Libre Tribune : Crise migratoire à Sebta – Réflexions médiatiques

Par LNT
Capture d’écran 2026-07-31 101129

Par Mohamed Douyeb

 

Un événement d’une ampleur inédite. Au-delà de sa dimension humanitaire et de ses répercussions géopolitiques, il mérite d’être analysé sous l’angle de son traitement médiatique.

Sous le choc, nous avons tous suivi, en direct sur nos smartphones, ces images de dizaines de milliers d’enfants, de jeunes, de pères et de mères de famille traversant à la nage la frontière entre la ville de Fnideq et l’enclave de Sebta. Tout le monde ou presque s’est lâché sur les réseaux. Chacun y a va de son commentaire.

L’incompréhension, la tristesse et l’indignation dominent, avant de chercher à comprendre les tenants et les aboutissants de cette ruée migratoire spectaculaire. Les premières pertes humaines annoncées ne font qu’exacerber la tension et renforcent les pressions exercées sur les autorités.

Inédit à plus d’un titre, cet événement bat tous les records d’attention médiatique, tant au Maroc qu’à l’international. Il intervient dans un contexte particulier, marqué par les célébrations de la Fête du Trône. Aux premières heures de cette vague migratoire massive, le jeudi 31 juillet 2026, les premiers récits sont diffusés essentiellement sur les réseaux sociaux. Il a fallu attendre les reportages de certains médias, présents sur le terrain, pour commencer à saisir toute l’ampleur du chaos. À Sebta, les premières images de l’arrivée des migrants sont signées par la chaîne locale Faro TV. A retenir cette séquence, devenue virale, de la jeune Farah qui, face à la caméra, affiche un large sourire et fait signe de victoire, en franchissant le sol de l’enclave.

Pas de communication officielle à chaud !

Au-delà de sa dimension humanitaire et de ses répercussions géopolitiques, un tel événement mérite d’être analysé sous l’angle de son traitement médiatique. Du côté espagnol, il fait la Une des journaux, des radios et des télés à travers un traitement marqué par un parti-pris critique, voire agressif, à l’égard du Maroc. En quête de réactions, des médias européens se sont tournés vers des journalistes marocains pour commenter les événements.

Pendant ce temps, pas prise de parole publique marocaine, aucun briefing, même en off, aussi bien dans les médias internationaux que nationaux. On le sait, dans la gestion de crise, le silence est un choix de communication. Il répond à une logique, présente des avantages mais aussi des limites.

Jusqu’où est-il justifiable et tenable ? Face au flot des images et des commentaires, un mode opératoire semble néanmoins se dessiner : laisser la principale partie prenante -nos partenaires- mettre en avant le rôle capital du Maroc dans la gestion de cette crise. Le gouvernement espagnol, tout comme la Commission européenne, ayant salué publiquement l’engagement et les actions menées par le royaume.

Pas de parole officielle, pas de traitement médiatique public ?!

Si la couverture médiatique de ces événements est rapidement devenue un sujet de débat sur les réseaux sociaux marocains, tous les regards se sont naturellement tournés vers les médias audiovisuels publics. Pas la moindre allusion à Sebta ! Un silence assourdissant, difficilement défendable, même en l’absence d’une communication officielle. Comment expliquer une telle déconnexion par rapport au principal événement qui secoue le pays ? En tout cas, les effets sont terribles pour un pôle audiovisuel sensé rendre un service public, comme l’exige son cahier des charges.

Heureusement, des médias privés se sont rendus sur les lieux de la tragédie et font preuve de professionnalisme. Ils posent des questions pertinentes, recueillent des témoignages clés, captent des clichés exceptionnels et produisent des reportages de qualité. Leur travail mérite d’être salué, et ce malgré des conditions difficiles notamment l’accès à une information de première main, comme on dit dans le jargon journalistique.

Une première réaction officielle… très commentée

Très attendue, la première réaction officielle est finalement tombée dans la soirée de dimanche, soit quatre jours après la ruée migratoire. Un communiqué de l’Intérieur lu par le porte-parole du ministère devant les caméras des chaînes publiques. Le communiqué est rapidement repris par l’ensemble des médias, y compris ceux qui, jusque-là, n’avaient pas encore traité l’événement. Deux éléments à retenir : le recadrage des chiffres avancés depuis le début de la crise et une présentation des facteurs censés expliquer ces événements. Un élément occupe une place centrale dans le communiqué à savoir les récentes décisions de la justice espagnole limitant le renvoi des candidats à l’émigration clandestine interceptés en mer.

Sur les réseaux sociaux, journalistes, analystes et commentateurs se sont rapidement emparés de cette première communication officielle. Beaucoup ont souligné son caractère essentiellement technique, voire administratif, estimant qu’elle ne répondait pas pleinement à la dimension politique d’une crise du ministère d’une telle ampleur.

 

Les articles Premium et les archives LNT en accès illimité
 et sans publicité