Économie et Finance

M. Othmane Senoussi, Gérant d’activités hôtelières : En quelques années, Dakhla est devenue une destination de choix pour le kitesurf

le 31 juillet 2018


Les frères Senoussi, Othmane et Driss, sont légitimement considérés comme les pionniers et les découvreurs du spot de Dakhla, connu désormais dans le monde entier pour la pratique des sports de glisse.
Visionnaires et passionnés, ils ont entrepris, dès 2006, d’ériger progressivement plusieurs unités hôtelières où leurs clients s’adonnent majoritairement au kitesurf. Aujourd’hui, les frères Senoussi gèrent une capacité hôtelière de 400 lits à Dakhla !
C’est donc avec quelqu’un qui sait parfaitement de quoi il parle que cet entretien a été réalisé. La parole est donc à M. Othmane Senoussi.

 

La Nouvelle Tribune :
M. Senoussi, vous gérez quatre unités hôtelières concentrées à Dakhla, pourquoi ce choix ? Pouvez-vous partager avec nos lecteurs les raisons de votre implantation dans cette ville ?
M. Othmane Senoussi : Nous avons découvert cet endroit, il y a 11 ans, et avons décidé de nous impliquer dans l’activité du kitesurf.
Seules 3 ou 4 tentes y étaient installées à même la dune et un petit camp embryonnaire de kitesurf.
Nous avons eu une attirance immédiate pour cette magnifique lagune dont les conditions sont idéales pour le développement des sports de glisse, grâce, notamment, au vent.
Nous avons donc entrepris depuis d’y développer l’activité hôtelière et de participer à faire de cette région un spot de kitesurf de premier ordre.

Vous êtes partis de zéro, mais aussi dans une région qui commence à peine à se construire. Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?
En effet, nous avons eu beaucoup de difficultés à construire du fait de l’accès difficile et excentré. Mais aussi parce qu’à Dakhla, les matériaux et la main d’œuvre de construction manquaient. Le lieu n’était même pas viabilisé. L’investissement a porté sur une première tranche de Dakhla Attitude qui comportait une quarantaine de bungalows, le «Dragon Camp».
Le concept utilisé a tout suite été écologique avec une utilisation de bois et de matériaux légers et surtout le minimum de béton possible pour se fondre complètement dans la nature. En 2006, date du lancement de notre premier projet, il n’y avait aucun autre opérateur dans cette activité à Dakhla.

A quel rythme, avez-vous continué à créer d’autres unités et pour quels montant d’investissements ?
Globalement, les investissements ont été conséquents, tant au niveau de la construction des logements que de la base nautique, des équipements, de la restauration, des stations de traitement des eaux usées ainsi que des panneaux solaires.
Deux ou trois ans après le démarrage de Dakhla Attitude, nous avons pris contact avec les instances internationales de kitesurf pour proposer la candidature de Dakhla Attitude pour l’organisation d’un championnat du monde.
Nous avons fait tous les efforts nécessaires au niveau des équipements et de l’organisation pour nous conformer au cahier des charges imposé afin d’accueillir une compétition de ce standing. Cela a magnifiquement bien marché, à la grande satisfaction des organisateurs.
Et donc, pour répondre à la demande induite par cet événement, nous avons pratiquement doublé la capacité de l’hôtel avec la nouvelle grappe de bungalows appelée «Wind Hunter».
Aujourd’hui, la capacité de l’hôtel dépasse les 200 lits.
Dakhla Attitude dispose d’un restaurant, d’un bar, d’un spa et d’une base nautique avec des équipements très performants et une équipe d’instructeurs agréés par les instances internationales de kitesurf.

Votre clientèle est–elle surtout faite de sportifs ?
Oui, au début, mais depuis, nous avons également pensé à une clientèle haut de gamme qui venait de plus en plus à Dakhla et qui avait plus d’exigences.
Pour la satisfaire, nous avons installé des bungalows VIP dotés de tout le confort, faits de très beaux matériaux et disposant de vues magnifiques. Ce qui nous a conduit à avoir deux gammes de prix. Le prix du bungalow standard pour les sportifs, à environ 800,00 dhs/jour en pension complète et le bungalow VIP à 2000,00 dhs/jour.

 

Sur le plan commercial, comment faites-vous pour garantir un bon taux d’occupation de vos unités ? Êtes-vous en deal avec des partenaires et des tour-opérateurs étrangers ?
Dès le départ, nous avons cherché à travailler avec des TO spécialisés en sports de glisse en Europe. Ils sont nos partenaires et nous avons beaucoup œuvré en commun dès le départ pour lancer la destination.
Le championnat du monde de kitesurf est venu donner une nouvelle dimension sur le plan marketing.
Parallèlement, petit à petit, nous avons également développé la clientèle en direct, qui, depuis, a beaucoup progressé.
Nos taux d’occupation sont raisonnables pour l’industrie mais restent néanmoins tributaires de la desserte aérienne.
Nos clients viennent de partout, France, Belgique, Espagne, Italie. Les ressortissants d’Europe du Nord commencent à venir de plus en plus, y compris une clientèle Russe.

