Marché des capitaux, des produits financiers sophistiqués au service de la croissance
Une grille de mots croisés générée à partir de cet articles.
La dernière revue du Marché des Capitaux de l’AMMC, publie des indicateurs du marché des capitaux qui affichent une croissance soutenue de tous les compartiments de ce dernier ! A commencer par la bourse de Casablanca dont la capitalisation boursière s’est établie à 1 036,57 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 37,76 % par rapport à 2024. Alors que le MASI, principal indice boursier, a quant à lui progressé de 32,92%. Cette performance a été partagée par la majorité des secteurs, 20 secteurs sur 24 ayant enregistré une progression positive en 2025.
En conséquence, le marché secondaire qui traite l’offre et la demande des actions cotées, a enregistré un volume de transactions de 108,7 milliards de dirhams sur les dix premiers mois de l’année, soit près du double de celui observé en 2024.
Parmi les principaux donneurs d’ordres, les OPCVM ont vu leur actif net atteindre 790 milliards de dirhams à fin octobre 2025, en hausse de 21 % depuis le début de l’année. Les autres véhicules de placement collectif ont également progressé à fin septembre 2025, avec une hausse de 70,6 % pour les OPCC, dont l’actif net s’élève à 4,79 milliards de dirhams, 109,6 milliards pour les OPCI et 28,9 milliards pour les FPCT. Alors que sur le marché primaire, 2025 a connu deux introductions en bourse de 1,25 milliard de dirhams, cinq emprunts obligataires pour un montant global de 4,2 milliards et trois augmentations de capital de 4,7 milliards.
Entre 2024 et 2025, la bourse a ainsi affirmé son rôle dans le financement désintermédié de l’économie. Cette transition a été longtemps attendue par les acteurs économiques qui se finançaient principalement auprès des banques sous forme de dettes, dans des montants moindres à un certain coût. Cet élan de diversification des sources de financements a été d’ailleurs partagé par les autres compartiments du marché des capitaux, celui de la dette privée qui s’impose auprès de celle publique qui occupe une part importante. Ce dynamisme est bien sûr le fait de l’économie du pays, de la politique d’investissement appuyée par une charte incitative, le Fonds Mohammed VI pour l’investissement qui rapproche l’investissement privée des projets publics et intègre les petites entreprises dans ce nouveau processus en en renforçant les capitaux propres.
C’est dire que le financement désintermédié est alors installé, les banques n’occupent plus la principale place dans le financement de l’économie marocaine et le marché des capitaux prend une place de plus en plus importante avec des produits financiers de plus en plus sophistiqués. En effet, ce ne sont pas seulement les introductions en bourse qui se succèdent en milliards de dirhams, les entreprises marocaines et l’économie dans sa globalité sont irriguées d’une palette exhaustive de sources de financement de leur activité domestique mais aussi de leur croissance externe généralement en faveur de pays africains. Il s’agit d’opérations de capital à l’international orchestrées par les sociétés cotées, de fusions acquisitions ou d’augmentation de capital pour leur croissance externe, comme le montrent ces exemples récents.
Celui du Groupe BCP, qui vient de finaliser l’acquisition de 20,17% d’ABI, Atlantic Business International, portant sa participation à 100%. Il a acquis ce complément de participation d’ADP II Holding 7 LP, pour un prix de 1,88 MrdDH, confirmant son encrage en Afrique en consolidant ainsi son contrôle sur une plateforme financière panafricaine majeure.
Sachant qu’ABI se classe au 5ème rang du secteur bancaire en Afrique de l’Ouest (UMOA et Guinée), avec un encours de crédits de 38,9 MrdDH et un portefeuille de près de 885 000 clients. Le groupe ABI opère à travers 10 banques et 4 compagnies d’assurances, présentes dans 9 pays d’Afrique subsaharienne.
