Le logo du Fonds monétaire international au siège de l'organisation, le 11 avril 2019 à Washington © AFP/Archives MANDEL NGAN

Économie et Finance

Libre Tribune : À propos de la ligne de précaution et de liquidité (LPL)

le 25 novembre 2019


Le FMI a rendu public en octobre dernier, le rapport de la première mission de revue du programme retenu dans le cadre de l’accord au titre de la ligne de précaution et de liquidité approuvé par le Conseil d’administration du FMI en faveur du Maroc le 17 décembre 2018, pour un montant équivalent à 2,97 milliards de dollars sur deux ans. Cet accord est le quatrième du genre bénéficiant au Maroc depuis 2012.

Il convient de rappeler, à cet égard, que la ligne de crédit modulaire (LCM) et la ligne de précaution et de liquidité (LPL), ont été mises en place par le FMI, respectivement en 2009 et 2011, dans le cadre de la refonte de la panoplie de ses instruments de prêts, pour, selon ses autorités, mieux l’adapter aux besoins des pays en accordant une plus large place à la prévention des crises.

La ligne de crédit modulaire (LCM) s’adresse aux pays qui présentent, selon le FMI, une politique et des antécédents économiques très solides, elle leur assure un accès important et immédiat à ses ressources, principalement à titre d’assurance pour prévenir les crises.

Aucune condition de politique économique n’est imposée aux pays admis à en bénéficier. À fin 2019, seuls trois pays ont fait appel à la LCM, bien qu’aucun d’entre eux n’ait effectué de tirage sur sa ligne de crédit, il s’agit de la Colombie, du Mexique et de la Pologne.

Tout porte à croire qu’à l’approche de l’expiration du troisième accord LPL approuvé par les instances du FMI en juillet 2016, le Maroc a exprimé le désir de bénéficier, cette fois, d’une ligne de crédit modulaire (LCM). Le FMI n’a pas donné suite à cette requête, estimant la situation économique marocaine pas encore suffisamment solide. Le Maroc dut donc, se contenter d’un quatrième accord LPL.

La ligne de précaution et de liquidité (LPL) intéresse, de son côté, les pays dont l’économie est jugée par le FMI, foncièrement solide, mais qui restent exposés à certains facteurs de vulnérabilité.

Les accords au titre de la LPL, ont des durées de six mois ou de un à deux ans. À l’instar de la LCM, elle assure aux pays bénéficiaires un accès aux financements du FMI, principalement à titre d’assurance pour prévenir les crises. Huit ans après sa mise en place, seuls le Maroc et la Macédoine eurent recours à cette ligne de crédit.

Contrairement à la LCM, les pays admis à bénéficier de la LPL, se soumettent à des conditions de politique économique censées remédier aux facteurs de vulnérabilité affectant leur économie.

Ainsi, les accords LPL, prévoient, le cas échéant, des mesures préalables, des critères de réalisation et des objectifs indicatifs, permettant de suivre la réalisation du programme convenu, dont les grandes lignes sont retracées dans une ʺlettre d’intentionʺ adressée à la Direction Générale du FMI et signée, s’agissant du Maroc, conjointement par le ministre chargé des finances et le Gouverneur de Bank Al Maghrib.

Ils font l’objet, quand leur durée est de un à deux ans, de revues semestrielles par les experts du FMI afin de s’assurer que l’exécution du programme est sur la bonne voie pour atteindre ses objectifs.

Les accords LPL, tout comme les accords LCM, impliquent pour les pays bénéficiaires de supporter des commissions, même en l’absence de tirage sur la ligne de crédit.

Ainsi les trois premiers accords LPL ont coûté en commissions au Maroc, bien qu’il n’ait effectué aucun tirage sur les lignes de crédit, un montant de l’ordre de 720 millions de dirhams.

Les accords LPL ont donc, de larges similitudes dans leur mise en place et mise en œuvre, avec les accords de confirmation.

En contractant des accords LPL le Maroc s’engage, bel et bien, dans la mise en œuvre de programmes d’ajustement sous l’égide du FMI, même si la conditionnalité y afférente peut s’avérer moins contraignante que celle liée aux accords de confirmation.

Cependant, le contexte dans lequel le Maroc a conclu entre 1983 et 1992 six accords de confirmation avec le FMI, et celui dans lequel il conclut depuis 2012 des accords LPL, ne sont pas comparables.

Dans le premier cas, le Maroc était tenu de s’engager dans un programme de stabilisation sous l’égide du FMI, en tant que condition préalable pour pouvoir bénéficier auprès de ses créanciers publics et privés, du rééchelonnement de ses dettes qu’il n’était plus en mesure d’honorer.

Dans le second, les autorités marocaines ont choisi, en toute liberté, de s’engager dans un programme similaire sous l’égide du FMI, moyennant la promesse de bénéficier de financements auprès de la dite institution en cas de problèmes de balance des paiements.

De fait, le FMI dont la principale fonction est de veiller à la stabilité financière internationale, et qui suit l’évolution de la situation économique de tous les pays membres à travers les consultations prévues par l’article IV de ses statuts, est tenu de répondre positivement à la demande d’intervention de tout pays connaissant des difficultés de balance des paiements, même en l’absence d’accord LPL le liant au pays concerné.

Par ailleurs, pour un pays comme le Maroc qui n’intervient pour des emprunts sur le marché financier international qu’une fois tous les trois ou quatre ans, l’existence d’accords LPL ne peut avoir de réelle incidence sur le coût de ces emprunts dont l’opportunité même est, à notre sens, discutable.

De plus, le fait que le Maroc n’ait pas réussi, depuis 2012, à éliminer les facteurs de vulnérabilité qui entravent son économie selon le FMI, et à devenir éligible à bénéficier d’une ligne de crédit modulaire (LCM), ne peut qu’être perçu comme étant un handicap, par nombre d’investisseurs potentiels.

Il s’avère, dans ces conditions, que les accords LPL, outre le fait d’induire le paiement de commissions inutiles, ne font que faire ancrer encore plus étroitement l’économie marocaine sur la voie du néolibéralisme, dont a résulté pour notre pays un modèle de développement inapte à satisfaire les demandes pressantes et les besoins croissants des citoyens.

Kabbaj Mohamed