les premiers résultats de sa nouvelle Enquête sur la Main-d’Œuvre (EMO 2026), qui remplace désormais l’Enquête nationale sur l’emploi (ENE). Cette nouvelle génération d’enquêtes introduit plusieurs changements méthodologiques et conceptuels majeurs, rendant les résultats non directement comparables aux séries précédentes.
Au premier trimestre 2026, la population en âge de travailler, soit les personnes âgées de 15 ans et plus, s’est établie à 27,8 millions de personnes. Parmi elles, 11,617 millions composent la main-d’œuvre, regroupant les personnes en emploi contre revenu et les chômeurs au sens strict.
Le taux de participation à la main-d’œuvre atteint ainsi 41,8% au niveau national, avec un écart important entre les hommes et les femmes. Il s’élève à 66,4% chez les hommes, contre seulement 17,5% chez les femmes. Cette faible participation féminine se confirme également dans la structure de la main-d’œuvre, où les femmes ne représentent que 21%, alors qu’elles constituent 71,2% de la population hors main-d’œuvre.
Le nombre de personnes pourvues d’un emploi contre revenu s’est établi à 10,364 millions au premier trimestre 2026. Le taux d’emploi ressort ainsi à 37,3% au niveau national, avec 60,1% chez les hommes contre 14,7% seulement chez les femmes. Les 35-44 ans affichent le taux d’emploi le plus élevé, à 52,8%, devant les 25-34 ans, à 47,6%. À l’inverse, les jeunes de 15 à 24 ans restent les moins insérés sur le marché du travail, avec un taux d’emploi limité à 16,6%.
Sur le front du chômage, le HCP fait état d’un taux de chômage strict de 10,8% au premier trimestre 2026, soit 1,253 million de personnes. Ce taux atteint 13,5% en milieu urbain contre 6,1% en milieu rural. Il demeure particulièrement élevé chez les femmes, à 16,1%, contre 9,4% chez les hommes. Les jeunes de 15 à 24 ans restent la catégorie la plus touchée, avec un taux de chômage de 29,2%, suivis des 25-34 ans, à 16,1%.
Au-delà du chômage strict, le HCP met désormais l’accent sur la sous-utilisation de la main-d’œuvre. Le taux combiné du chômage strict et du sous-emploi lié à la durée du travail atteint 16,6%. Le taux combiné du chômage strict et de la main-d’œuvre potentielle ressort à 17,1%. Quant au taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre, qui regroupe chômage strict, sous-emploi et main-d’œuvre potentielle, il s’établit à 22,5% au niveau national. Cette pression est encore plus marquée chez les jeunes de 15 à 24 ans, où elle atteint 45,3%, et chez les femmes, à 31,1%.
Par secteur, les services restent le principal pourvoyeur d’emplois contre revenu au Maroc. Ils occupent 5,085 millions de personnes, soit 49,1% de l’emploi total. L’agriculture, la sylviculture et la pêche emploient 2,541 millions de personnes, soit 24,5%, devant l’industrie avec 1,409 million de personnes et le BTP avec 1,314 million.
Sur le plan régional, six régions affichent un taux de participation à la main-d’œuvre supérieur à la moyenne nationale de 41,8%. Dakhla-Oued Ed-Dahab arrive en tête avec 63,9%, suivie de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Casablanca-Settat, Laâyoune-Sakia El Hamra, Rabat-Salé-Kénitra et Marrakech-Safi. À l’inverse, les taux les plus faibles sont observés à Drâa-Tafilalet, dans l’Oriental et à Guelmim-Oued Noun.
Les disparités régionales se retrouvent également dans le chômage. Laâyoune-Sakia El Hamra affiche le taux le plus élevé, à 20,3%, devant l’Oriental, Guelmim-Oued Noun et Fès-Meknès. Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra dépassent également la moyenne nationale, avec respectivement 12,7% et 10,9%. Les taux les plus bas sont enregistrés à Dakhla-Oued Ed-Dahab, Marrakech-Safi et Tanger-Tétouan-Al Hoceima.
Cette nouvelle enquête marque enfin une rupture importante dans la mesure du marché du travail. L’emploi est désormais limité aux activités exercées contre rémunération ou en vue d’un profit. Le chômage est mesuré au sens strict, en ne retenant que les personnes sans emploi, disponibles et en recherche active. Le HCP introduit également une approche plus large de la sous-utilisation de la main-d’œuvre, afin de mieux cerner les pressions réelles et potentielles sur le marché du travail.
Sur le plan méthodologique, l’échantillon annuel passe de 90.000 à 135.000 ménages, avec une base de sondage actualisée à partir du RGPH 2024. Le dispositif intègre également de nouvelles thématiques, notamment l’emploi informel, les difficultés d’accès au marché du travail, la formation tout au long de la vie et les différentes formes de sous-utilisation de la main-d’œuvre.
LNT
