Économie et Finance

M. Réda Chami, Directeur général de King Pélagique Group : Nous valorisons 100% du poisson capturé par nos chalutiers

le 31 juillet 2018


Au sein de la zone industrielle de Dakhla, où s’activent plus de 87 entreprises dédiées à la pêche et aux produits de la mer, l’une d’entre elles apparaît comme la plus emblématique. Il s’agit de King Pélagique Group qui est incontestablement la plus grande, la plus moderne et la plus intégrée de ces « usines à poissons ».
King Pélagique Group, de M. Mohamed Zebdi, est exemplaire à plus d’un titre, certifiée plusieurs fois par les centres les plus exigeants d’Europe et d’Amérique, dotée d’une politique RSE généreuse et responsable, soucieuse de la préservation de l’environnement, créatrice de richesses et d’emplois.
Son jeune Directeur général, M. Réda Chami, répond ci-après aux questions de La Nouvelle Tribune.

 

La Nouvelle Tribune :
Que représente la région de Dakhla-Oued Eddahab en termes de potentialités ?
Réda Chami :

Le premier constat que je veux faire concerne la population de Dakhla qui a doublé depuis la date de mon arrivée, en 2006 à ce jour. Il y a douze ans, Dakhla-Oued Eddahab comptait 80 000 habitants et aujourd’hui, on parle de 156 000 habitants, ce qui reflète effectivement le dynamisme de la région et l’existence de belles opportunités, à la fois pour les investissements, mais aussi pour l’emploi. Et comme vous pouvez le constater par vous-mêmes, on ne rencontre pas de mendiants à Dakhla !

 

Parlez-nous de votre activité principale.

Pour ce qui est de la pêche, le quota des captures de cette année a été ramené à 850 000 tonnes, dans le souci de préserver les stocks et de permettre leur reproduction et sur cette quotité globale, Dakhla représente au moins 78 % des débarquements.
Notre région accueille la plus grosse partie de la biomasse nationale grâce à un phénomène qui concerne quatre zones de par le monde, celui de la remontée d’eaux froides, « upwelling » en anglais, qui favorise la création du phytoplancton, lequel est fortement recherché par les espèces pélagiques, (sardines, maquereaux, etc.).
Aujourd’hui, le phénomène d’upwelling concerne le Sahara marocain, les eaux du Pérou, certaines zones maritimes au Japon et les eaux californiennes.
Comme énoncé précédemment, les débarquements de poissons sont très importants, mais à Dakhla, les opérateurs privés se préoccupent également de valoriser le poisson pêché.
Notre société, King Pélagique, a démarré ses activités en 2005 avec 150 employés. Aujourd’hui, 12 années plus tard, nous en sommes à 1560 employés, sans que la quantité débarquée n’augmente, et elle a même diminué.
Cette croissance du personnel s’explique par la mise en route de process de valorisation.
Auparavant, nous vendions de la sardine congelée, entière, qui partait à l’export avec un minimum de conditionnement.
Aujourd’hui, la sardine est déchargée, calibrée et selon sa qualité et sa taille, elle est soit congelée, soit mise en conserve, soit traitée en filets, single ou papillon.
Nous faisons également du surimi de base, pour les poissons dont l’aspect est dégradé.
Nos captures se répartissent donc en 30% de congélation, 30% de conserves, 30% entre le surimi et les plats élaborés que nous commercialisons un peu partout sur le territoire national dans les enseignes comme Acima, Carrefour, notamment sous la marque La Marinière.

 

Lorsqu’on parle de la pêche, on évoque souvent la « Zone C ». A quoi correspond-elle ?
Il existe trois zones de pêche pour les eaux marocaines.
La Zone A, entre Tanger et Agadir, la zone B, qui va jusqu’à Tan Tan et au-delà se trouve la Zone C, laquelle est la plus poissonneuse au monde !

 

Quel est le nombre des opérateurs qui, à Dakhla, se partagent les 78 % des captures de poissons ?
Comme énoncé précédemment, les espèces pélagiques sont les plus importantes à Dakhla et nous avons trois chalutiers, des RSW, (Refrigirated Sea Water), équipés de compresseurs. Durant le chalutage et le pompage, le poisson est directement injecté dans des cuves à -2° de température. Avec un taux de salinité de 36 ppm, il n’est pas congelé et malgré le choc thermique, son système immunitaire n’est pas détérioré, ce qui maintient sa fraîcheur à 100%.
Sur le port de Dakhla, il y a actuellement 24 chalutiers de ce type et 73 autres qui pratiquent la pêche côtière. Mais ceux-là ne sortent en mer qu’en cas de beau temps.
Pour les RSW, il y a des conditions de pêche qui sont draconiennes et le chalutier doit respecter absolument la profondeur pélagique, c’est-à-dire entre 30 et 60 mètres de profondeur, sans jamais toucher le fond.
Le ministère de la pêche maritime a imposé des indicateurs très précis et ce qui s’appelle la «fausse pêche», c’est-à-dire les espèces non pélagiques, ne doit pas dépasser 2% des captures totales.
Et si par malheur vous ramenez une dorade ou une corbine, alors cela signifie que vous avez raclé le fond et pêché des espèces qui en général fréquentent les endroits pourvus de caches, de rochers, etc.
Et vous êtes dans ce cas fortement pénalisé d’une amende minimale de 150 000 dirhams, voire plus !

