« Les programmes d’impact social ne sont plus périphériques, ils en deviennent une composante essentielle », déclare Benedicta Miranda
Foundever.org et Carerha lancent Business Mama au Maroc, un programme visant à soutenir l’autonomisation des femmes dans l’économie numérique grâce à des formations en marketing digital, IA et entrepreneuriat, accompagnées de mentorat et de projets concrets. Inspiré du programme Freelance Mama en Égypte, Business Mama adapte son modèle aux besoins locaux pour créer des opportunités économiques durables.
Benedicta Miranda, Vice-Présidente et Directrice des Opérations EMEA, revient sur le rôle stratégique de l’impact social, les enseignements régionaux du programme et les moyens concrets de soutenir l’autonomisation des femmes dans l’économie numérique.
À travers le lancement de Business Mama, comment envisagez-vous aujourd’hui le rôle stratégique de l’impact social dans la transformation d’un groupe international comme le vôtre ?
Benedicta Miranda : Les programmes d’impact social ne sont plus périphériques à la stratégie d’entreprise : ils en deviennent une composante essentielle. Pour un groupe international de services comme le nôtre, la transformation ne se limite pas à la digitalisation ou à l’optimisation des opérations. Elle consiste aussi à créer de la valeur durable dans les écosystèmes où nous sommes présents.
Aujourd’hui, les entreprises sont évaluées non seulement sur leur performance financière, mais également sur leur contribution à la société. Les initiatives d’impact social constituent de véritables leviers de transformation interne : elles renforcent l’engagement des collaborateurs, stimulent l’innovation inclusive et consolident la confiance avec les communautés locales.
Business Mama s’inscrit pleinement dans cette approche. Il ne s’agit pas d’un projet philanthropique isolé, mais d’un levier stratégique. En soutenant l’entrepreneuriat féminin, nous contribuons au développement économique local tout en affirmant notre engagement en faveur d’une croissance inclusive. Performance et impact ne s’opposent pas : ils se renforcent mutuellement. C’est cette vision que doivent porter les organisations internationales aujourd’hui.
À l’échelle régionale, quels sont aujourd’hui les principaux freins qui limitent encore l’intégration des femmes dans l’économie numérique, et comment une entreprise comme la vôtre peut-elle contribuer concrètement à les lever ?
L’expérience menée en Égypte a constitué une véritable preuve de concept. Elle a validé la pertinence du modèle ainsi que les conditions nécessaires à son déploiement à plus grande échelle. Trois enseignements opérationnels majeurs ont guidé notre adaptation au Maroc.
Premièrement, l’ancrage local est indispensable. L’impact ne se décrète pas à distance. Il repose sur des partenaires de terrain solides, capables de comprendre en profondeur les réalités socio-économiques des femmes que nous accompagnons. En Égypte, Carerha a joué ce rôle avec succès, et nous avons appliqué la même exigence dans la structuration du programme au Maroc.
Deuxièmement, la pédagogie doit être flexible et résolument pragmatique. Les participantes n’ont pas toutes le même niveau de maturité digitale ni la même expérience entrepreneuriale. Le parcours doit donc être modulaire, progressif et orienté vers des résultats concrets.
Troisièmement, la formation seule ne suffit pas. Pour générer un impact durable, un accompagnement dans la durée est essentiel. Mentorat, suivi structuré et accès à un réseau sont déterminants pour transformer les compétences acquises en opportunités économiques réelles.
Au Maroc, nous avons intégré ces enseignements en tenant compte des spécificités locales. Le pays bénéficie d’un fort dynamisme entrepreneurial féminin et d’une digitalisation en progression. Toutefois, l’accès au financement, à la visibilité et aux réseaux structurés reste un enjeu. Notre ambition est précisément de contribuer à combler cet écart, en combinant montée en compétences et autonomisation à long terme.
Les compétences en marketing digital et en IA évoluent très vite. Comment garantir que les bénéficiaires de Business Mama restent compétitives sur le long terme et ne soient pas dépassées par l’évolution technologique ?
C’est effectivement une question centrale.
Notre ambition n’est pas simplement de transmettre des outils. Les outils évolueront. Ce que nous voulons développer, c’est une capacité d’adaptation.
Nous mettons d’abord l’accent sur des fondamentaux stratégiques solides : comprendre son client, définir une proposition de valeur claire, construire un positionnement pertinent. La technologie vient amplifier une stratégie ; elle ne la remplace pas.
Ensuite, nous privilégions la compréhension des logiques de l’IA plutôt que la maîtrise d’une plateforme spécifique. Lorsqu’on comprend comment l’IA fonctionne, comment elle crée de la valeur et comment l’intégrer dans un modèle économique, il devient beaucoup plus simple d’évoluer d’un outil à un autre.
Nous encourageons également une culture d’apprentissage continu. L’économie numérique valorise la curiosité, l’initiative et la capacité à se former en permanence. L’auto-formation, l’expérimentation et l’échange entre pairs font partie intégrante du programme.
Enfin, nous veillons à actualiser régulièrement les contenus et à maintenir l’accès à des ressources digitales évolutives au-delà de la formation initiale.
L’enjeu n’est pas de former à une technologie donnée à un instant précis, mais de former à l’agilité technologique parce-que c’est cela qui garantit la compétitivité sur le long terme.
Au-delà des chiffres, quel serait pour vous le signe le plus fort que Business Mama a réellement changé les choses ?
Les indicateurs sont importants. L’ampleur du programme est importante. Les revenus générés sont importants. Mais le signe le plus fort ira au-delà des chiffres. Ce sera le moment où l’une de nos participantes pourra dire : « Je ne dépends plus d’un intermédiaire pour vendre en ligne. Je comprends les outils. Je prends mes décisions. Je développe mon activité en toute autonomie. »
Ce passage de la dépendance à l’autonomie est la véritable transformation. Lorsque la confiance remplace l’hésitation. Lorsque la compétence remplace l’incertitude. Lorsque l’indépendance économique devient concrète et durable. À ce moment-là, nous saurons que Business Mama n’a pas seulement formé, il a changé des trajectoires.
Propos recueillis par Asmaa Loudni