De même qu’Akdital, le groupe opérant dans la santé à travers des cliniques et hôpitaux multidisciplinaires, annonce deux opérations de croissance externe à l’international. La première consiste en la signature d’un mémorandum d’entente pour l’acquisition de la majorité des parts de l’hôpital Bishri, à La Mecque, en Arabie Saoudite.
L’établissement offrira dans deux ans, une capacité litière de 120 lits en cardiologie, chirurgie, réanimation et radiologie. Avec la précision qu’Akdital a déjà fait l’acquisition de l’Hôpital Al Mishari à Riyad, s’inscrivant ainsi durablement dans l’écosystème de santé régional. Il a également réalisé l’acquisition de 100 % du capital de Taoufik Hospitals Group (THG) en Tunisie, pour une valeur totale de 90 millions de dollars. Ce dernier détient 4 établissements hospitaliers privés, qui représentent une capacité litière de plus de 600 lits dont 100 lits de réanimation. Il s’agit de la première implantation du groupe en Afrique du Nord hors Maroc.
Par ailleurs le CMGP Group, leader dans les secteurs de l’irrigation, de l’énergie solaire, des agro-fournitures et des infrastructures de l’eau, déjà présent en Afrique de l’Ouest, annonce une offre d’acquisition portant sur 70% du capital de SODIPIRE SARL qui fondée en 2013, est spécialisée dans l’importation et la distribution de tracteurs et d’équipements agricoles. Le groupe CMGP centralise ses activités internationales en renforçant son positionnement sur les marchés africains.
Puis le Crédit du Maroc annonce la réalisation effective de l’opération aux termes de laquelle la banque intègre le tour de table de Nema Capital, société spécialisée dans la gestion des Organismes de Placement Collectif Immobilier (OPCI). Crédit du Maroc et Ynexis Group (anciennement Yamed Group) détiennent désormais chacun 50 % du capital de Nema Capital. Il s’agit d’un acteur clé de l’immobilier marocain avec une expertise dans la promotion immobilière et la société de gestion d’actifs. Nema Capital OPCI, étant indépendante et faisant partie du groupe Ynexis, s’appuiera sur les expertises de ses deux actionnaires pour renforcer sa position sur le marché des OPCI et poursuivre le déploiement de sa stratégie de développement. Crédit du Maroc renforce son positionnement dans les métiers de la banque d’investissement, et vient enrichir son offre actuelle articulée autour des activités de marché, de l’intermédiation boursière, des OPCVM, des Securities Services et du Conseil.
Dans le secteur bancaire, une éventuelle cession de la participation de BNP Paribas, actionnaire majoritaire dans la BMCI, a été confirmé par la banque dans un communiqué. Il s’agit de discussions exclusives avec le groupe Holmarcom, partenaire et actionnaire de la BMCI depuis 30 ans. Une telle opération ferait que le groupe Holmarcom serait à la tête de deux banques considérées comme relativement petites par rapport aux principales banques commerciales du pays que sont la BCP, AWB et BOA. Et que peut être pourrait-il les fusionner pour créer une banque commerciale de taille plus importante, sachant que BNP Paribas a également informé la BMCI de sa volonté de poursuivre les activités de banque d’investissement de son bureau régional au Maroc.
Quant au Groupe CTM, via sa filiale Issal Tanger, il a été désigné nouvel opérateur du transport urbain à Tanger. De ce fait, la Compagnie de Transports au Maroc (CTM) annonce l’attribution, du contrat de gestion déléguée du service public de transport au profit du groupement CTM/Transdev, par le Conseil de l’Établissement de Coopération Intercommunale Al Boughaz (ECI Al Boughaz). La gestion opérationnelle sera assurée par Issal Tanger, filiale de CTM, qui exploitera l’ensemble du réseau de transport urbain et périurbain de la ville de Tanger, incluant également le service BHNS, et ce pour une durée de 10 ans. Dès le démarrage, Issal Tanger déploiera des autobus neufs couvrant toutes les lignes urbaines et périurbaines, garantissant ainsi la continuité et la montée en qualité du service public, conformément aux engagements pris avec l’autorité délégante. Cette attribution s’inscrit pleinement dans la stratégie de développement du Groupe CTM visant à renforcer sa position d’acteur de référence dans la mobilité urbaine au Maroc et à accompagner les collectivités locales dans la modernisation de leurs services de transport. Concrétisant sa croissance externe, le Groupe CTM pilote aujourd’hui 3 filiales opérationnelles dédiées au transport urbain, Issal Madina (Tétouan), Issal Fès et désormais Issal Tanger.