 

Racontez-nous votre montée en puissance.
Dakhla Attitude, avec sa capacité d’accueil de 200 lits, représente une unité relativement importante en comparaison avec d’autres unités à l’international.
En effet, la taille moyenne d’un hôtel ou d’un camp de kitesurf en Europe, Amérique latine ou Afrique, est de quinze à vingt bungalows au maximum.
West Point, quant à elle, est une unité qui se trouve sur la côte atlantique, à la sortie de Dakhla. Elle a ouvert il y a une année et demie seulement, dédiée au kitesurf et au surf dans les vagues avec une capacité d’environ 100 lits.
La clientèle est différente. Les statistiques de West Point indiquent que ce projet attire les « kiters » de haut niveau, mais aussi les locaux et nationaux qui ne sont pas nécessairement dans les sports de glisse mais recherchent plutôt calme et détente.
West Point est différent en ce sens qu’il propose un habitat en front de mer dans des bungalows, dans le style de Bali mais avec une touche de couleur locale et cible une clientèle de surf et de kitesurf sur les vagues.
Mais cela n’empêche nullement ces adeptes-là de se rendre à Dakhla Attitude ou au PK 25, pour du kitesurf dans la lagune.

Justement, qu’est-ce que le « PK 25 » ?
C’est un nouvel établissement hôtelier, d’une capacité d’une centaine de lits. Il a ouvert ses portes, il y a quelques semaines.
Ainsi, la capacité globale des unités représente environ 400 lits. Mais, en tant qu’opérateur, outre cet aspect capacitaire, c’est l’environnement qui est au centre de nos préoccupations.
Tous les projets sont dotés de stations de traitement des eaux, le solaire pour l’alimentation en eau chaude ainsi que l’éclairage au led.
West Point et PK 25 ont été construits avec des sacs de sable dans des structures de bois, idéal pour maintenir les températures ambiantes en climat chaud ou plus tempéré et surtout totalement «Ecofriendly» !
Cette dimension écoresponsable est prépondérante dans tous nos projets.
Nous traitons nos eaux, consommons le moins d’énergie possible, les arrosages se font avec l’eau recyclée et nous offrons une végétation luxuriante dans un cadre global désertique…
Cette préoccupation de préservation de l’environnement est d’ailleurs très appréciée de nos clients et des TO qui sont aujourd’hui très sensibles aux questions écologiques et de préservation de la Nature.

 

En tant qu’opérateur touristique, que pensez-vous de la desserte aérienne ?

La desserte aérienne de Dakhla a besoin d’être améliorée pour permettre le développement du kitesurf.
En effet, les opérateurs se sont mobilisés ainsi que l’ONMT et l’Agence de Développement du Sud pour améliorer la fréquence des vols.
Il faut savoir qu’à l’origine, Dakhla bénéficiait de seulement deux vols hebdomadaires, ce qui était très insuffisant.
La première évolution positive s’est matérialisée par la mise en place d’un vol quotidien avec Casablanca.
Au début, les horaires n’étaient pas commodes pour les passagers en transit vers ou de l’Europe, leur imposant de passer une nuit à Casablanca, tant à l’aller qu’au retour.
Dans une seconde étape, des horaires plus appropriés, dans la soirée pour Casablanca-Dakhla et très tôt le matin pour Dakhla-Casablanca, ont été adoptés, permettant ainsi des connections rapides vers les destinations internationales de Royal Air Maroc.
Ces aménagements positifs de la RAM, ne suffisent toujours pas à répondre aux besoins du fait que la destination s’est fait connaître et attire de plus en plus de visiteurs, sportifs ou simples touristes.
C’est pourquoi RAM va augmenter ses fréquences, avec quatre vols, deux à partir de Casablanca et deux à partir de Marrakech.
Par ailleurs, la compagnie low cost d’Air France, Transavia a mis en place un vol direct, Paris-Dakhla, à un prix très compétitif et cette liaison a fonctionné tout l’hiver dernier, elle reprendra à la fin de l’été.
Air Arabia vient d’annoncer qu’elle allait lancer prochainement deux vols Casablanca-Dakhla et deux vols Casablanca-Marrakech-Dakhla.
Ce qui améliorerait la desserte Casa Dakhla puisque quatorze vols hebdomadaires seront assurés dès l’automne prochain.

Entretien réalisé
par Afifa Dassouli

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