Parmi les opérateurs installés ici, y a-t-il des étrangers ?
Oui, il y a des Russes, des Norvégiens. Ils possèdent leurs propres bateaux, mais qui battent pavillon marocain puisqu’ils sont enregistrés comme des sociétés de droit national.
Cela ne fait donc pas partie des quotas déterminés par l’accord de pêche maroco-russe, qui concerne exclusivement les prises en mer et sans valorisation au sol.
En effet, comme vous le savez, Il y a un accord entre le Maroc et la Fédération de Russie aux termes duquel les navires russes sont autorisés à pêcher 100 000 tonnes de poissons qu’ils congèlent à bord même sous le contrôle des inspecteurs marocains du Ministère de la Pêche.

En ce qui concerne votre unité, êtes-vous totalement intégrés ?
Oui, effectivement, parce que notre propos est de valoriser 100% du poisson capturé par nos trois chalutiers qui sont parmi les plus modernes sur le marché.
Ils bénéficient d’une mise à niveau annuelle et des équipements les plus récents et les plus sophistiqués.
Par exemple, aujourd’hui, il nous est possible d’analyser le comportement de l’animal sur une superficie de 5kilomètres carrés et de déterminer s’il s’agit de sardines ou de maquereaux. C’est ainsi que nous pouvons optimiser nos pêches.
Nous pouvons également, grâce à du matériel High Tech acquis aux États-Unis et que nous sommes les seuls à posséder actuellement, déterminer à l’avance si le banc de poissons qui nous intéresse contient un nombre important d’espèces juvéniles, interdites à la pêche. Dans ce cas, nous renonçons à la capture pour nous conformer à la réglementation du ministère de tutelle, sachant que le quota total national de capture a été ramené de
1 2500 000 tonnes à 850 000 tonnes, une baisse de 15 % destinée à assurer la préservation de l’espèce.

Quelle est la part de votre production qui va à l’export ?
Pour le congelé, nous exportons une moyenne de 33% du total des captures après valorisation, principalement en Europe et en Afrique du Sud.
Pour la conserve, nous exportons plus de 36% vers l’Afrique subsaharienne et le reste vers l’Europe et le Moyen-Orient.
Comme vous savez, il y a aujourd’hui à Dakhla 87 unités de congélation et hormis notre conserverie, la seule actuellement, six autres sont en construction.
D’autre part, une grande part des captures est acheminée vers d’autres conserveries situées plus au nord du Royaume, Tan Tan, Agadir, etc.

Êtes-vous aux normes en ce qui concerne les règlements afférents au respect de l’environnement et des principes de l’écologie ?
Nous avons à l’emploi un procédé de traitements des eaux et donc, c’est du recyclage propre par osmose, tandis que notre matière première, fort heureusement, est biodégradable.
Et, en ce qui concerne les déchets, qui étaient envoyés pour traitement à Laâyoune, nous sommes sur le point de mettre en marche une unité de transformation de farine de poisson et de production d’huile Omega 3 qui entrera en service dans les quinze jours à venir.
Quant à l’énergie, nous travaillons pour l’instant avec nos groupes électrogènes, mais nous avons obtenu l’autorisation récemment d’un raccordement au réseau électrique de Dakhla. De plus, nous sommes en contacts avancés avec un groupe européen pour l’utilisation de l’énergie éolienne, ce qui est le plus normal dans une région aussi venteuse que Dakhla.
Cela ferait de notre unité, le premier projet intégré à 100%.
Actuellement nous avons quatre unités de production qui travaillent 24 h sur 24.
Il y a l’usine de conserves, celle dédiée à la congélation, la troisième pour le surimi et la quatrième pour les plats élaborés. Viendront dans les semaines prochaines l’usine pour la farine de poisson et l’huile Oméga.

Quelle sont l’origine et le genre de vos salariés ?
Nos effectifs sont à 85 % féminins, dont 79% viennent d’autres régions que celle d’Oued Eddahab. Mais nous sommes dans des emplois fixes et non à la tâche, ce qui nous oblige d’assurer nos approvisionnements en poisson chaque jour.

Et sur le plan social et RSE, avez-vous une politique dédiée à ces questions avec vos 1560 employés majoritairement des femmes ?
Nous disposons aujourd’hui de huit immeubles loués par notre société qui comptent 57 appartements où sont logées gratuitement nombre de nos salariées.
La cantine est gratuite pour tous les employés et nous organisons, pour souder nos équipes, une excursion chaque quinzaine dans un lieux récréatif, avec pique-nique, chants, rires et bonne humeur.
Nos salariés bénéficient de primes individuelles sur la productivité et ceux qui sont encore au SMIG ont droit quotidiennement à un panier constitué de cinq kilos à sept kilos de fausse pêche ou poisson pélagique par personne, qui sont destinés soit à la revente, soit à l’alimentation personnelle du salarié.
Cela constitue un apport conséquent à leur salaire parce qu’un panier de cinq kilos de poissons d’espèces nobles peut rapporter entre 40 à 200 Dhs, selon la période de la vente et l’espèce, soit du poisson pélagique soit celui issu de la fausse pêche
In fine, avec cet avantage, le salaire d’un «smicard» dépasse en réalité les 6 000 dirhams nets mensuels, en incluant bien sûr l’hébergement, la nourriture et le transport.
Et bien évidemment, nous avons une politique spécifique pour l’Aïd El Adha, qui est généreuse et spécifiquement dédiée aux femmes qui travaillent avec nous afin qu’elles célèbrent cette grande fête dans les meilleures conditions.
La même démarche vaut pour le mois sacré de Ramadan, et nous avons des cours d’alphabétisation, de formation en informatique, etc., destinés à ceux et celles qui en font la demande.

Entretien réalisé par
A.D

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