Libre Tribune : Marchés publics, marchés privés, deux logiques distinctes, une exigence partagée

Par LNT
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Par Soufiane Khamal, CEO Fondateur de marcheprive.ma

La commande publique marocaine dispose, depuis plusieurs années, d’un cadre digital structuré. Les marchés privés, par nature libres, n’ont jamais relevé d’une telle logique. Mais à mesure que les volumes en préparation montent, ils font face à une exigence comparable de lisibilité, de comparabilité et de traçabilité. C’est cette exigence, et non une convergence réglementaire, qui devient le sujet.

Il y a une logique économique simple derrière la transformation actuelle du BTP marocain. À chaque seuil de volume, les marchés ressentent la nécessité de cadres qui leur permettent de tenir cette nouvelle échelle. Le marché public a franchi ce seuil il y a plusieurs années, avec la mise en place progressive d’un cadre digital traçable, accessible aux entreprises et auditable par les corps de contrôle. Cette transformation s’est faite par voie réglementaire, ce qui correspondait à la nature même de la commande publique.

Les marchés privés, eux, ne relèvent pas de cette logique. Ils restent libres, contractuels, volontaires. Aucune obligation ne pèse sur la manière dont un promoteur, une entreprise générale ou une foncière organise ses consultations. Cette liberté est précieuse et n’a pas vocation à être réduite. Mais liberté n’est pas absence de cadre. C’est la distinction qui devient sensible aujourd’hui.

À mesure que les projets privés changent d’échelle, la consultation devient un moment stratégique. Elle ne sert plus seulement à recevoir des prix. Elle doit permettre de révéler le marché disponible, d’activer un panel qualifié, de produire des offres comparables et de documenter la décision. Cette nouvelle nature de la consultation appelle une réponse qui ne peut pas venir de la voie réglementaire. Elle doit venir d’une adoption volontaire par les acteurs eux-mêmes.

Lorsqu’un groupe privé engage simultanément plusieurs projets structurants — un hôtel, un programme résidentiel, un équipement, une opération de réhabilitation — les volumes consultés montent rapidement. La direction achats du groupe se retrouve à gérer, en parallèle, des dizaines de consultations dont les formats, les périmètres et les bases de comparaison ne sont pas homogènes. Les pratiques actuelles ont longtemps fonctionné parce qu’elles étaient adaptées à une certaine échelle. Ce qui change, ce n’est pas leur légitimité. C’est le volume, la vitesse et la complexité.

C’est sur ce constat que se construisent, en marge du marché public, des infrastructures privées dont la vocation n’est pas réglementaire mais opérationnelle. Elles ne dictent pas. Elles proposent un cadre adoptable, dans lequel les donneurs d’ordre qui le souhaitent peuvent capter un marché plus large, activer leur panel, comparer les offres reçues et conserver une trace exploitable de leurs arbitrages.

Le parallèle avec marchespublics.gov.ma doit ici être posé sans confusion. La commande publique a déjà son cadre digital, qui relève d’une logique réglementaire. La commande privée, elle, ne sera jamais structurée par cette voie. Elle le sera, si elle l’est, par adoption volontaire — c’est-à-dire parce que les donneurs d’ordre eux-mêmes auront identifié, à un moment donné, qu’un cadre commun servait leurs intérêts mieux qu’une approche dispersée. Ce type de cadre ne s’impose pas par décret. Il s’adopte lorsqu’il démontre, sur des consultations réelles, qu’il améliore la portée marché, la qualité des réponses et la lisibilité des arbitrages.

Dans cette logique d’adoption volontaire, marchesprives.ma illustre l’un des cadres privés adoptables actuellement structurés au Maroc. L’initiative, labellisée Jeune Entreprise Innovante, porte une logique explicite : structurer les consultations privées du BTP afin d’aider les donneurs d’ordre à capter un marché plus large, activer le bon panel, recevoir des offres exploitables, comparer sans retraitement et documenter leurs décisions d’attribution. Aucune ambition réglementaire. Aucune captation. Un cadre volontaire, marocain, adoptable.

Interrogé sur le caractère volontaire de cette démarche, son fondateur Soufiane Khamal résume : « Le marché privé ne sera pas structuré par décret. Il le sera, s’il l’est, par les acteurs qui l’occupent. »

Ce qui se dessine en filigrane est une décennie marocaine particulière pour la commande, publique comme privée. La commande publique a structuré son cadre. Les marchés privés commencent à chercher le leur. Le résultat ne sera pas une convergence, les deux mondes resteront distincts, mais un alignement progressif sur une exigence partagée : décider mieux, tracer mieux, comparer mieux.

 

 

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