Un autre groupe, celui de Managem annonce la conclusion d’un nouvel accord portant sur la cession, au profit de Norin Mining, d’un bloc additionnel d’actions représentant 45% du capital de la JV détenant indirectement le projet aurifère de Gabgaba–Bloc 15, en République du Soudan, pour un montant de 420 millions de dollars américains. À l’issue du closing de l’opération, Norin Mining détiendra 80% du capital de la JV, tandis que Managem conservera 20% du capital… Cet accord avec Norin Mining constitue une étape stratégique majeure dans le développement du projet d’or de Gabgaba – Bloc 15. Sa finalisation établira un cadre propice à la mobilisation du financement bancaire nécessaire à la construction du projet WG03, la prochaine phase industrielle du développement de Gabgaba destinée à accroître les capacités de production de 120 000 oz supplémentaires d’or par an et à optimiser la valorisation du gisement. Cette évolution dans le partenariat donnera une nouvelle dimension au projet aurifère au Soudan, en mobilisant des moyens financiers et techniques supplémentaires. Elle renforcera la viabilité à long terme du projet, contribuera de manière durable au développement économique du pays, et générera des retombées positives et mesurables pour les communautés locales ainsi que pour l’ensemble des parties prenantes.
Dans cette même vaque d’opérations de capital réalisées par les sociétés cotées pour leur croissance externe au Maroc et en Afrique, la Société des Boissons du Maroc (SBM) annonce la signature d’un contrat de souscription d’actions avec la société Africa Retail Market (ARM), distributeur exclusif au Maroc des produits des enseignes Hyper U, Super U et U Express, qu’elle exploite à travers un réseau de huit magasins. Dans le cadre de cette opération, SBM s’est engagée à souscrire un montant de 50 millions de dirhams, correspondant à 33,33 % du capital social d’Africa Retail Market, à l’occasion d’une augmentation de capital qui lui sera réservée. Cette opération s’inscrit dans la continuité du partenariat historique entre les deux sociétés. Elle permettra à SBM de faire son retour au capital de ARM et de renforcer leur coopération stratégique en vue de développer leurs activités respectives.
Si ces opérations montrent le dynamisme du marché des capitaux, l’AMMC est investie dans d’autres réformes pour d’autres produits de financement par des réformes profondes notamment le projet d’encadrement des crypto-actifs en collaboration avec le Groupe de Travail National sur les Crypto-actifs (GTNCA). Ces travaux s’inscrivent dans la mise en cohérence du cadre normatif, dont le Règlement Général de l’AMMC constitue une étape clé pour un environnement plus clair et réactif.
Aussi, elle poursuit le déploiement du marché à terme, avec l’adoption des textes nécessaires à la mise en place de nouveaux instruments financiers. Ces avancées complètent l’évolution du cadre des OPCVM, visant l’élargissement de l’univers d’investissement et l’introduction des OPCVM à RFA et des ETF qui connaissent un grand succès sur les marchés financiers occidentaux.
En définitive, par leur croissance externe, les sociétés cotées permettent au marché des capitaux marocain de prendre une taille et une place importante dans le financement de l’économie marocaine, mais lui donnent également une dimension internationale opérant ainsi le positionnement du Maroc en Afrique.
Afifa Dassouli
